POLITIQUE
05/03/2015 06:23 EST | Actualisé 05/03/2015 11:44 EST

Projet de loi 20: des médecins de famille dénoncent l'appui du Conseil du statut de la femme (VIDÉO)

Des médecins de famille estiment que le Conseil du statut de la femme (CSF) « fait du tort aux femmes » en prenant position pour le projet de loi 20 du ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette.

Dans une lettre ouverte publiée mercredi dans Le Devoir, la Dre Sylvie Dufresne et 46 de ses collègues cosignataires (elle compterait en soirée une centaine de signatures) disent que le mémoire présenté par le CSF en commission parlementaire est « très surprenant » et dénote « une connaissance très fragmentaire d'un problème fort complexe ».

Dans son mémoire présenté la semaine dernière, la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, s'est prononcée en faveur de deux grands principes du projet de loi, soit « le fait de favoriser la pratique de la médecine en "accès ouvert", et l'adoption de mesures favorisant la prise en charge réelle des patients par les médecins ».

Si le Conseil a reconnu que l'imposition de quotas de patients aux médecins généralistes touchera principalement les femmes médecins, il a choisi d'accorder sa priorité aux patientes vulnérables.

En entrevue à l'émission 24|60, la Dre Dufresne, médecin de famille depuis 31 ans, a estimé qu'au contraire, les patientes, surtout les plus vulnérables, seront perdantes avec le projet de loi du ministre Barrette.

« C'est vrai que les femmes sont aidantes, c'est vrai que les femmes s'occupent des enfants, mais elles ont besoin justement d'avoir accès à un médecin qui va les écouter, et non à un médecin pour un médecin. C'est sûr qu'avec le projet de loi 20, peut-être que le ministre aura réussi à dire : "Chaque québécois a un médecin", mais quelle sera la qualité de la relation si le temps est écourté? », a-t-elle expliqué à Anne-Marie Dussault.

La Dre Sylvie Dufresne estime que le projet de loi 20 est surtout axé sur le débit, ce qui nuira aux femmes de tous âges qui les consultent. Selon la médecin de famille, les femmes sont plus nombreuses à consulter que les hommes dans la société, « de par leur nature ».

Elle cite en exemple de jeunes filles qui viennent voir un médecin lors de la puberté pour la contraception, ou encore des femmes enceintes qui doivent être vues 13 à 14 fois au cours de leur grossesse. « C'est la femme ménopausée avec ses questionnements, ses inquiétudes de se voir vieillir. Et ça aussi ça prend du temps en consultation », ajoute-t-elle.

« Ça va être une médecine à la chaîne alors que ce que l'on préconise et ce que l'on enseigne à nos étudiants, aux médecins en formation, c'est une médecine de qualité, une médecine qui est basée sur l'humanisme. On ne peut pas faire ça si on n'a pas le temps avec les patients », souligne-t-elle.

D'autre part, la Dre Dufresne déplore l'impact que le projet de loi 20 aura sur les femmes médecins, mais elle affirme que cette sortie publique vise davantage à expliquer comment il nuira aux patients, et aux patientes en particulier.

Le Conseil du statut de la femme a refusé d'accorder une entrevue sur le mémoire présenté en Commission parlementaire. On peut toutefois trouver son contenu complet en ligne sur le site de l'organisme gouvernemental.

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