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03/03/2015 04:14 EST | Actualisé 04/03/2015 12:01 EST

Benjamin Netanyahu et Barack Obama s'affrontent sur le nucléaire iranien (VIDÉO)

Benjamin Netanyahu a averti mardi devant le Congrès américain qu'un accord sur le nucléaire iranien n'empêcherait pas Téhéran d'avoir la bombe atomique, le président Barack Obama rétorquant au premier ministre israélien qu'il n'offrait aucune alternative à ce règlement diplomatique.

M. Netanyahu a donné un discours historique au Capitole, en forme de défi au président américain, au moment même où Washington et Téhéran négocient en Suisse pour trouver d'ici fin mars un règlement définitif censé encadrer le programme nucléaire iranien.

"Un accord avec l'Iran ne l'empêchera pas de produire des bombes atomiques. Il est même presque certain que l'Iran produirait ces armes nucléaires, beaucoup d'entre-elles", a affirmé M. Netanyahu.

"Vous voyez mes amis, cet accord offre deux concessions majeures", a-t-il attaqué en référence au texte définitif que les grandes puissances du groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) s'efforcent de forger avec Téhéran avant le 31 mars.

Dans cette solution diplomatique, que souhaite ardemment le président Obama, "la première (concession) est de laisser l'Iran avec un vaste programme nucléaire. La seconde est de lever les restrictions sur ce programme dans environ dix ans", a condamné Benjamin Netanyahu.

"C'est pour cela que cet accord est si mauvais: il n'entrave pas le chemin qui mène l'Iran à la bombe. Il ouvre cette voie qui conduit l'Iran à la bombe", a argumenté le dirigeant israélien qui s'était déclaré "en mission historique" à Washington contre le scénario d'une République islamique puissance atomique militaire.

Netanyahu "n'apporte rien de nouveau"

Le président Obama, qui a des relations exécrables avec M. Netanyahu et avait exclu de le rencontrer, a jugé que son discours n'apportait "rien de nouveau" et n'offrait aucune "alternative viable".

"Nous n'avons pas encore d'accord", a affirmé M. Obama depuis le Bureau ovale. "Mais si nous réussissons, ce sera le meilleur accord possible avec l'Iran pour empêcher l'Iran de se doter d'une arme nucléaire".

Lundi, le président Obama, qui n'a pas regardé le discours de M. Netanyahu, avait accusé le dirigeant israélien d'avoir eu tort par le passé sur le bien-fondé d'un règlement entre les grandes puissances et l'Iran.

Mais au contraire, a martelé l'Israélien, un accord "permettrait au programme nucléaire iranien de rester largement intact et (...) à l'Iran de se doter d'une arme nucléaire très rapidement, en seulement une année selon les estimations américaines". Sans compter que cela entraînerait "une course aux armements nucléaires au Moyen-Orient".

En campagne pour des législatives le 17 mars, le Premier ministre a aussi fustigé le régime iranien chiite, "une grande menace pour Israël mais aussi pour la paix du monde entier".

Au fil de son discours solennel de 40 minutes, le troisième après ceux de 1996 et 2011, M. Netanyahu a été ovationné par des élus républicains et démocrates du Congrès.

«Insulte aux Etats-Unis»

Mais une cinquantaine de démocrates l'ont boycotté. Leur chef de file à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, s'est dite "attristée par l'insulte faite à l'intelligence des Etats-Unis".

Le Premier ministre espère que le Congrès, contrôlé par les républicains, votera de nouvelles sanctions à l'encontre de Téhéran. Ce à quoi la Maison Blanche est farouchement opposée, de peur que les négociations internationales qui se déroulent depuis un an et demi ne volent en éclats.

Le voyage de M. Netanyahu aux Etats-Unis a jeté un très sérieux coup de froid entre les alliés américain et israélien, aux relations déjà tendues depuis des mois.

Il s'est fait à l'invitation du président républicain de la Chambre des représentants John Boehner, dans le dos de l'administration démocrate et a provoqué la colère de la Maison Blanche.

En signe d'apaisement devant le Congrès, M. Netanyahu a toutefois remercié le président Obama pour son soutien à Israël et a une nouvelle fois vanté l'alliance indéfectible entre les deux pays.

Simultanément à Montreux, en Suisse, les chefs des diplomaties américaine et iranienne, John Kerry et Mohammad Javad Zarif ont enchaîné les sessions de négociations. Ils doivent continuer jusqu'à mercredi.

Malgré le mutisme sur la teneur des tractations, le ministre iranien a toutefois dénoncé des propos "inacceptables" du président Obama, tenus lundi auprès de l'agence Reuters, où il avait lié un accord nucléaire avec l'Iran au gel de son programme pendant plus de dix ans.

De son côté, en allusion à M. Netanyahu, la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a mis en garde contre ceux qui répandent "l'inquiétude" sur l'accord en préparation, jugeant que l'on "approchait" d'un résultat.

Les négociations entre le 5+1 et l'Iran se font sous l'égide de l'UE.

Elles doivent déboucher sur un règlement politique d'ici au 31 mars, puis à un texte technique complet d'ici au 30 juin/1er juillet, garantissant la nature pacifique et uniquement civile du programme nucléaire iranien en échange d'une levée des sanctions internationales.

L'Iran a toujours démenti qu'il cherchait à acquérir la bombe atomique.

Et les Etats-Unis continueront de "s'opposer avec détermination" à toute tentative de Téhéran d'étendre son influence au Moyen-Orient, selon un diplomate américain à Montreux.

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