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01/03/2015 09:52 EST | Actualisé 01/05/2015 05:12 EDT

Des milliers de Russes dans les rues de Moscou en l'honneur de Boris Nemtsov

MOSCOU - Des dizaines de milliers de Russes ont marché presque silencieusement dans les rues de Moscou dimanche en l'honneur du politicien de l'opposition Boris Nemtsov, assassiné cette semaine.

L'humeur des manifestants aux bras chargés de fleurs était sombre. Ils attachaient au passage des rubans noirs sur les rambardes et brandissaient de bannières clamant «Je n'ai pas peur».

Parfois, ils entonnaient des slogans tels «La Russie sans Poutine» ou «Dites non à la guerre», mais souvent, le seul bruit était celui des hélicoptères et des bateaux de police qui surveillaient la marche.

Le meurtre de M. Nemtsov, abattu dans la nuit de jeudi à vendredi sur un pont près du Kremlin, a secoué les opposants au régime de Vladimir Poutine, qui tiennent celui-ci pour responsable.

Toutefois, il est encore difficile de savoir si cet assassinat redonnera de la vigueur au mouvement d'opposition. Au cours de la dernière année, le taux d'approbation du président Poutine est d'environ 80 pour cent.

Depuis les grandes manifestations contre son gouvernement en 2011 et 2012, M. Poutine marginalise et intimide ses opposants politiques, en en emprisonnant certains et en en exilant d'autres.

Boris Nemtsov, 55 ans, était l'un de ses opposants les plus virulents et refusait de se taire. Toutefois, dimanche, peu de marcheurs croyaient que sa disparition sera à l'origine de grands changements en Russie, principalement parce que le Kremlin contrôle la télévision nationale, où la vaste majorité des Russes s'informent.

«Les gens sont tellement influencés par leur téléviseur qu'ils croient tout ce qu'il leur dit, a déploré Sergei Musakov, un manifestant de 22 ans. La théorie la plus populaire semble être que les services secrets occidentaux sont derrière l'attaque, avec l'objectif de déstabiliser la Russie.»

Un porte-parole du président a déclaré que le président Poutine voyait cette attaque comme une «provocation» contre l'État russe.

Certains commentateurs ont aussi suggéré que la couverture de l'attaque par les médias occidentaux était biaisée. «Nous n'avons pas encore récupéré du choc, l'homme n'a pas encore été enterré et l'Ouest tente de nous pousser au travers de la gorge que le gouvernement russe a tué un de ses principaux opposants politique», s'est désolé dimanche en ondes le présentateur télé Dmitry Kiselyov, reconnu pour ses bulletins anti-occidentaux.

Le secrétaire d'État américain John Kerry a affirmé que les États-Unis n'avait aucune information sur le l'origine des tirs.

«Nous espérons qu'il y aura une vraie enquête exhaustive et transparente, pas seulement pour savoir qui a tiré, mais aussi qui est derrière cette attaque, si tant est qu'elle a été ordonnée par quelqu'un», a-t-il déclaré dimanche à l'émission This Week, télédiffusée sur les ondes de ABC.

Les médias russes ont diffusé des images de très mauvaise qualité, tournées de loin par une caméra de sécurité, qui montreraient le crime.

Aucune arrestation n'a encore été effectuée, mais une récompense de 50 000 $ US est offerte pour toute information dans cette affaire. Les enquêteurs ont de nouveau interrogé dimanche une citoyenne ukrainienne, Anna Duritskaïa, qui serait un mannequin. Mme Duritskaïa pourrait avoir été en compagnie de M. Nemtsov au moment du meurtre.

Un comité d'enquête se penche actuellement sur les motifs probables du meurtre de Boris Nemtsov. Leur hypothèse première est que M. Nemtsov est une victime sacrifiée «pour ceux qui n'écartent aucune méthode pour atteindre leur objectifs politiques».

M. Nemtsov a notamment été vice-premier ministre et gouverneur régional dans les années 1990. Il travaillait sur un rapport présentant des preuves qui, selon lui, démontraient l'implication directe de la Russie dans la rébellion des séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine. Quelques heures avant d'être tué, il avait accordé une entrevue à la radio dans laquelle il avait dénoncé les politiques de guerre «folles, agressives et meurtrières» de M. Poutine face à l'Ukraine.

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