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28/02/2015 02:07 EST | Actualisé 28/02/2015 02:09 EST

Boris Nemtsov : «meurtre politique» pour l'opposition, «provocation» pour le Kremlin

ASSOCIATED PRESS
Former Russian Deputy Prime Minister, a leader of opposition Boris Nemtsov speaks during a protest against alleged vote rigging in Russia's parliamentary elections on Sakharov avenue in Moscow, Russia, Saturday, Dec. 24, 2011. Tens of thousands of demonstrators on Saturday cheered opposition leaders and jeered the Kremlin in the largest protest in the Russian capital so far against election fraud, signaling growing outrage over Prime Minister Vladimir Putin's 12-year rule. (AP Photo/Misha Japaridze)

Alors que les fleurs s'accumulent sur le pont où a été assassiné l'opposant politique Boris Nemtsov, le président russe Vladimir Poutine affirme que « tout sera fait pour que les organisateurs et exécutants de ce crime lâche et cynique reçoivent le châtiment qu'ils méritent ».

« Boris Nemtsov a laissé son empreinte dans l'histoire de la Russie, dans la vie politique et celle de la société. Il a toujours ouvertement et honnêtement exprimé ses positions », a déclaré le président dans un message de condoléances à Dina Eidman, la mère de Boris Nemtsov. « Je partage sincèrement le malheur qui vous frappe », a-t-il ajouté.

Il avait déjà qualifié samedi l'assassinat de « provocation ».

Au sein de la communauté internationale, des voix s'élèvent pour demander une enquête « indépendante », « rapide » et « transparente ». Condamnant le meurtre de M. Nemtsov, le président américain Barack Obama et le premier ministre canadien Stephen Harper ont lancé cet appel.

La chancelière allemande Angela Merkel presse elle aussi le président russe de traîner les responsables de ce meurtre devant la justice.

L'opposant blâme la « dictature » de Poutine

Boris Nemtsov, 55 ans, a été abattu de quatre balles alors qu'il marchait sur le Grand Pont de pierre, à côté du Kremlin, en compagnie d'une jeune femme.

« Tiré quatre fois, une fois pour chaque enfant qu'il laisse derrière lui », a dénoncé l'ancien champion d'échecs en exil, Garry Kasparov. Il était, avec Boris Nemtsov, le leader du mouvement d'opposition Solidarnost.

Il y a deux semaines, Boris Nemtsov avait dit craindre d'être assassiné par le camp Poutine pour son opposition à l'annexion de l'Ukraine par Moscou. Comme plusieurs opposants au Kremlin, il avait déjà reçu plusieurs menaces.

Les enquêteurs russes évitent cette hypothèse et avancent plutôt la piste islamiste et celle d'« éléments radicaux » impliqués dans le conflit en Ukraine.

L'opposition ne partage pas cet avis. Alors que certains ont directement montré du doigt le président Poutine, d'autres se servent de la « dictature » politique pour expliquer la mort de Boris Nemtsov. Dans la société russe, où l'on exige une loyauté totale envers le président, il y a peu de place pour les principes moraux, clame-t-on.

« Dans ce monde de haine et de violence qu'est celui de Poutine, à l'étranger comme en Russie, l'effusion de sang est utilisée pour démontrer qu'on fait partie de l'équipe, qu'on est loyal. »

— Garry Kasparov, sur Twitter

Le Comité d'enquête à Moscou affirme pouvoir prouver qu'il s'agit d'un meurtre soigneusement planifié et que les assassins ont été en mesure de suivre leur cible.

« Vers 23 h 15, une voiture s'est approchée d'eux, quelqu'un a tiré des coups de feu, dont quatre l'ont touché dans le dos, causant sa mort », a déclaré une porte-parole du ministère russe de l'Intérieur, Elena Alexeeva, à la chaîne de télévision Rossiya 24.

Moscou en marche pour Nemtsov

Avant d'être assassiné, Nemtsov avait appelé les Russes à manifester contre l'« agression de Vladimir Poutine » en Ukraine et pour l'arrêt de la guerre dans l'est du pays. Cette manifestation a été annulée au profit d'une marche dans le centre de Moscou à la mémoire du célèbre opposant russe. La marche a d'ailleurs reçu l'accord des autorités.

Près de 50 000 personnes sont attendues.