POLITIQUE
26/02/2015 02:40 EST | Actualisé 28/04/2015 05:12 EDT

Fécondation in vitro: Barrette est paternaliste envers les femmes, selon le CSF

Boston Globe via Getty Images
WALTHAM, MA - JUNE 10: Reproductive endocrinologist Dr. Alison Zimon in the embryology lab at Boston IVF in Waltham, Tuesday, June10, 2014. (Photo by Wendy Maeda/The Boston Globe via Getty Images)

QUÉBEC - Une femme âgée de 43 ans qui chercherait à devenir enceinte grâce à la fécondation in vitro se placerait aussitôt dans l'illégalité, si le projet de loi 20 est adopté.

Elle n'aura pas le droit de donner la vie de cette manière, ni aux frais de l'État, ni à ses frais.

Il s'agit là d'une position «inacceptable» et d'une attitude «paternaliste» envers les femmes, selon la présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Julie Miville-Dechêne.

«Cela semble un peu paternaliste de dire aux femmes qu'à 42 ans elles ne peuvent plus avoir de fécondation in vitro», selon elle.

Le projet de loi 20, piloté par le ministre Gaétan Barrette, prévoit notamment que la fécondation in vitro (FIV) sera réservée uniquement aux femmes âgées entre 18 et 42 ans. Le projet de loi fait l'objet d'une consultation à laquelle participait le CSF jeudi.

En point de presse, Mme Miville-Dechêne a rappelé sa position, à savoir que si une femme était prête à payer pour obtenir une fécondation in vitro dans une clinique privée, aucune loi ne devrait l'en empêcher.

Par contre, elle dit comprendre que Québec puisse décider, pour des raisons budgétaires, de ne plus assurer la gratuité de cette procédure coûteuse pour des femmes rendues à un âge qui fait augmenter le risque d'échec. Elle est d'accord pour estimer que «l'État n'a pas à assumer ces coûts».

Mais si une femme a les moyens de payer pour obtenir la procédure et accepte de prendre les risques éventuels, «il n'y a aucune raison d'interdire à 42 ans la fécondation in vitro», a-t-elle commenté.

Le ministre Barrette ne partage pas du tout ce point de vue. Il a affirmé en point de presse que l'article de son projet de loi fixant un âge limite était présent «exclusivement» pour des raisons de santé, tant celle de la future mère que celle de son enfant.

«L'État n'est pas là pour mettre en péril, mettre à risque, la santé des femmes et des enfants à naître», a-t-il dit.

Du bout des lèvres, il s'est dit cependant ouvert à en débattre, mais uniquement sur la base de données scientifiques reliées aux risques sur la santé. Si jamais il acceptait d'autoriser la FIV pour des femmes âgées de plus de 42 ans, ce serait donc dans des circonstances très précises et selon des balises strictes, sur l'avis d'experts crédibles ayant fait une démonstration rationnelle.

«Le 42 ans, il est là pour la sécurité de la mère et de l'enfant», a tranché le ministre.

La présidente du CSF a tenu à nuancer cette affirmation en alléguant que le risque pour la santé était une notion relative et que dans certains pays on autorisait la FIV «jusqu'à 47 ans».

L'État québécois doit respecter le choix individuel des femmes, a soutenu Mme Miville-Dechêne, en notant qu'aucune province canadienne ni aucun pays dans le monde n'avait adopté de législation aussi sévère que celle prônée par M. Barrette.

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, lui-même médecin, a convenu lui aussi qu'il s'agissait d'une «mesure arbitraire» et que le critère de l'âge devait être considéré comme un facteur de risque parmi d'autres, sur le plan de l'évaluation médicale.

Mardi, la présidente de l'Association des obstétriciens et gynécologues, la Dre Isabelle Girard, était venue dire elle aussi au ministre Barrette qu'il attaquait le droit des femmes de disposer d'elles-mêmes et de donner la vie, avec cet article de son projet de loi.

L'âge n'est pas le seul critère dont le législateur devrait tenir compte, disait-elle, en considérant que l'infertilité était une maladie. Les femmes n'ont donc pas à être «punies» parce qu'elles ne peuvent enfanter naturellement.

«Une femme de 42 ans peut être en meilleure forme physique qu'une femme de 35 ans», avait souligné Mme Girard.

Elle disait aussi trouver «exagéré» le fait que le projet de loi 20 prévoit des sanctions pour les médecins qui oseraient référer une femme de plus de 42 ans à une clinique privée.

Actuellement, 5 pour cent des femmes qui accouchent ont plus de 40 ans, a noté celle qui dit avoir des patientes enceintes ayant 46 ans.

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