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«Enfin» de Maxim Martin : confessions d'un passé rock'n'roll

Maxim Martin a peut-être eu du mal à surmonter les démons de son passé, mais ceux-ci lui ont fourni quantité d’anecdotes savoureuses capables de remplir un excellent spectacle.

Enfin, son quatrième one man show, dont la première médiatique avait lieu mercredi, au Théâtre St-Denis, regorge de confessions joyeusement épicées, pas nécessairement destinées à un jeune public, parfois très grivoises, que l’homme de 45 ans débite avec énormément de charisme, d’énergie et d’authenticité.

Première de Maxim Martin

En s’appuyant sur ses épisodes de cocaïne, ses thérapies, ses tranches de vie sexuelle, son expérience de père d’une adolescente, et on en passe, Maxim Martin se dévoile sans fard, offre ce qu’il sait faire de mieux et propose ainsi l’un des très grands crus de la présente saison humoristique. Enfin, c’est du Maxim Martin tout craché, en version plus que jamais améliorée. S’il lui aura fallu toutes ces années d’égarement pour être capable de se livrer ainsi aux foules qui l’aiment, Maxim peut affirmer haut et fort que rien n’arrive pour rien.

Enfin repose également sur une mise en scène sans flafla signée Christian Viau, fondée sur un magnifique plancher lumineux coloré, qui sied parfaitement à l’image désormais projetée par Maxim Martin. Autre belle collaboration, la musique originale d’Enfin est un cadeau d’Alex Nevsky.

Beaucoup d’autodérision

L’artiste n’a pas peur de l’autodérision. Visiblement, ses textes (qui sont de lui, de Frank Grenier et de Julien Tapp) dégagent l’assurance et les prises de conscience d’un être qui a cheminé, grandi, et qui est capable de jeter un regard lucide sur son passé rock’n’roll. Et c’est d’ailleurs ce qu’il clame dès qu’il entre en scène, qu’il est «enfin heureux», tout en précisant qu’il s’est longtemps spécialisé dans les écarts de conduite. «J’ai un doctorat sur comment patauger dans la marde, avec une maîtrise en auto-sabotage», explique-t-il. Heureusement, il cite aussi Rimbaud, en mentionnant que «Je est un autre».

Plus mature, Maxim Martin n’est toutefois pas devenu le dalaï-lama ; il nous le confirme lui-même pendant sa prestation et, plus celle-ci avance, plus il officialise son statut «d’ex-mauvais garçon». L’humoriste prend visiblement plaisir à se moquer de celui qu’il était jadis, et offre de ce fait un spectacle très sympathique, qui ne se prend pas au sérieux et qui pourrait faire réfléchir les têtus enlisés dans le mauvais chemin. Il n’exhibe plus ses couilles comme il l’a déjà fait dans un numéro devenu mémorable, mais se permet quand même très souvent d’être politically incorrect, ce qui rassurera ses admirateurs de la première heure.

Fier papa

Les oreilles chastes n’apprécieront pas la deuxième partie de Enfin. Maxim Martin y détaille quelques notions sexuelles dans un langage très cru, parle de la perte de sa virginité à 19 ans, relate comment il s’est retrouvé au lit avec une femme sidatique, décortique le sexe oral féminin.

«Il y a trois étapes dans la vie d’une fille : croire au prince charmant, perdre sa virginité et sortir avec un trou de cul», est l’un des gags les plus doux de cette portion. Certes, les propos vont loin, mais c’est fait avec beaucoup d’intelligence et les habitués du genre ne crieront pas à la vulgarité gratuite. Dans le contexte du parcours tortueux d’un homme «réhabilité», un tel segment allait pratiquement de soi.

Avant l’entracte, Maxim énumère comment il a commencé à consommer de la drogue et revient sur quelques-uns des délires que les substances illicites lui ont fait vivre, allant des troubles d’érection aux malaises aux volants. «C’est fou comme tu peux en apprendre sur toi en jasant avec une borne-fontaine!» «La coke, c’est la drogue de la honte, estime-t-il. Tu passes l’aspirateur sur un bol de toilette avec tes narines!» Dans la foulée de ce constat, il avoue avoir déjà participé à diverses émissions de télévision, des talk-shows, des quiz, en étant «gelé». «J’ai déjà fait 2 filles le matin buzzé…»

Au passage, il effleure ses premiers efforts à la course pour perdre du poids et retrouver la santé, se remémore ses premières séances chez le psychologue, qui lui a fait réaliser qu’il avait peur du succès et de l’engagement, se compare à un quadraplégique qui, contrairement à lui, a la sérénité facile, s’amuse aux dépens de ses amis homosexuels…

Habile à exhiber des images très évocatrices, Maxim Martin échappe quelques perles à ce niveau pendant toute la durée de son monologue. Fou rire instantané dans la salle lorsqu’il condamne ouvertement ceux qui coupent leur tablette Kit Kat dans le mauvais sens ou qu’il plaint les fermiers africains stériles à cause de la cueillette de bananes.

C’est néanmoins lorsqu’il discoure sur sa fille de 14 ans, Livia, que Maxim Martin s’avère le plus intéressant. Autant lorsqu’elle était la fillette de 4 ans qui adorait Green Day qu’aujourd’hui, alors que son papa fait tout un plat de sa première relation amoureuse et de son premier petit copain, auquel il s’est attaché, cette jeune Livia est véritablement le plus grand trésor de son père, et les blagues qui lui sont consacrées n’en sont que plus touchantes et attendrissantes. La fierté du paternel transparaît dans ses lignes pleines d’affection.

L’épilogue d’Enfin, sorte d’ode au bonheur, est presque émouvant, et nous laisse sur une note d’espoir sans être cliché ou gnangnan. «Si moi j’ai trouvé une façon d’être heureux, tout le monde peut l’être.» Et vous sortirez heureux d’Enfin Maxim Martin.

Maxim Martin est présentement en tournée avec Enfin et repassera à Montréal, en supplémentaires, les 18 et 19 juillet, à la Cinquième Salle de la Place des Arts, et le 20 et 21 novembre, au Théâtre St-Denis. www.hahaha.com pour plus d’informations.

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