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24/02/2015 01:42 EST | Actualisé 26/04/2015 05:12 EDT

La coroner recommande un meilleur accès aux dossiers médicaux informatisés

MONTRÉAL - Il est temps que tous les médecins québécois aient accès aux dossiers médicaux informatisés de leurs patients, lance une coroner après le suicide par médicaments d'une femme qui en consommait de nombreux sans que chacun de ses médecins ne soit au courant.

Louise Légaré s'est enlevé la vie en juin 2014, a conclu la coroner Lyne Chouinard dans un récent rapport.

La femme de 57 ans, qui souffrait de problèmes de santé mentale multiples depuis 25 ans, et de douleur chronique, a été retrouvée morte dans son lit par un employé de la pharmacie qui tentait de lui faire sa livraison habituelle.

Les examens toxicologiques effectués après son décès ont révélé qu'elle avait ingéré huit médicaments sous prescription dont trois en quantité supérieure au seuil toxique. Parmi ceux-ci se trouvaient des opiacés et des antidépresseurs.

Mme Légaré était suivie par trois médecins qui assuraient un suivi médical selon leur spécialité respective, soit un psychiatre, un médecin interniste et un médecin de famille. Il était connu d'eux qu'elle annulait régulièrement ses rendez-vous ou ne se présentait pas à ses visites médicales. Le suivi se faisait alors parfois par téléphone.

La coroner note que selon les informations obtenues auprès du psychiatre et du médecin de famille de Mme Légaré, aucun d'entre eux n'a été informé par le pharmacien des interactions médicamenteuses potentiellement dangereuses associées à l'utilisation concomitante de plusieurs médicaments psychotropes et de narcotiques.

Pourtant, elle obtenait tous ses médicaments de la même pharmacie.

De plus, Mme Légaré avait subi quelques intoxications aux médicaments dans la dernière année et le pharmacien était au courant de la situation, ont rapporté ses proches.

Trois flacons vides d'un puissant relaxant musculaire ont été retrouvés près de son corps. Ce médicament peut entre autres augmenter l'action des médicaments psychotropes (narcotiques, antidépresseurs et anxiolytiques), note la coroner.

«Quant à la gestion de la médication prescrite, je me questionne sur la qualité de l'acte du pharmacien au dossier considérant les multiples interactions médicamenteuses présentes dans le dossier de Mme Légaré», écrit la coroner Chouinard.

Elle recommande ainsi à l'Ordre des pharmaciens d'effectuer une analyse de son dossier pharmaceutique et de «vérifier la qualité des actes rendus», jetant ainsi une ombre sur le travail du pharmacien.

Après son analyse de la situation, la coroner note que le suivi médical de Mme Légaré aurait pu être optimisé par une approche coordonnée des professionnels de la santé impliqués dans son dossier, ce qui aurait été, selon elle, probablement plus bénéfique qu'un suivi par plusieurs médecins prescrivant des médicaments de façon isolée.

Une coordination qui aurait été facilitée si les médecins avaient pu utiliser le «Dossier Santé Québec», laisse-t-elle ainsi entendre.

Car, pour éviter pareille situation dans l'avenir, elle recommande au ministère de la Santé et des Services sociaux «d'assurer une accessibilité à tous les médecins au service en ligne de dossier patient informatisé».

Le projet d'informatisation des dossiers médicaux des Québécois, lancé en 2006, a subi de nombreux retards depuis. Le système n'est toujours pas pleinement opérationnel.

D'entrée de jeu, l'Ordre des pharmaciens a dit ne pouvoir commenter des dossiers spécifiques.

Toutefois, la directrice générale de l'Ordre, Manon Lambert, souligne que «de façon générale, plus un patient prend des médicaments, plus il va falloir assurer une surveillance ou un suivi serré».

Le pharmacien a ainsi l'obligation d'analyser les différentes médications au dossier, a expliqué Mme Lambert en entrevue téléphonique.

«Le pharmacien est une espèce de gardien de but qui reçoit des rondelles de partout, c'est-à-dire les prescriptions, illustre-t-elle. Il doit arrêter les rondelles lorsque ça risque de mettre en danger la santé du patient.»

Elle est d'ailleurs d'avis qu'il devrait y avoir une plus grande communication entre les divers professionnels de la santé. Le pharmacien devrait communiquer avec le médecin quand il y a un besoin, et vice-versa, dit-elle.

Pour cette raison, elle croit que le système de dossiers médicaux informatisés peut aider car «c'est un outil». Mais qu'il ne va pas tout régler. Un tel dossier informatique donne la liste des médicaments, mais pas les indications ni les intentions du médecin, prévient -elle. La collaboration interprofessionnelle demeure donc essentielle.

Un comité de l'Ordre va se réunir et décider si une suite doit être donnée à cette affaire. Une inspection professionnelle du pharmacien peut notamment avoir lieu, ou une enquête disciplinaire du Bureau du syndic.