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19/02/2015 05:26 EST | Actualisé 20/02/2015 05:38 EST

Le projet Le Phare à Québec comporte son lot de critiques

Le projet de tour de 65 étages à l'entrée de la ville de Québec, présenté hier, suscite l'enthousiasme de certains, mais comporte également son lot de critiques.

Des urbanistes et des architectes, notamment, se questionnent sur la réalisation du projet intitulé Le Phare de Québec. L'ancienne présidente de l'Ordre des architectes, maintenant critique en architecture, Odile Hénault, doute que les architectes du Groupe Dallaire aient la compétence nécessaire.

« Quand vous avez ce genre de projet, il y a toujours un nom assez prestigieux associé à ça. 65 étages, ça demande une compétence et une expertise que malgré toute la meilleure volonté du monde peut-être, le Groupe Dallaire n'a pas encore et sûrement pas ses architectes », commente Mme Hénault.

Mme Hénault souligne qu'habituellement, les professionnels retenus pour de tels projets sont connus et qu'ils ne sont pas légion.

Par ailleurs dit-elle, les questions entourant les conséquences d'une telle construction sur les vents et les questions d'esthétisme doivent être prioritaires dans la conception de tels édifices.

Pas nécessaire à Québec

De son côté, Gérard Beaudet, professeur à l'Institut d'urbanisme de la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal, croit que Québec n'a pas besoin d'un tel gratte-ciel. Il estime d'ailleurs que ce mode de construction est révolu.

« Il n'y a absolument rien dans le marché immobilier de la ville de Québec qui justifie des édifices de cette hauteur-là. [...] Construire un gratte-ciel, ce n'est pas répondre à des besoins réels spécifiques, c'est de fantasmer », déclare-t-il.

Selon l'urbaniste, de telles constructions engendrent automatiquement plus de congestion sur les routes qui les ceinturent.

Respect du PPU

D'autres sont déçus de constater que la Ville de Québec devra faire fi de son propre Programme particulier d'urbanisme adopté après de longues consultations auprès des citoyens, au début de 2013.

La présidente du Conseil de quartier Saint-Louis, Carolle Dussault, se demande pourquoi la Ville s'est donné tout ce mal si, à la première occasion, elle se permet de déroger aux principes énoncés dans son PPU.

« Ça ne respecte absolument pas le zonage. À la fin de 2012, il y avait eu une grande participation des citoyens pour contribuer au PPU et pour nous, c'était une vision pour les 20 prochaines années », réagit-elle.

Ce plan prévoyait une limite de 29 étages sur le terrain où le Groupe Dallaire veut construire son gratte-ciel.

Ajustement au marché

Des experts en immobilier estiment quant à eux qu'il faudra plusieurs années avant de pouvoir écouler les milliers de pieds carrés de logements et d'espaces à bureau prévus dans le projet.

Le fait que le projet s'échelonne sur 10 ans permet toutefois au Groupe Dallaire de s'ajuster en fonction du marché, estime Martin De Rico, président associé chez Derico experts-conseils.

« Qu'il y ait 15 étages de bureau, on parle de 500 000 pieds environ, juste ça dans un marché qui va bien, c'est 5 ans minimum, mais il y a de l'offre ailleurs aussi. On ne sait pas ce que l'avenir va nous réserver de toute façon », soulève-t-il.

Enthousiasme chez les commerçants

Certains commerçants du secteur de la tête des ponts qualifient pour leur part de positive l'annonce du Groupe Dallaire qui prévoit amener 5000 travailleurs et résidents dans le secteur. Des restaurateurs du boulevard y voient là une clientèle intéressante.

Louis McNeil, propriétaire du restaurant Le Cosmos, salue également le courage du Groupe Dallaire de se lancer dans ce projet d'envergure. « C'est juste du positif, puis de voir qu'il y a quelqu'un qui fonce comme ça avec un projet comme ça, ça me donne le goût de faire d'autres projets aussi. »

Le Groupe Dallaire projette de construire quatre tours, dont un immeuble de 65 étages, à la tête des ponts de Québec sur les terrains où était construite l'ancienne Auberge des Gouverneurs.

Le projet de 600 millions de dollars comprend notamment 1000 unités résidentielles et une tour d'observation au sommet de l'édifice appelé Le Phare.