DIVERTISSEMENT
16/02/2015 02:01 EST | Actualisé 17/02/2015 01:19 EST

«Tout le monde en même temps»: les artistes chantent pour Radio-Canada (ENTREVUES/VIDÉO/PHOTOS)

Une nouvelle initiative visant à clamer haut et fort l’importance de Radio-Canada dans le paysage social et culturel vient d’être lancée.

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En janvier, une équipe de 180 bénévoles, incluant plus de 125 artistes et musiciens, a enregistré une nouvelle version de la chanson Tout le monde en même temps, de Louis-Jean Cormier, et en a créé un vidéoclip, réalisé par Ricardo Trogi.

Le résultat, impressionnant, a été dévoilé aux médias lundi matin, aux Studios Planète, rue Papineau, à Montréal, et a été divulgué simultanément sur les réseaux sociaux. Joyeuse et dynamique, la vidéo de cinq minutes expose un à un les visages de comédiens, animateurs, chanteurs, auteurs et humoristes de tous les âges, adorés du public, qui enchaînent tour à tour les paroles de l’entraînante ritournelle, dont l’auteur-compositeur a gratuitement cédé les droits. Gilles Vigneault, Jean-François LépineJulie Snyder, Véronique Cloutier, Louis Morissette, Guy A.Lepage, Guylaine Tremblay, Pierre Lapointe, Pénélope McQuade, Bernard Derome, Kim Thuy, Clémence Desrochers, Rémy Girard, Marina Orsini, Stéphanie Lapointe, Benoît Brière, Jim Corcoran, André Sauvé, Émile Proulx-Cloutier, Mariloup Wolfe, Pascale Bussières, François Bellefeuille, Charles Lafortune, Dumas, Fanny Bloom, Elisapie Isaac, Bob le chef, Jim Corcoran, Pierre Flynn, les trois adolescents des Parent, et une multitude d’autres: tous s’éclatent au micro sur le texte de Cormier, et ont aussi été croqués sur le vif, à leur insu, dans des instants de complicité.

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Une usine à saucisses

L’idée s’inscrit dans le mouvement Ensemble, Sauvons Radio-Canada – qui a déjà été porté, depuis quelques mois, par une pétition, une manifestation et un spectacle qui s’est tenu au Métropolis, dimanche - et vient à l’origine de Catherine Pogonat et de sa collègue Catherine Dupuy, réalisatrice de l’émission Pogopop, à ICI Musique. Les deux femmes ont ensuite contacté Monique Giroux, Philippe Fehmiu, Stéphane Archambault et Ricardo Trogi pour former un comité, lequel a orchestré toute l’opération. Rapidement, le mot s’est passé dans la colonie artistique, et plusieurs personnalités ont elles-mêmes demandé à faire partie du collectif. Le train s’est mis en marche en octobre, et la vidéo a été filmée après les Fêtes. On imagine sans peine le casse-tête qu’a dû représenter l’agencement des horaires de tout ce beau monde pour les instigateurs…

«C’était assez épuisant, a reconnu Ricardo Trogi en riant. On a transformé le studio en usine à saucisses pendant quelques jours; ils arrivaient, se faisaient coiffer et maquiller, allaient enregistrer leur voix, puis venaient chanter devant mon fond d’écran, sur leur propre voix.»

«Le défi, c’était de montrer tout le monde, a ajouté le réalisateur. Ce n’est pas parce qu’on fait ce clip-là que Julie Snyder et Véronique Cloutier devaient être mises à l’avant plus que les autres. Tout le monde a embarqué dans ce projet avec le même but et la même humilité. Au final, ils se retrouvent tous trois secondes dans la vidéo et il n’y a pas de chicane.»

Une tribune acquise

Le groupe n’a maintenant qu’un souhait: que sa relecture de Tout le monde en même temps devienne virale, qu’elle circule partout et sans arrêt, et qu’elle donne envie aux Québécois de prendre en main l’avenir de leur diffuseur public.

Ceux qui perçoivent là le rassemblement fermé d’une clique de «vedettes gâtées» font fausse route ; tous ceux qui se sont impliqués dans cette production l’ont fait pour symboliser leur attachement à Radio-Canada et à l’importance de l’institution pour toute la Francophonie. Personne n’a empoché un sou de cette entreprise, pas même les techniciens de studio ou les attachées de presse qui ont assuré le lien avec les journalistes.

«On ne le fait tellement pas pour nos salaires, a insisté Catherine Pogonat. Si je ne travaillais pas à Radio-Canada, j’aurais fait la même chose. Moi, j’ai grandi avec Radio-Canada. Ça fait partie de ce que je suis et de ce que bien des gens sont. Il suffit de sortir du Québec pour constater à quel point il n’y a à peu près rien d’autre que Radio-Canada pour diffuser la culture francophone à l’extérieur de la province. C’est beaucoup plus grand que nos jobs, on n’est pas là pour sauver nos emplois. On veut sauver Radio-Canada comme outil d’éducation, de diffusion de la culture et de la langue française. »

L’animatrice remarque que la population a parfois tendance à prendre pour acquise la tribune que représente Radio-Canada, sans toutefois réellement mesurer son importance.

«Quand on ouvre notre radio et notre télé, il y a encore des émissions qui sont diffusées. Mais nous, on le sent, on le voit, que c’est en train de s’éteindre à petit feu. Ce qu’on craint, c’est que la qualité de la programmation se mette à descendre sans arrêt. Et, à un moment donné, on va mettre la clé dans la porte et on s’en rendra à peine compte, parce qu’on aura disparu petit à petit auparavant. C’est maintenant, alors qu’il y a encore des émissions, de la qualité, de la matière à sauver, qu’il faut faire quelque chose. Pas quand Radio-Canada sera devenu tellement affaibli qu’il ne restera plus rien.»

Pas si cher

Catherine Pogonat maintient qu’à moins de 30 dollars par année, par habitant, Radio-Canada demeure l’un des services d’information publique les moins coûteux au monde, comparativement, par exemple, à la BBC qui, en Angleterre, exige environ 85$ par habitant. La communicatrice espère que leur message, à ses collègues et elle, résonnera suffisamment fort pour que les électeurs fassent entendre leur opinion aux prochaines élections fédérales, et que chacun ose prendre la parole pour marteler à qui veut l’entendre le caractère essentiel de Radio-Canada.

«Stéphane Archambault disait, hier, au spectacle, que lorsqu’il a commencé à travailler comme animateur à Radio-Canada, dès les premières semaines de son contrat, il devait assister à des réunions de coupures, où on disait qu’il fallait accepter ça comme une fatalité. Qu’il fallait accepter de mourir dans la dignité, sans protester. Et Stéphane a dit que, lui, on ne lui avait pas appris ça, à se baisser la tête, à être soumis et à mourir à petit feu. On lui a plutôt appris qu’il fallait résister. Et nous, c’est ce qu’on fait. On résiste! La force du nombre, c’est souvent la meilleure façon de se faire entendre.»

Ironiquement, la sortie de la vidéo Tout le monde en même temps d’Ensemble, Sauvons Radio-Canada coïncide avec les déclarations incendiaires de Stephen Harper, qui a affirmé, lundi matin, que plusieurs employés de Radio-Canada «détestent les valeurs des Conservateurs».

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