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15/02/2015 03:44 EST | Actualisé 16/02/2015 08:41 EST

Richard Charest : le destin international d'un chanteur québécois (ENTREVUE)

Courtoisie

Au cours des 15 dernières années, Richard Charest a donné 715 représentations de Notre-Dame de Paris à travers le monde. En 2010, il a décroché le premier rôle du spectacle sur le Big Bazar de Michel Fugain, dont il a marié la fille, Marie. Son visage est apparu plus d’une fois dans les tabloïds français, comme Paris Match. Récit d’un destin hors de l’ordinaire.

Au milieu des années 80, alors qu’il n’a aucune expérience en chant, le petit gars de Québec a une révélation. « J’ai assisté à un spectacle de la troupe chorale Crescendo, qui chantait les succès de l’époque, de Charlebois à Goldman, et j’ai eu un coup de cœur. Je devais faire ça, moi aussi! Quelques semaines plus tard, je suis entré dans le groupe. Au bout de six mois, nous sommes partis en tournée en France. »

Pendant quatre ans, il a vécu l’âge d’or de la troupe : cinq tournées, des spectacles à l’Olympia de Paris, de multiples participations aux grands plateaux télé québécois et français, où il a côtoyé Serge Gainsbourg, Céline Dion, Daniel Lavoie, Johnny Halliday et un certain Michel Fugain.

Pendant la première moitié des années 90, il a fait partie du trio Konexion, avec qui il a enregistré un album et donné des dizaines de spectacles au Québec. Par la suite, sa destinée musicale a pris une direction solo, avec le lancement de son album Blues occidental, en 1997. « Une de mes chansons a été numéro 2 à CKOI, mais l’album est passé inaperçu. Je l’ai réécouté récemment et je trouve que mes textes étaient opaques et que ma musique n’était pas commerciale. Ça paraissait que j’avais étudié en littérature et en poésie moderne… »

Le quart d’une vie consacré à NDP

L’album a tout de même eu une incidence majeure sur sa vie. La chanson « Marcher sur l’eau » s’est rendue à l’oreille de Josélito Michaud, alors gérant d’Isabelle Boulay. Une amitié est née. Quelques mois plus tard, Michaud a décroché une audition à Charest pour le renouvellement de la distribution de Notre-Dame de Paris.

« Comme je me considérais baryton, et non-ténor, je pensais que les rôles de Gringoire (Bruno Pelletier) et Phœbus (Patrick Fiori) était trop hauts vocalement pour moi. Je m’étais donc préparé pour Frolo, le prêtre, même si je n’avais pas le casting physique. »

« Quand j’ai chanté devant Luc Plamondon, il m’a rapidement demandé de chanter les partitions de Phœbus. Rapidement, on m’a proposé de reprendre le rôle en France ou de faire partie de la première mouture au Québec. Puisque j’avais adoré l’Europe avec Crescendo, j’ai choisi la France. Je suis parti en septembre 1999, pour un premier blitz 41 spectacles en 41 jours! »

De Phoebus à Gringoire

Au total, Charest a donné 434 représentations dans le costume de Phœbus et près de 300 à ce jour, en tant que Gringoire. Il a fait le tour du monde (France, Suisse, Belgique, Italie, Canada, Liban, Russie, Luxembourg, Japon, Singapour, Chine, Taiwan, Corée du Sud) et chanté avec Garou, Bruno Pelletier, Daniel Lavoie, Luck Mervil, Hélène Ségara, Robert Marien, Sylvain Cossette, Mario Pelchat, France D’Amour. Jean-François Breau, Gino Quillico, Mélanie Renaud, Marilou, Matt Laurent et Stéphanie Bédard.

Las d’interpréter Pheobus après quelques années, il a profité de la première tournée coréenne, en 2005, pour demander de jouer Gringoire. « Gringoire est un personnage beaucoup plus intéressant. Il est le narrateur de l’histoire, celui qui ouvre et qui ferme le spectacle. J’avais l’œil sur lui depuis le début. Avec les années, j’ai vu plusieurs chanteurs l’interpréter et j’imaginais ce que j’en ferais dans ma tête. »

Bien que périlleuse, la transition lui a permis de garder la flamme pendant plusieurs années. « Le rôle est si difficile que je dois être hyper préparé avant une nouvelle tournée, sinon je manque de souffle. Il suffit de penser aux chansons Le temps des cathédrales ou Lune pour comprendre l’exigence vocale. Ce edge-là me permet de renouveler le défi chaque soir. À travers les années, j’ai aussi dû développer de nouvelles interactions avec plusieurs chanteurs et danseurs. Et les chansons sont sublimes! Peu de spectacles offrent tout ça. »

Jouer le rôle… de son beau-père

Richard Charest a tout de même vécu plusieurs expériences à l’extérieur de NDP. Il a joué dans la comédie musicale Rabby Jacob en 2008, dans Il était une fois Joe Dassin en 2010, écrit et mis en scène la pièce Dix-sept fois Maximilien en France, en plus de participer à la reprise du Big Bazar, lors des Francofolies de Montréal, en 2010.

Un projet arrivé dans sa vie par surprise. « Je vivais en France et je ne savais pas que le spectacle se préparait au Québec. La chorégraphe Geneviève Dorion-Coupal, une bonne amie à moi, était à Paris pour rencontrer Fugain, après un spectacle. J’y étais avec ma femme et mes deux fils, qui venaient voir leur grand-père sur scène. En me voyant, elle m’a parlé du projet et m’a proposé d’envisager faire le spectacle l’été prochain. J’ai passé une audition sur Skype et j’ai été pris pour le rôle de Michel. Il n’avait aucune voix au chapitre pour le choix de la distribution. »

Sa vie dans les tabloïds

Être membre du clan Fugain implique de voir sa vie parfois étalée dans les tabloïds et d’être suivis par des paparazzis. « En 2002, la famille a vécu un drame terrible, quand la jeune sœur de ma femme est décédée de la leucémie. En France, c’est dans la culture d’avoir des réactions et des photos des vedettes comme Michel. À travers les années, les magazines ont suivi les malheurs et les bonheurs de la famille, notre mariage, la naissance de nos enfants. Des photos de notre mariage ont été volées par un paparazzi. Je n’étais pas familier avec ça, surtout que je gagne ma vie à l’étranger… Mais je n’ai pas souffert de ça. »

Charest a également goûté à une popularité monstrueuse, lors de la première tournée de Notre-Dame de Paris en Corée du Sud, en 2005. « La réception a été très forte. À la fin des 30 représentations dans des salles de 3000 places, on était comme les Beatles! On prenait une heure pour signer les autographes après les spectacles. Les gens tapaient dans les vitres de l’autobus. La réaction était la même à Taiwan. »

«Cette année, quand j’y suis retourné pour la tournée 10e anniversaire, c’était moins fou, mais les gens finissaient quand même debout. Aujourd’hui, Séoul est pratiquement devenue le troisième centre mondial des comédies musicales, après Broadway et Londres, en nombre de productions. On a été des pionniers il y a 10 ans.»

En tournée en Corée et en Taiwan pendant plusieurs mois en 2015 et possiblement en Chine en 2016, Charest aimerait reprendre le Big Bazar dans le futur. « En 2010, nous avions un petit budget et le spectacle a fait 50 représentations, en 18 mois. Il faut être plus ambitieux! Je me promets de le remonter, de réécrire le livret et de le faire différemment. »

Visiblement porté par l’écriture, Charest a également créé une comédie musicale sur le poète Arthur Rimbaud. « J’ai écrit le livret, les dialogues, les musiques et coécrit les paroles. Je jouerais probablement Verlaine dans la production. J’aimerais monter le spectacle d’ici un an. Probablement en Asie au départ. »

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