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14/02/2015 03:49 EST

Berlinale: Le réalisateur iranien dissident Jafar Panahi remporte l'ours d'or pour «Taxi»

Clemens Bilan via Getty Images
BERLIN, GERMANY - FEBRUARY 14: Solmaz Panahi accepts the golden bear for 'Taxi' on behalf of her father Jafar Panahi during the Closing Ceremony of the 65th Berlinale International Film Festival at Berlinale Palace on February 14, 2015 in Berlin, Germany. (Photo by Clemens Bilan/Getty Images)

La 65e édition du festival du film de Berlin, réputé sensible aux sujets politiques, a couronné samedi le cinéaste iranien dissident Jafar Panahi, interdit de travailler dans son pays et de voyager à l’étranger, en décernant l’Ours d’or à son film « Taxi ».

En l’absence du cinéaste, la récompense suprême de la Berlinale a été reçue par sa nièce, Hana Saeidi, qui joue dans le film. « Je suis incapable de dire quoi que ce soit. Je suis trop émue », a lancé la petite fille en larmes, qui a brandi le trophée.

« Les contraintes obligent souvent les conteurs à faire du meilleur travail mais ces limites peuvent parfois être si oppressantes qu’elles détruisent un projet ou abîment l’âme de l’artiste », a déclaré le président du jury, le réalisateur américain Darren Aronofsky.

« Plutôt que de laisser détruire son esprit et d’abandonner, plutôt que de se laisser envahir par la colère et la frustration, Jafar Panahi a écrit une lettre d’amour au cinéma », a-t-il ajouté, estimant que son film était « rempli de l’amour qu’il porte à son art, à sa communauté, à son pays et à son public ».

Très applaudi à la Berlinale, « Taxi » est une chronique à la fois drôle et saisissante de la société iranienne, à travers les déambulations d’un chauffeur de taxi dans les rues de Téhéran, interprété par le réalisateur lui-même.

Ses passagers, Iraniens hauts en couleur, en disent beaucoup sur leur pays, dont Jafar Panahi s’efforce de saisir l’âme.

Après « Ceci n’est pas un film » et « Pardé », c’est le troisième long métrage réalisé par Jafar Panahi en défiant les autorités depuis qu’il a été arrêté en 2010, alors qu’il préparait un film sur les manifestations contre la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad en 2009.

Condamné à six ans de prison et 20 ans d’interdiction de réaliser des films ou de voyager, il a retrouvé une liberté précaire qui lui permet de tourner clandestinement, mais sans pouvoir quitter l’Iran.

Observateur engagé de la société, ce cinéaste est un habitué de la Berlinale. Il avait reçu le Grand Prix du jury en 2006 pour « Hors jeu » et le prix du scénario en 2013 pour « Pardé ».

Rampling et Courtenay

Les Ours d’argent saluant les meilleurs interprètes féminin et masculin sont venus récompenser les performances des deux acteurs britanniques de « 45 years », Charlotte Rampling et Tom Courtenay.

Dans ce drame d’Andrew Haigh, ils incarnent Kate et Geoff, un couple vieillissant qui s’apprête à célébrer son 45e anniversaire de mariage, lorsqu’un évènement vient faire vaciller leurs certitudes.

Le jury a aussi récompensé le cinéma d’Europe de l’Est. Il a tenu à décerner deux Ours d’argent du meilleur réalisateur : l’un est allé au Roumain Radu Jude pour « Aferim », road movie historique en noir et blanc dans l’Europe de l’Est de 1835, et l’autre à la Polonaise Malgorzata Szumowska pour « Body », histoire d’un médecin légiste et de sa fille anorexique qui peine à faire le deuil de sa mère.

Le cinéma latino-américain a aussi été mis à l’honneur. Le grand Prix du Jury est allé au réalisateur chilien Pablo Larrain pour « El Club », plongée dans les traumatismes du Chili à travers l’étude d’une communauté religieuse déstabilisée par un scandale.

« Le Bouton de nacre » (« El Boton de nacar ») de l’autre réalisateur chilien de la sélection Patricio Guzman, seul documentaire en compétition, revisitant l’histoire de son pays, a reçu l’Ours d’argent du meilleur scénario.

Le prix Alfred-Bauer, récompensant chaque année « un film qui ouvre de nouvelles perspectives dans l’art cinématographique », est revenu à « Ixcanul », premier film du Guatémaltèque Jayro Bustamante, histoire d’une jeune maya qui rêve de quitter sa campagne.

L’an dernier, l’Ours d’or avait été attribué au polar chinois « Black Coal, Thin ice » de Diao Yinan.

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