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14/02/2015 01:56 EST | Actualisé 14/02/2015 05:35 EST

Timbuktu: «Les musulmans sont les premières victimes des extrémistes», dit le cinéaste Abderrahmane Sissako (PHOTOS/VIDÉO)

En lice pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, Timbuktu a été salué par la critique lors sa présentation en compétition officielle au dernier Festival de Cannes. Le nouveau long métrage d’Abderrahmane Sissako (Bamako) est une œuvre poétique qui dévoile les drames du fondamentalisme religieux au cœur du magnifique désert du Sahel. Le Huffington Post Québec s’est entretenu avec l’un des plus grands noms du cinéma africain.

Les djihadistes sont là. Les armes d’une main et la charia de l’autre, ils imposent à la population leurs interprétations rigoristes des textes religieux. Abderrahmane Sissako l’avoue d’emblée, son film est planté au cœur de l’actualité.

«Tout est né d’une révolte, déclare-t-il en entrevue. La lapidation en 2012 d’un couple d’une petite ville au nord du Mali oublié de tous a déclenché quelque chose en moi. Dans une indifférence implacable, ces deux êtres humains anonymes étaient enterrés vivants. Je ne pouvais pas l’accepter.»

Les drames de ce genre, l’Afrique en vie tous les jours. Continent oublié, Sissako voulait mettre ses malheurs et ses douleurs sur la carte. «Du jour au lendemain, les milliers d’hommes et de femmes de Tombouctou ont dû changer leur façon de vivre. Ils ne pouvaient plus chanter ou écouter de la musique au risque d’être fouetté ou lapidé. Ils n’étaient plus libres. Et que personne n’en parle était pour moi insupportable.»

L’islam, une religion de tolérance

Car ceux qui souffrent sont d’abord et avant tout des musulmans rappelle le cinéaste. La scène où les djihadistes obligent une femme voilée à porter des gants pour cacher ses mains montre le degré d’obscurantisme d’un groupe déconnecté de la culture locale.

«Les musulmans sont les premières victimes des extrémistes, lance-t-il. La religion est prise en otage par des radicaux qui ne la représente pas. L’islam est l’amour de l’autre et la tolérance.»

Timbuktu, tourné en Mauritanie sous haute sécurité, refuse le manichéisme. Tout n’est pas noir et blanc, la preuve avec la représentation «humaine» parfois ridicule des fondamentalistes. «Il faut bien leur accorder un brin d’humanité puisque ceux qui commettent des actes barbares sont comme vous et moi, à la différence qu’ils ont basculé dans l’inacceptable.»

L’espoir demeure malgré tout. Cette séquence magnifique où l’on voit ces enfants qui n’ont plus le droit de jouer avec un ballon, mais qui continuent pourtant de s’envoyer une balle imaginaire.

«Même s’ils peuvent vous tuer, ils ne peuvent pas tuer vos rêves. Si quelqu’un vous interdit de chanter, vous pouvez toujours chanter dans votre tête. Nos actes de résistance seront toujours plus forts que leurs menaces.»

Timbuktu – Axia Films – Drame - 100 minutes – Avec Ibrahim Hamed, Toulou Kiti, Abel Jafri, Fatou Diawara, Hicham Yacoubi, Ketli Noël – Sortie en salles le 13 février 2015 – Mauritanie, France.

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