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12/02/2015 05:41 EST

Accord en Ukraine: des doutes subsistent (VIDÉO)

Les dirigeants européens et les présidents ukrainien et russe sont parvenus jeudi à Minsk à se mettre d'accord pour imposer dès dimanche un cessez-le-feu et créer une zone démilitarisée élargie en Ukraine, mais de "gros obstacles" subsistent a prévenu Angela Merkel au terme de négociations marathon.

Cet accord, qui selon Berlin est encore loin d'apporter la paix en Ukraine, reprend les grandes lignes des accords déjà signés à Minsk en septembre et qui prévoyaient déjà cessez-le-feu, retrait des pièces d'artillerie ou échanges de prisonniers.

Mais le fait qu'il ait été conclu au plus haut niveau, entre Vladimir Poutine opposé à Petro Porochenko, soutenus par Angela Merkel et François Hollande, donne plus de poids à l'accord. Formellement toutefois, le président russe n'a rien signé. Les Européens, leur protégé ukrainien et lui-même n'ont accouché que d'une "déclaration de soutien" au texte, lui signé par les rebelles séparatistes et par les émissaires de Kiev, sous le patronage de la Russie et de l'OSCE.

D'autres blindés

"Une cinquantaine de chars, 40 lance-roquettes multiples Grad, Ouragan et Smertch et autant de blindés ont traversé la frontière russo-ukrainienne au poste de contrôlé d'Izvariné" dans la région séparatiste prorusse de Lougansk, a déclaré Andriï Lyssenko lors d'une conférence de presse.

"L'ennemi continue de renforcer ses positions sur les directions les plus dangereuses: dans le nord-est de la région de Lougansk et près de Debaltseve", un noeud ferroviaire stratégique à mi-chemin entre les capitales séparatistes de Donetsk et Lougansk où les troupes ukrainiennes sont quasiment encerclées, a-t-il souligné.

"On a réussi à trouver un accord sur l'essentiel", s'est félicité Vladimir Poutine, François Hollande évoquant un "règlement politique global" même si "tout n'est pas encore accompli".

De son côté, la chancelière Angela Merkel a douché les espoirs d'une paix immédiate, déclarant ne se faire "aucune illusion" sur le fait qu'il y ait encore "de gros obstacles" à surmonter avant d'arriver à une solution au conflit ukrainien. L'accord "n'est pas une solution globale et encore moins une percée", a renchéri le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, tout en saluant un "pas en avant qui nous éloigne d'une spirale d'escalade militaire", mais "sans euphorie, car cela a été une naissance difficile".

Les dirigeants séparatistes ont estimé que l'accord pouvait faire espérer une "solution pacifique" au conflit.

La feuille de route signée par le Groupe de contact, constitué de représentants ukrainiens et les rebelles prorusses, encadrés par leurs homologues russes et de l'OSCE, porte sur un cessez-le-feu en vigueur dès dimanche, et sur le retrait des belligérants et de leurs armes lourdes permettant la création d'une zone tampon élargie, passant de 30 kilomètres à 50 à 70 kilomètres autour de la ligne de front.

"Toutes les questions ont été traitées par ce texte qui a été signé par le groupe de contact et les séparatistes", a déclaré le chef de l'Etat français, lors d'une déclaration commune, aux côtés de la chancelière allemande.

La signature de cet accord intervient après une nuit blanche pour François Hollande, Angela Merkel, Vladimir Poutine et Petro Porochenko à Minsk pour tenter d'arracher un plan de paix pour l'Ukraine.

Jusqu'à l'annonce du président russe, qui a marqué la fin des négociations, peu de signes tangibles permettant d’espérer la conclusion d'un accord avaient été observés, alors que le temps presse et que les violences en Ukraine n'ont pas faibli, douze personnes au moins ayant péri ces dernières heures dans des combats et bombardements.

Dans le fief rebelle de Donetsk, les tirs d'artillerie tirés des positions séparatistes n'ont pas cessé de la nuit.

Négociations difficiles

Les pourparlers étaient plus que compliqués. La géographie d'abord: les négociations se sont déroulées dans deux endroits de la capitale bélarusse. D'un côté, les dirigeants européens et les présidents russe et ukrainien. De l'autre, le groupe de contact sur l'Ukraine.

Le sommet de Minsk a été un ballet de conseillers, de portes ouvertes et refermées, de conciliabules à trois - Hollande-Merkel avec Poutine, Hollande-Merkel avec Porochenko - et de négociations autour d'un plateau repas dans l'imposante salle aux colonnes de marbre de la présidence bélarusse.

Jusqu'à jeudi matin, le président Petro Porochenko se montrait pessimiste. "Malheureusement, il n'y a pas encore de bonnes nouvelles. Pour l'instant, il n'y a aucune nouvelle", a déclaré M. Porochenko à l'AFP. "Il y a des conditions (posées par les Russes) que je considère comme inacceptables", a-t-il ajouté.

Signe que les discussions étaient cependant entrées dans une phase décisive, les dirigeants séparatistes de la "république" autoproclamée de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, et de Lougansk, Igor Plonitski, avaient rejoint le Groupe de contact pour les négociations.

L'accord devait porter "sur la mise en oeuvre concrète de l'accord de Minsk du 5 septembre", selon une source proche des négociations.

Resté pour l'essentiel lettre morte, le "protocole" de cessez-le-feu signé le 5 septembre à Minsk, développé par un mémorandum du 19 septembre, est jusqu'à présent le seul accord signé par toutes les parties pour tenter de régler un conflit qui a fait plus de 5.300 morts en dix mois.

La rencontre au Bélarus a été organisée au terme d'une semaine d'intenses consultations diplomatiques dont les dirigeants français et allemand, qui s'étaient rendus vendredi à Moscou pour y rencontrer M. Poutine, ont pris l'initiative.

Avant le sommet, les soldats ukrainiens et rebelles intensifiaient leurs combats sur le terrain pour arriver en position de force à la table des négociations.

Selon l'Elysée, le président français et la chancelière allemande avaient annoncé compter "tout essayer" pour trouver une issue diplomatique à une crise qui a généré la pire période de confrontation entre la Russie et les Occidentaux depuis la fin de l'URSS en 1991.

De Washington, le président américain Barack Obama avait fait monter les enchères en appelant Vladimir Poutine pour lui dire que s'il poursuivait sa stratégie "agressive" en Ukraine, la Russie verrait le "prix à payer" augmenter.

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