NOUVELLES
11/02/2015 12:39 EST | Actualisé 13/04/2015 05:12 EDT

L'armée soudanaise est accusée de viols au Darfour

Des soldats de l'armée soudanaise ont violé 221 filles et femmes lors d'attaques systématiques perpétrées l'an dernier dans un village du Darfour, affirme Human Rights Watch dans un rapport publié mercredi.

Le directeur pour l'Afrique de l'organisation humanitaire new-yorkaise, Daniel Bekele, affirme qu'il s'agit d'un «nouveau creux dans le catalogue d'atrocités au Darfour».

L'incident survient au moment où les relations entre le Soudan et la communauté internationale ne cessent de se détériorer, concernant une région en proie à la violence et au chaos depuis plus de dix ans.

Les rumeurs concernant ces agressions ont commencé à circuler en octobre, mais une mission commune de l'ONU et de l'Union africaine a tout d'abord dit n'avoir découvert aucune preuve. Un représentant spécial de l'ONU a ensuite déclaré que la forte présence de l'armée soudanaise au moment de l'enquête a interféré avec sa conduite.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a alors demandé au Soudan d'accepter la tenue d'une enquête formelle. Le président soudanais Omar al-Bachir a plutôt demandé au bureau des droits de la personne de la mission de l'ONU de fermer ses portes, et l'accès au village est depuis interdit aux Casques bleus.

Le gouvernement soudanais affirme que sa propre enquête n'a pas décelé un seul cas de viol.

Mais le nouveau rapport de HRW — en s'appuyant sur des entretiens téléphoniques avec 130 survivants, médecins ou transfuges de l'armée — affirme que des fillettes âgées de seulement 10 ans ont été violées par des soldats soudanais. Certaines victimes auraient été agressées à de multiples reprises, devant leurs familles.

Le document ajoute que HRW «a documenté 27 incidents distincts de viol et obtenu des informations crédibles concernant 194 autres cas».

Le village aurait été attaqué en représailles pour la mort d'un soldat. Le rapport n'a toutefois décelé à cet endroit aucune présence des rebelles qui luttent contre le gouvernement depuis 2003. Le conflit a déjà fait plus de 300 000 morts, et 400 000 personnes ont été chassées de chez elles.

«De multiples témoins et victimes rapportent que des dirigeants gouvernementaux ont menacé d'emprisonner ou de tuer quiconque parlerait de ces attaques», a dit Human Rights Watch.

L'accès au village de Tabit est maintenant contrôlé par de nouveaux postes militaires, et certaines victimes ont dit ne pas avoir cherché de soins médicaux pour éviter de subir de nouvelles agressions.

Le rapport ajoute que les membres de l'armée qui ont participé ou ordonné ces viols se sont rendus coupables de crimes de guerre.