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12/01/2015 01:18 EST | Actualisé 14/03/2015 05:12 EDT

Le procès intenté par Guy Lafleur contre Montréal et le PG du Québec a débuté

MONTRÉAL - Se disant humilié et angoissé par les procédures criminelles intentées contre lui, l'ex-hockeyeur Guy Lafleur, qui a été depuis acquitté, veut réparation. Après des années d'attente, son procès civil contre le Service de police de la Ville de Montréal et le procureur général du Québec a débuté lundi matin au palais de justice de Montréal.

Aussitôt commencé, le procès a failli être reporté, puisque l'avocat de M. Lafleur souhaitait amender sa poursuite.

Il veut ajouter que selon lui, la Couronne avait omis de transmettre un document crucial pour la défense de son client dans le cadre de son procès criminel, ce qui peut constituer une faute grave, puisqu'elle est tenue de dévoiler toute la preuve.

«Toutes les garanties constitutionnelles ont été violées, a déclaré Jacques Jeansonne, l'avocat de Guy Lafleur. Et mon client est passé 'au cash'».

Les procureurs en défense ont vivement protesté: puisque la poursuite allègue de nouvelles fautes, ils disent avoir besoin de temps pour se préparer. Le juge André Wery a toutefois tranché: il n'y aura pas de report du procès, mais celui-ci pourra être allongé. Il décidera plus tard si la poursuite de M. Lafleur peut être amendée.

Ce procès découle des procédures criminelles qui ont été intentées dans le passé contre Guy Lafleur. La Couronne l'avait accusé d'avoir offert des témoignages contradictoires à la Cour, dans la cause criminelle de son fils Mark, accusé de diverses infractions.

Lors de sa remise en liberté, Mark, qui avait alors 22 ans, devait résider au centre l'Exode. Lors de sorties de fin de semaine, il demeurait chez ses parents. À deux occasions, il a passé une nuit à l'hôtel, avec sa petite amie.

Lors d'un premier témoignage dans la cause de son fils, M. Lafleur n'a pas parlé de ces deux nuits passées à l'hôtel. Lors d'un second témoignage, il le mentionne. Se faisant confronter à cette divergence, M. Lafleur réplique que personne ne lui avait posé cette question la première fois et aussi qu'il croyait que les seules conditions pour son fils lors des sorties étaient de respecter un couvre-feu et aussi de ne pas consommer d'alcool ni de drogues. Mark téléphonait une fois arrivé à l'hôtel et ainsi, M. Lafleur disait qu'il savait qu'il était rentré à l'heure prévue. Ces conditions n'avaient jamais été expliquées à M. Lafleur et il n'en avait pas reçu copie, a-t-il dit. Un mandat d'arrestation a été émis contre M. Lafleur pour ses témoignages contradictoires et il a été arrêté quand il s'est présenté, tel que requis, au poste de police, en janvier 2008.

Condamné en Cour supérieure, Guy Lafleur a toutefois été blanchi par la Cour d'appel en 2010.

Dans son jugement, la Cour d'appel écrit que la Couronne n'a pas fait la preuve de l'infraction reprochée et même que cette obligation pour Mark de dormir chez ses parents n'existait pas du tout.

Lundi matin, Me Jeansonne a dit avoir mis la main la semaine dernière sur les autorisations de sorties de fin de semaine de Mark Lafleur. Aucune contrainte de dormir chez ses parents n'y apparaît. La Couronne avait en sa possession ce document depuis 2007, mais ne l'aurait pas transmis aux avocats de M. Lafleur, a-t-il allégué lundi matin en Cour.

Les avocats du service de police et du procureur général ont l'intention de faire la preuve que malgré cela, Guy Lafleur connaissait cette condition.

M. Lafleur dit avoir vécu des années d'enfer lors de sa cause criminelle qui a été hautement médiatisée. Il allègue entre autres que la police a bâclé son enquête et que la Couronne s'est acharnée sur lui et voulait l'intimider.

Il poursuivait initialement pour plus de 3,5 millions $ mais a réduit sa réclamation d'environ un million de dollars lundi matin pour un total de 2,16 millions $, notamment pour dommages moraux, dommages punitifs, atteinte à sa réputation et atteinte de ses perspectives d'affaires — notamment des contrats publicitaires — qui dépendent justement de sa réputation.

L'ancien joueur vedette du Canadien devrait donner sa version des faits cette semaine. L'ex-premier ministre Jean Charest doit aussi témoigner mais par une déclaration écrite déposée au dossier de la Cour. Le juge devra aussi décider s'il autorise le dépôt de documents du FBI.

Présent à la cour lundi, M. Lafleur n'a pas voulu parler aux journalistes.