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11/01/2015 05:37 EST | Actualisé 13/03/2015 05:12 EDT

Une imposante marée humaine s'empare des rues de Paris pour défendre la liberté

PARIS - Étaient-ils des centaines de milliers, un million, voire deux millions? Impossible à dire tellement la foule était dense dimanche à Paris, disent les autorités. Mais qu'importe. Ils étaient tous là pour une raison: rendre hommage aux 17 victimes des attentats terroristes perpétrés cette semaine dans la capitale française.

Dès le début de l'après-midi, dimanche, les Parisiens affluaient par centaines sur la place de la République. Plus de deux heures avant le début officiel de la grande marche républicaine prévue à 15 h, la place était déjà pleine à craquer.

«On est tous là ensemble, on est solidaires pour la République, pour la diversité qu'elle représente», explique Michael, kippa sur la tête, entouré de ses parents.

Vers 15 h 30, le cortège réunissant une cinquantaine de chefs d'État et de gouvernement se met finalement en branle. Les rues sont désertes. Sécurité oblige, la foule est repoussée à plusieurs dizaines de mètres sur les rues perpendiculaires au boulevard Voltaire.

Quelques centaines de Parisiens réussissent toutefois à s'approcher à quelques mètres des dignitaires, dans la rue Sedaine. Les policiers sont nerveux, mais rechignent à repousser la foule déjà nombreuse.

Le moment sera magique. Au passage du cortège réunissant les hommes et les femmes les plus puissantes du monde, la centaine de manifestants de la rue Sedaine se met à scander «Charlie! Charlie! Charlie!».

Bras dessus bras dessous, les dignitaires s'arrêtent. La foule entonne alors «La Marseillaise». Le président François Hollande et ses invités l'écouteront jusqu'au bout avant de poursuivre leur marche. Ce sera véritablement leur seul contact avec les centaines de milliers de manifestants venus embrasser la même cause qu'eux.

Au son des «ouvrez les barrières!» et «redonnez-nous la rue!», les policiers permettent finalement aux manifestants de défiler dans les rues de Paris.

C'est alors une véritable marée humaine qui envahit le boulevard Voltaire et qui déborde dans les rues avoisinantes.

Les banderoles «Je suis Charlie» se déclinent désormais en «Je suis juif », «Je suis musulman», «Je suis policier». Un immense crayon est déployé dans la foule.

La foule est beaucoup plus familiale et plus calme que celle qui se réunit tous les soirs sur la place de la République depuis l'attentat contre «Charlie Hebdo».

Stéphane n'a pas hésité à défiler avec ses enfants. «J'avais entièrement confiance. Je crois que nos représentants ont fait le nécessaire», dit-il, en référence à l'imposant dispositif de sécurité déployé pour encadrer cette marche historique.

«Je n'ai jamais vu Paris comme ça, raconte pour sa part Charlotte. Pourtant, je vais souvent à des manifs. Mais que tout le monde soit venu comme ça, c'est vraiment bien.»

«C'est un sursaut pour la société française, explique Alain Leauthier, reporter au magazine «Marianne» qui marche en compagnie de ses collègues journalistes. Je ne sais pas combien de temps va durer ce mouvement d'unité nationale. Peut-être brièvement, peut-être plus longuement?»

Plusieurs caricatures de Mahomet, que «Charlie Hebdo» avait publiées envers et contre tous, sont portées à bout de bras dans la foule. La liberté d'expression est évidemment sur toutes les lèvres.

«C'est super que tout le monde soit là aujourd'hui, ajoute Isabelle. Mais en même temps, à d'autres moments où "Charlie Hebdo" a eu des problèmes ou d'autres gens ont eu des problèmes avec la liberté d'expression, est-ce qu'on les a aidés avant ce massacre et cette tuerie? Non.»

Arrivée en fin de parcours, sur la place de la Nation, la foule s'échauffe. «Qui ne saute pas n'est pas Charlie!», scandent des jeunes.

Quelques mètres plus loin, Omar, musulman, se tient à côté d'un ami juif, pancarte à la main. «Je suis musulman. Je suis Charlie», peut-on lire. «J'aurais aimé voir plus de musulmans à la marche», nous dit-il, alors qu'il se fait prendre en photo par plusieurs manifestants.

«Ça m'inquiète un peu, avait confié Marie-Té, rencontrée un peu plus tôt dans la journée. Il faut que les musulmans viennent, il faut qu'ils se sentent concernés, il faut qu'ils surmontent leur peurs et qu'ils viennent manifester.»