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11/01/2015 01:42 EST | Actualisé 13/03/2015 05:12 EDT

Les Montréalais rendent hommage aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo

MONTRÉAL - Plusieurs milliers de manifestants ont marché au centre-ville, en silence, dimanche, en mémoire des victimes de l'attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo, mercredi dernier.

Les participants, munis de leurs crayons et de leurs affiches avec le slogan célèbre «Je suis Charlie», ont convergé dans le quartier des spectacles avant de se diriger vers le Consulat général de France.

Les dignitaires présents — dont le maire de Montréal Denis Coderre, le consul général de France à Montréal, Bruno Clerc, ainsi que plusieurs ministres québécois — ont ouvert la marche, en se tenant tous par les bras.

«Après le deuil, le sursaut», a lancé M. Clerc à la foule, rassemblée devant le consulat général. Il a remercié les Montréalais «du fond du coeur» pour leur solidarité.

Après avoir observé une minute de silence, les manifestants ont entonné spontanément l'hymne national de la France, «La Marseillaise».

Plusieurs Montréalais d'origine française sont venus dénoncer ce qu'ils considèrent comme une attaque à l'un des «piliers» de leur démocratie, soit la liberté d'expression.

«Un attentat contre les valeurs de notre pays, c'est un attentat contre chacun d'entre nous. Une partie des gens qui ont été tués, ce sont des journalistes, des caricaturistes qui ont construit la culture collective française (...) On aime ou on n'aime pas, ce n'est pas le débat», a tranché Anne-Sophie Courtois, une Française d'origine, qui a participé à l'organisation de la marche, avec le collectif «Je suis Charlie Montréal».

«Ils avaient le droit de s'exprimer», a constaté Agathe Hauret, 11 ans, qui accompagnait sa mère Maylis.

Le Français d'origine malgache Thierry Brucker, a d'ailleurs relevé que la liberté d'expression n'était pas une valeur «propre» aux Français; elle est universelle.

Laurent Beltritti, un agent de bord parisien, qui était à Montréal seulement 24 heures, a tenu à participer à l'événement, à défaut d'y être à Paris.

«Il y a des humoristes qui font des spectacles et des fois c'est "borderline", mais ce n'est pas pour ça qu'ils se retrouvent avec un fusil sur la tête. Il faut savoir rire de tout», a-t-il remarqué.

M. Beltritti dit ne pas avoir peur de revenir chez lui, malgré les perturbations des derniers jours.

«Il ne faut pas avoir peur. C'est ce qu'ils (les assaillants) veulent. Il faut vraiment être présent et continuer à vivre sa vie (...) Faut pas les laisser gagner», a-t-il souligné.

Denis Coderre s'est dit «fier» que ses concitoyens soient si nombreux pour la marche. Il croit qu'il faut rester vigilant pour ne pas qu'un drame semblable se reproduise à Montréal.

«C'est tolérance zéro contre l'intimidation et le fanatisme. En même temps, Montréal est diversifiée, alors il ne faut pas faire des amalgames (...) Il faut être en mode prévention, et non en mode réaction», a-t-il précisé, ajoutant qu'il travaillait de concert avec ses «partenaires» des gouvernements fédéral et provincial.

La ministre de l'Immigration Kathleen Weil, qui ne s'est pas dite inquiète outre mesure de la situation à Montréal, croit toutefois qu'il faut rester prudent.

Le gouvernement du Québec a d'ailleurs mis sur pied, dès la fusillade à Ottawa, en octobre, un comité interministériel pour tenter de repérer les individus «à risque». Le comité se réunira pour la première fois cette semaine, selon Mme Weil.

La ministre mènera aussi des consultations à la fin du mois de janvier pour tenter de trouver des moyens pour mieux intégrer les immigrants au Québec.

«On est inclusifs. Je pense qu'on se sent fort au Québec à ce chapitre-là. Mais comme on l'a appris ces derniers mois, tout le monde est à risque», a-t-elle conclu.

Plusieurs autres rassemblements se sont aussi déroulés dans d'autres villes canadiennes.

À Toronto, quelques centaines de personnes se sont réunies, calmement, devant l'Hôtel de ville, ayant en main des pancartes, des crayons et des fleurs.

«Si nous avons accompli quelque chose aujourd'hui, c'est bien de s'unir pacifiquement, malgré toutes nos différences. On a fait exactement le contraire de ce que souhaitaient les terroristes», a remarqué Fabienne Thuet, qui cumule les nationalités française et canadienne.

À Halifax, le drapeau était en berne à l'Hôtel de ville, alors que quelques manifestants étaient devant l'édifice, brandissant des crayons dans les airs.