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11/01/2015 10:38 EST | Actualisé 13/03/2015 05:12 EDT

Attentats de Paris: les affiliations des terroristes soulèvent des questions

PARIS - Deux jours après les tragiques événements survenus à Paris, une vidéo a fait surface dimanche, montrant un des tireurs prêtant allégeance au groupe État islamique, tandis que les deux assaillants du «Charlie Hebdo» ont dit être affiliés à Al-Qaïda — un groupe extrémiste rival.

Cette contradiction a soulevé des questions à propos des liens entre les trois terroristes français. Ont-ils réellement agi avec l'implication ou la connaissance des deux réseaux? Leur amitié leur a-t-elle permis de mettre de côté les rivalités entre les deux organisations terroristes?

Le groupe État islamique (ÉI) ne collabore pas avec Al-Qaïda et affronte même ses combattants pour prendre le contrôle d'une portion de territoire en Syrie.

Dans une vidéo vérifiée par le groupe de renseignement américain SITE, Amedy Coulibaly, qui a pris plusieurs personnes en otages dans une épicerie cachère de la porte de Vincennes, a déclaré qu'il avait agi de concert avec Saïd et Chérif Kouachi, qui ont mené l'attaque dans les bureaux de l'hebdomadaire satirique «Charlie Hebdo», mercredi.

Coulibaly affirmait avoir aidé financièrement les deux frères «avec quelques milliers d'euros» pour l'opération. La vidéo le montrait aussi en train de faire des pompes et présentait des fusils automatiques, des pistolets et des munitions. Il parlait sous le drapeau noir et blanc utilisé par plusieurs militants islamistes.

Il a expliqué pourquoi sa cible, l'épicerie cachère, avait été sélectionnée.

La vidéo a été publiée dimanche sur des sites Internet extrémistes, et deux hommes qui ont effectué des transactions illicites avec Coulibaly avant sa mort ont confirmé son identité à l'Associated Press. La police a révélé qu'elle enquêtait sur les conditions ayant mené à la publication de la vidéo.

Les procureurs affirment que Coulibaly a tué quatre otages vendredi dans le supermarché, de même qu'une policière municipale la veille. Il est mort lorsque la police a lancé l'assaut dans l'épicerie, quelques minutes après la mort des frères Kouachi, retranchés dans une imprimerie à Dammartin-en-Goële, près de Paris.

Les survivants ont déclaré que les assaillants de «Charlie Hebdo» avaient déclaré faire partie d'Al-Qaïda au Yémen, que les États-Unis considèrent comme la cellule la plus dangereuse du réseau terroriste international.

Les experts ont cependant des doutes quant à la possibilité que les attaques aient été véritablement coordonnées par les groupes rivaux. Alors qu'on sait que Chérif Kouachi a été condamné pour des accusations liées au terrorisme en 2008, et que son frère Saïd se serait entraîné et aurait combattu avec Al-Qaïda au Yémen, aucune preuve ne démontre que Coulibaly se soit rendu en Syrie ou en Irak, où le groupe État islamique contrôle un vaste territoire. Sa veuve est en fuite et considérée comme dangereuse. Elle a été aperçue la dernière fois dans une ville située sur la frontière entre la Turquie et la Syrie, quelques jours avant les attaques.

Depuis que le groupe État islamique a rompu les liens avec Al-Qaïda l'année dernière, les combattants des deux groupes se sont retrouvés au coeur d'une bataille sanglante en Irak et en Syrie, où l'ÉI revendique un califat universel de tous les musulmans et le contrôle du djihad international. Les deux groupes se sont livré des batailles qui ont fait des centaines de morts au sein de chaque camp.

«Ce serait une grosse surprise, a déclaré Peter Neumann, directeur du Centre international sur l'étude de la radicalisation au King's College de Londres. L'idée que deux groupes collaborent dans une opération à l'étranger semble farfelue. Le scénario le plus plausible est qu'il y ait eu une sorte de bluff de chaque côté. S'il y a eu synchronisation, c'est survenu au tout premier niveau.»