DIVERTISSEMENT
10/01/2015 11:40 EST | Actualisé 11/01/2015 05:30 EST

« Le Dénominateur commun » : François Archambault écrit le spectacle de la pensée (ENTREVUE)

Clémence Archambeault

Qui sommes-nous? D’où venons-nous? Où allons-nous? Ces trois questions ont été posées à un psychologue, une théologienne, un généticien et un physicien des particules. Les auteurs de théâtre Emmanuelle Jimenez et François Archambault ont récolté leurs réponses, parfois choquantes, afin de créer Le Dénominateur Commun, qui sera présenté à La Licorne, dès le 13 janvier.

Les interrogations existentielles peuplent l’esprit de François Archambault depuis des lunes. « Je viens d’une famille qui allait à la messe tous les dimanches et durant mon enfance, je me posais beaucoup de questions sur la vie sur terre et pourquoi on existait. Durant mes études universitaires en littérature, j’ai renoué avec ces questionnements-là. Je me tenais avec des amis qui aimaient refaire le monde et réfléchir à l’existence. »

Il a donc été intéressé d’emblée, quand le metteur en scène Geoffrey Gaquère lui a offert une carte blanche, dont l’objectif était de renouer avec l’époque des Lumières, alors que la science et l’art se côtoyaient sans les jugements mutuels de notre époque. « Nous voulions provoquer un mélange de points de vue, en invitant quatre spécialistes à donner un sens à notre présence sur terre, comme les auteurs de théâtre le font de leur côté. C’était aussi une façon de nous sortir de notre zone de confort, pour Emmanuelle et moi. »

Au terme d’une rencontre de quatre heures avec chaque intervenant, les auteurs ont dégagé quatre lignes directrices. « Le psychologue nous a parlé de la fabrication de notre monde intérieur et de notre capacité à réécrire notre histoire pour lui donner un sens. La théologienne s’intéressait plus au collectif qu’à l’individu. Elle nous expliquait comment on donne un sens ensemble à notre présence sur la planète et quelles sont les règles de base de la vie commune. »

« Les scientifiques avaient un regard moins "romantique" sur la question. Pour eux, l’apparition de l’homme sur terre est une série de hasards. L’humain ne devrait pas se donner un rôle plus important que les autres créatures. C’est presque un miracle que nous soyons la seule espèce dotée de la capacité à réfléchir sur sa propre existence. »

Pièce sans histoire, formée de fragments de textes (monologues, dialogues, chœurs, poèmes), Le Dénominateur Commun est porté par une série de personnages qui pensent à voix haute pour trouver des réponses à leur vie.

« On va dans plusieurs directions : parfois du côté de la religion, parfois en creusant la psychologie des personnages ou en témoignant du choc ressenti en découvrant certains points de vue scientifiques. Par exemple, quand le physicien m’expliquait que la matière est faite à 99 % de vide (en raison des champs électromagnétiques) ou qu’il y a 11 dimensions à l’univers, je ne comprenais pas et ça me troublait! On dresse également des parallèles entre les grandes réponses et la vie quotidienne des gens, avec beaucoup d’humour, d’autodérision et de concret. »

Jimenez et Archambault tenaient à rester terre-à-terre dans leur écriture. « On voulait concrétiser tout ça, sans devenir new age ou tomber dans l’ésotérisme. En même temps, c’est important de parler de la part de mystère de la vie sur terre. Chaque spécialiste nous a livré son interprétation de l’univers, en sachant qu’il n’avait pas réponse à tout. Il y aura toujours des limites auxquelles ils vont se buter. »

Tu te souviendras de moi

En plus d’offrir des réponses aux grandes questions existentielles, cet hiver, François Archambault verra l’une de ses pièces reprises à La Licorne, au printemps. Tu te souviendras de moi, une réflexion sensible et parfois légère sur la mémoire et l’Alzheimer, qui a en a ébranlé plus d’un, l’année dernière.

« Certains spectateurs sont sortis de la pièce vraiment détruits. Des gens pleuraient dans mes bras. Plusieurs m’ont écrit pour me remercier d’avoir écrit ce texte. Quand on est proche d’un malade, on a l’impression qu’on est le seul à vivre ça, mais presque tout le monde connait quelqu’un atteint de l’Alzheimer. Ça touche une corde sensible. Mais en même temps, je ne voulais pas que la pièce soit trop lourde. Je suis content d’avoir inclut de l’humour. En faisant rire les spectateurs, quelque chose s’ouvre en eux. Si c’était juste un drame, qui souligne à quel point c’est épouvantable, les spectateurs se seraient braqués contre la pièce. »