NOUVELLES
09/01/2015 02:11 EST | Actualisé 11/03/2015 05:12 EDT

Un blogueur saoudien reçoit 50 coups de fouet pour avoir critiqué les autorités

DUBAI, Émirats arabes unis - Le blogueur saoudien Raif Badawi, condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet pour avoir insulté l'islam, a été flagellé 50 fois, vendredi, devant des centaines de fidèles après la prière du vendredi, dans la ville portuaire de Djeddah, a indiqué un témoin.

M. Badawi, dont la femme et les trois enfants sont réfugiés à Sherbrooke, avait les pieds et poings lié mais le visage découvert, a précisé ce témoin à l'Associated Press sous le couvert de l'anonymat, par peur des représailles des autorités saoudiennes.

Le blogueur recevra ainsi 50 coups de fouet chaque vendredi au cours des 19 prochaines semaines, après la prière, selon Amnistie internationale.

Amené par autobus jusqu'à une place publique devant une mosquée, M. Badawi a été fouetté dans le dos devant des centaines de fidèles qui venaient de prendre part à la prière du vendredi, en mi-journée. Selon le témoin, la flagellation a duré une quinzaine de minutes, pendant lesquels le condamné a fermé les yeux mais n'a émis aucun cri.

M. Badawi avait été arrêté en 2012 après avoir créé un blogue progressiste. Accusé par le régime de critiquer les autorités religieuses d'Arabie saoudite, il avait été condamné d'abord à une peine de sept ans de prison et 600 coups de fouet, en 2013, mais un juge a par la suite alourdi la peine à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet. Il a aussi été condamné à une amende de 1 million de riyals (environ 316 000 $ CAD).

Selon Amnistie internationale, M. Badawi est notamment accusé d'avoir omis de retirer de son blogue des commentaires écrits par d'autres personnes, et d'avoir ridiculisé la «police des moeurs» saoudienne.

À la suite de son arrestation, sa femme et ses trois enfants avaient quitté l'Arabie saoudite pour l'Égypte, en avril 2012, avant de s'installer au Québec en novembre 2013, a indiqué la porte-parole d'Amnistie internationale Canada, Anne Sainte-Marie.

La femme de M. Badawi, Ensaf Haidar, était anéantie, vendredi, d'apprendre que la peine avait effectivement été infligée, a indiqué à La Presse Canadienne un proche de la famille. Mme Haidar était tellement ébranlée qu'elle n'a pas envoyé les enfants à l'école, vendredi.

Selon des organismes de défense des droits de la personne, le régime saoudien utilise cette condamnation comme un avertissement pour ceux qui seraient tentés, après le Printemps arabe de 2011, de critiquer le clergé wahhabite du royaume, d'où la famille régnante tient son autorité morale. Le wahhabisme est un mouvement politico-religieux saoudien qui se base sur une interprétation littérale du Coran.

La section francophone d'Amnistie internationale au Canada estime que M. Badawi est un prisonnier d’opinion condamné pour ses seules idées, et qu'«à ce titre, il doit être libéré et les accusations annulées». L'organisme demande à Ottawa de faire pression sur Riyad pour obtenir sa libération. Les États-Unis, proches alliés de l'Arabie saoudite, ont demandé aux autorités d'annuler cette peine «inhumaine» pour un citoyen qui ne faisait qu'exercer son droit à la liberté d'expression et de religion.

À New York, vendredi, le porte-parole adjoint du secrétaire général des Nations unies, Farhan Haq, a indiqué aux journalistes que le Haut-Commissariat aux droits de l'homme était «très préoccupé par cette flagellation», et qu'il avait déjà fait part de ses préoccupations face aux peines sévères prononcées en Arabie saoudite contre des défenseurs des droits de la personne.

À Sherbrooke, vendredi, une centaine de sympathisants ont manifesté devant l'hôtel de ville pour réclamer la libération de M. Badawi, et pour apporter leur soutien à Mme Haidar et ses enfants.