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08/01/2015 07:59 EST | Actualisé 10/03/2015 05:12 EDT

Les joueurs ayant participé au «Ice Bowl» de 1967 n'ont rien oublié de ce match

Les souvenirs des joueurs impliqués sont gelés dans le temps. Comme l'étaient leurs pieds, leurs mains et probablement tout leur corps.

Dans toute l'histoire de la Ligue nationale de football, aucun match n'a autant marqué l'imaginaire, à cause des insupportables conditions dans lesquelles il a été joué, que la finale de la NFL disputée lors du dernier jour de 1967. Les joueurs des Cowboys de Dallas et des Packers de Green Bay qui ont participé à cette rencontre — surnommée le «Ice Bowl» — au Lambeau Field, en ont encore des frissons lorsqu'ils en parlent.

Et alors que les Cowboys, cuvée 2014, s'apprêtent à jouer un premier match éliminatoire à Green Bay depuis leur défaite de 21-17, à la suite d'une faufilade du quart Bart Starr avec 13 secondes à jouer au quatrième quart, parler de nouveau de ce match est sans doute approprié.

Et douloureux pour tous ceux qui portaient le casque gris et bleu des Cowboys.

«On ne peut pas imaginer jouer dans un tel froid, souligne l'ancien demi offensif Dan Reeves, dont la passe de 50 verges à Lance Rentzel lors du premier jeu du quatrième quart avait permis aux Cowboys de prendre les devants, avant que les Packers ne viennent de l'arrière et obtiennent leur laissez-passer pour le Super Bowl II, face aux Raiders d'Oakland.

«J'ai participé à des matchs où il faisait 5 ou 6° F (-15° Celsius), et nous étions très loin de cela.»

En fait, avec le facteur éolien, la sensation s'approchait davantage de -25° C lors du botté d'ouverture, et de -35° C, au mieux, lorsque Reeves a complété sa passe de touché.

«C'était bizarre de se retrouver devant une telle température parce que le mercure a baissé d'une trentaine de degrés Farenheit durant la nuit, se rappelle Reeves. La météo annonçait des conditions identiques samedi et dimanche, et lorsque nous nous sommes entraînés, la veille, il faisait 15° F (-9° C).»

Mais les Cowboys savaient que les conditions météorologiques avaient changé lorsqu'ils se sont réveillés, dimanche matin. La réceptionniste du Holiday Inn leur a annoncé que le mercure n'était que de -16° F (-26° C), et un préposé à la réception de l'hôtel les a avertis que la sensation serait d'environ -41° F (-41° C) en tenant compte du facteur éolien.

Gil Brandt, qui occupait alors les fonctions de directeur du personnel des joueurs chez les Cowboys, a remarqué trois chauffeurs d'autobus debout, à proximité d'un feu de foyer dans le hall de l'hôtel. Ils portaient tous des couvre-chaussures que Brandt a qualifiés de «grandes bottes».

«Je leur ai demandé où ils s'étaient procurés ces grandes bottes, et ils m'ont répondu dans un magasin local. Je leur ai demandé s'ils pouvaient m'y conduire, mais ils m'ont dit que le magasin était fermé les dimanches.»

Brandt a finalement remis 20$ à l'un des chauffeurs pour l'une des paires de couvre-chaussures, qui coûtaient en fait 9,95$.

Brandt n'avait pas terminé sa transformation vestimentaire. Il portait de longs caleçons, un pardessus descendant jusqu'aux genoux et une veste de duvet par-dessus le pardessus. Il a aussi trouvé un bonnet de laine, dans lequel il a percé des trous pour ses yeux et ses oreilles.

«Je ressemblais à un gardien de but de hockey avec un masque», a illustré Brandt.

Les responsables de l'équipement chez les Cowboys ont remis à chaque joueur une pommade pour les aider à conserver la chaleur, et entouré leurs pieds de papier d'aluminium parce que «ça permettait de mieux conserver la chaleur corporelle», se souvient Brandt.

Est-ce que tout ça a aidé?

«Pas beaucoup, affirme Brandt. George Andrie et Jethro Pugh (qui est décédé mercredi) ont été victimes d'engelures. Je ne crois pas que rien puisse vous préparer pour une telle météo.»

Certainement pas à cette époque, lorsqu'il n'existait pas de gants high-tech et de sous-vêtements épousant la forme du corps pour demeurer au chaud. Les seuls gants disponibles étaient fabriqués en coton, et aucun des deux célèbres entraîneurs de ce match — Vince Lombardi, pour les Packers, et Tom Landry — n'en approuvaient l'utilisation.

Mais le secondeur Dave Robinson, des Packers, a choisi la survie au lieu de l'obéissance.

«Pendant le match, Vince Lombardi nous a dit qu'il ne voulait pas nous voir porter des gants. Il ne voulait pas que le ballon échappe à l'un d'entre nous à cause des gants, raconte Robinson, l'un des 12 membres du Temple de la renommée du football ayant participé à cette inoubliable rencontre.

«J'ai dit au préposé adjoint — il m'avait donné une paire de gants bruns — que personne ne les remarquerait. Je les portais lors de jeux au sol. Lorsqu'ils (les Cowboys) mettaient le ballon en jeu, vous pouviez tout de suite deviner s'ils tenteraient une course ou une passe.»

À chaque passe, Robinson prenait le temps de se défaire de ses gants, et il assure qu'il n'a jamais été pris en flagrant délit.

Les joueurs n'ont pas été les seuls à souffrir. L'arbitre Norm Schacter a déchiré une partie d'une lèvre en tentant de retirer le sifflet de sa bouche. D'autres arbitres avaient du sang sur leurs lèvres.

De tous les joueurs, celui qui a semblé le plus incommodé par le froid sibérien était Bob Hayes, un receveur vedette des Cowboys qui a éventuellement été intronisé au Temple de la renommée.

«Bob Hayes a gardé ses mains dans ses pantalons pendant tout le match, se rappelle le secondeur intérieur étoile Lee Roy Jordan, un coéquipier de Hayes. Je ne sais pas s'il a capté une seule passe lors du match — il en a attrapé trois pour des gains de 16 verges. Il n'a pas effectué beaucoup de tracés parce qu'il avait toujours ses mains dans ses pantalons pour les garder au chaud. Il venait du sud de la Floride et il n'avait jamais vécu des températures de 0° F (-17° C).»