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08/01/2015 09:33 EST | Actualisé 08/01/2015 09:33 EST

Le sans-abri abattu par la police Alain Magloire a demandé de l'aide avant sa mort (VIDÉO)

Exclusif - Des documents obtenus par Radio-Canada montrent que le sans-abri abattu par un policier en février 2014 avait demandé de l'aide à plusieurs reprises dans les mois précédant sa mort.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Le dossier hospitalier d'Alain Magloire révèle l'ampleur de ses problèmes de santé mentale et à quel point l'homme, qui souffrait de paranoïa, pouvait être perturbé et parfois agressif. En mars 2011, sa famille a même tenté sans succès de le faire soigner contre son gré, après qu'il eut menacé sa mère avec un couteau pour lui soutirer de l'argent.

Le 19 février 2013, il contacte la clinique externe de psychiatrie du Centre hospitalier Notre-Dame. Mais comme il ne s'y était pas présenté depuis 2008, on le dirige vers le guichet d'accès en santé mentale, la porte d'entrée pour obtenir des services de santé mentale pour jeunes et adultes.

Quelques mois plus tard, il tente de nouveau d'obtenir de l'aide pour ses épisodes de psychose.

Le 18 novembre 2013, il se présente à l'urgence de l'Hôpital Sacré-Coeur. Les dossiers dont nous avons obtenu copie témoignent bien de l'ampleur de la détresse psychologique d'Alain Magloire. On peut y lire qu'à son arrivée à l'hôpital, il « dit vouloir tuer quelqu'un et se présente en prévention. Il pourrait y avoir beaucoup de morts. » Il dit également qu'il « aimerait pouvoir en parler à quelqu'un; par exemple une travailleuse sociale ou une psychologue ».

Mais après avoir été évalué par un psychiatre, Alain Magloire obtient son congé de l'hôpital. Il est notamment dirigé vers le Centre Dollard-Cormier pour son problème de consommation de cannabis et on lui donne le numéro de l'Ordre des psychologues.

Selon son frère, Pierre Magloire, le réseau de la santé aurait dû en faire plus en l'obligeant à subir des traitements.

« C'est là qu'on aurait pu le retenir, il voulait participer. Du moins, il est arrivé de son propre gré [...] Il devait être dans un moment de lucidité qui lui faisait prendre conscience de quelque chose. »

— Pierre Magloire, frère d'Alain Magloire

Incident dans un McDonald's du centre-ville

De retour dans la rue, une semaine plus tard, Alain Magloire se retrouve, le 27 novembre 2013, face à des policiers venus l'expulser d'un restaurant McDonald's qu'il refuse de quitter.

Selon le rapport d'événement du SPVM, il résiste à son arrestation et tient des propos menaçants, à tel point que les policiers jugent risqué de le remettre en liberté. « Lors du transport dans l'ambulance, il dit qu'il va envoyer des lettres aux personnes concernées pour leur dire qu'il va les tuer et ça va laisser le temps à la police de peut-être venir le chercher. Il dit qu'il va préparer son coup et que ce ne sera pas quelqu'un pris au hasard qu'il va tuer et faire du mal », lit-on dans le rapport.

« L'homme ne vise personne en particulier, mais il y a un risque de danger pour autrui si l'homme est remis en liberté. »

— Extrait du rapport du SPVM du 27 novembre 2013

Les policiers amènent Alain Magloire à l'Hôpital Notre-Dame pour qu'il soit examiné par des spécialistes. Mais encore là, son état n'est pas jugé suffisamment préoccupant pour le garder ou le contraindre à subir des traitements, même s'il dit se sentir de plus en plus agressif. Il est alors dirigé vers la mission Old Brewery, où il refuse de participer au programme PRISM, conçu pour les sans-abri aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Le travailleur social Patrick Girard, qui a rencontré Alain Magloire à son arrivée à la mission Old Brewery, estime qu'il était assez calme pour qu'on ne juge pas nécessaire de lui fournir un soutien immédiat en santé mentale. « Ce n'est pas un monsieur qui présentait une dangerosité immédiate », affirme-t-il. « Il semblait être en mesure de prendre des décisions éclairées. »

On connaît la suite : deux mois plus tard, il est abattu par un policier alors qu'il est en état de crise.

Un danger pour soi-même ou pour autrui

L'avocat Jean-Pierre Ménard pense qu'on aurait dû l'obliger à recevoir des soins

À la mission Old Brewery, l'an dernier, on a eu recours aux tribunaux près d'une dizaine de fois pour contraindre des sans-abri ayant des problèmes de santé mentale à recevoir des traitements parce qu'ils représentaient un danger pour eux ou pour la société.

Le Code civil du Québec, ainsi que la Loi sur la protection des personnes dont l'état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui (Loi P-38), permettent, dans certains cas, aux familles, aux proches et aux médecins de contraindre une personne à une garde forcée, si elle présente un danger.

L'application de la Loi P-38 préoccupe depuis quelques années le bureau du Protecteur du citoyen. Dans une allocution, l'automne dernier, la protectrice Raymonde Saint-Germain estimait « qu'un des défis posés par la Loi P-38 est qu'elle est appliquée par plusieurs intervenants provenant de divers milieux. Il peut s'agir d'agents de la paix, d'ambulanciers, d'avocats, de médecins dont les psychiatres, d'intervenants d'un service d'aide en situation de crise, de divers professionnels des établissements de santé et de services sociaux, ou encore du directeur des services professionnels d'un centre hospitalier. Tous n'ont pas les mêmes formations, la même information ou les mêmes directives afin d'appliquer cette loi ».

Selon Me Marc-André Dowd, vice-protecteur, « on n'a pas de vue d'ensemble du nombre de prises en charge en vertu de la loi P-38. Chaque fois qu'un établissement intervient, ce devrait être notifié pour une revue statistique ».

Le ministère de la Santé et des Services sociaux dit travailler à l'élaboration d'orientations ministérielles relatives à la Loi P-38. Ces travaux devraient être terminés d'ici la fin de l'année.

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