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08/01/2015 04:52 EST | Actualisé 10/03/2015 05:12 EDT

Charlie Hebdo: l'un des frères recherchés avait voulu aller combattre en Irak

PARIS - Un amateur de musique rap devenu combattant de la guerre sainte et son frère aîné sont désormais les hommes les plus recherchés en France, à la suite de l'attentat perpétré dans les locaux parisiens du journal satirique «Charlie Hebdo», mercredi.

Une immense chasse à l'homme est toujours en cours en France pour retrouver Chérif Kouachi, âgé de 32 ans, et son frère Saïd, 34 ans.

Chérif Kouachi, un ancien livreur de pizza, était bien connu des milieux policiers. Il avait été condamné à 18 mois de prison en 2008 après avoir tenté de quitter la France pour aller se battre aux côtés des insurgés islamistes en Irak.

Après sa libération, en octobre 2009, il avait travaillé à la poissonnerie d'un supermarché en banlieue parisienne pendant six mois. Ses employeurs n'avaient rien remarqué d'inquiétant chez lui.

Deux ans après sa première incarcération, le suspect a été détenu pendant quelque temps en lien avec un complot pour libérer un prisonnier. Il avait été relâché peu de temps après, sans qu'aucune accusation ne soit déposée contre lui.

Des journalistes de l'Associated Press qui ont couvert son procès en 2008 se souviennent de lui comme d'un jeune homme amaigri, qui semblait très nerveux. À l'époque, le procès avait permis de découvrir qu'un vaste système de recrutement avait été mis en place auprès des musulmans du nord de Paris pour en faire des combattants de la guerre sainte.

L'avocat de Chérif Kouachi plaidait à l'époque que son client s'était laissé influencer par de mauvaises fréquentations. La défense arguait en outre que l'accusé n'avait suivi qu'un entraînement minimal de combat. Il avait notamment appris à manier une arme automatique de type Kalachnikov.

Chérif Kouachi était décrit comme un combattant sans grande conviction, qui aurait été soulagé de se faire arrêter par les autorités françaises en chemin vers les champs de bataille de l'Irak.

L'avocat Vincent Ollivier estime que son ancien client avait changé considérablement après son emprisonnement. «Il était fermé, il n'était plus dans la discussion. Ce n'était plus le même», a-t-il affirmé au quotidien «Le Parisien», ajoutant qu'il avait commencé à se faire pousser une barbe.

Me Ollivier se demande si son incarcération peut avoir contribué à en faire une «bombe à retardement».

Or, un documentaire de la télévision française qui présente des images de Chérif Kouachi en 2004 suggère que ses idées radicales pourraient avoir surgi bien avant sa sortie de prison.

L'émission «Pièces à convictions», diffusée en 2005, démontrait la frustration de certains musulmans français à la suite de l'invasion américaine en Irak, en 2003. Selon le narrateur du documentaire, Chérif Kouachi était plus intéressé par les jolies femmes et la musique rap que par la religion.

Un peu plus tard dans le documentaire, toutefois, le jeune homme affirmait qu'un prédicateur musulman de son quartier l'avait entraîné sur le chemin de la guerre sainte. «Il m'a dit que les textes sacrés faisaient mention des bienfaits des attentats-suicides. C'est écrit dans les textes que c'est bien de mourir en tant que martyr», avait-il confié.

Peu d'informations circulent sur son frère aîné pour l'instant. Le premier ministre Manuel Valls a toutefois indiqué à une station de radio française que les deux hommes étaient connus des services de renseignement et qu'ils étaient vraisemblablement dans leur mire avant l'attaque.

Le troisième assaillant, Mourad Hamyd, âgé de 18 ans, s'est rendu à la police après que son nom eut été associé au drame. La porte-parole du procureur de Paris, Agnès Thibault-Lecuivre, n'a pas voulu préciser la relation qu'entretenait le jeune homme avec les frères Kouachi.