NOUVELLES
08/01/2015 08:02 EST | Actualisé 10/03/2015 05:12 EDT

Attentat contre Charlie Hebdo: la chasse à l'homme se poursuit

PARIS - Alors que les Français ont observé un jour de deuil national à la suite de l'attentat contre Charlie Hebdo, la chasse à l'homme pour trouver ses deux auteurs présumés s'est poursuivie, jeudi.

Les deux suspects seraient «armés et dangereux» et d'autres attaques risquent de survenir ailleurs au pays, a soutenu la police française.

Les enquêteurs ont rencontré jusqu'à présent 90 personnes, dont neuf proches des suspects Chérif Kouachi et de son frère Saïd, qui resteront à la disposition de la police pour d'autres interrogatoires.

La France a d'ailleurs étendu son niveau «d'alerte attentat» vers la région de la Picardie, au nord de Paris, où les suspects auraient pu se réfugier, selon le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

Le premier ministre Manuel Valls a d'ailleurs annoncé que les policiers avaient procédé à plusieurs arrestations durant la nuit de mercredi à jeudi. Les tensions étaient vives dans la capitale française, où 800 policiers ont été envoyés en renfort pour assurer la sécurité des écoles, des lieux de culte et des stations de transport. Le Royaume-Uni a lui aussi augmenté ses effectifs aux contrôles de sécurité des ports et des frontières.

Un responsable français de la sécurité a indiqué sous le couvert de l'anonymat que sept personnes avaient été épinglées pendant la nuit. Un troisième suspect dans cette affaire, Mourad Hamyd, s'est livré lui-même aux policiers. La porte-parole du bureau du procureur de Paris, Agnès Thibault-Lecuivre, n'a pas précisé la nature de ses liens avec les frères Kouachi.

M. Valls a fait savoir que les deux suspects recherchés étaient connus des services de renseignement. Chérif Kouachi avait été reconnu coupable de terrorisme en 2008 et condamné à 18 mois de prison pour avoir collaboré avec un réseau qui recrutait des combattants pour l'Irak.

Deux hommes ressemblant aux suspects ont cambriolé une station d'essence dans le nord de la France, jeudi matin. Les policiers se sont rapidement rendus sur place et des hélicoptères ont survolé les lieux, mais les suspects avaient fui. Jeudi après-midi, les recherches de la police se concentraient autour de Villers-Cotterêts, où se trouve la station d'essence, et de Crépy-en-Valois, où les deux suspects pourraient se terrer.

Paris en silence

Par ailleurs, les Français se sont recueillis, jeudi midi, à la mémoire des victimes de l'attentat de Charlie Hebdo. Des cloches ont retenti, les transports en commun se sont immobilisés et les enfants se sont tus.

Le président français François Hollande avait ordonné que les drapeaux soient placés en berne.

Des passants ont versé des larmes quand les cloches de la cathédrale Notre-Dame ont sonné. Le recteur de la mosquée de Paris a demandé aux musulmans d'observer eux aussi un moment de silence et de rendre hommage aux victimes de cette «violence exceptionnelle».

M. Hollande a de son côté demandé aux Français de faire front commun face au terrorisme et à l'intolérance.

«La France (a) été frappée en son coeur même, dans sa ville capitale, dans un lieu où soufflait l’esprit de résistance», a déclaré le président.

«Charlie Hebdo» a apparemment été ciblé en raison de ses caricatures du prophète Mahomet, et des témoins ont raconté que les assaillants ont prétendu appartenir à Al-Qaïda au Yémen. Un responsable policier français a confirmé, sous le couvert de l'anonymat, que les deux suspects étaient liés à un réseau terroriste yéménite.

Le gouverneur d'une province du nord du Yémen a d'ailleurs affirmé à l'Associated Press que quatre citoyens français avaient été déportés au cours des derniers mois. Ahmed Abdullah al-Majidi n'avait pas les noms de ces personnes. Aucun lien ne peut donc être tracé pour l'instant avec l'attaque à Paris.

Partout à travers le monde, de Berlin à Bangkok, des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour une deuxième journée de suite en agitant des crayons en appui à la liberté de presse.

«Nous ne pouvons que vivre sans peur, a écrit Kai Diekmann, l'éditeur en chef de Bild, le plus important quotidien allemand. Nos collègues de Paris ont payé le prix ultime. Nous nous inclinons devant eux.»

Deux explosions ont visé des mosquées tôt jeudi, suscitant des craintes de représailles contre la communauté musulmane française. Les attaques se sont produites à Le Mans, au sud-ouest de Paris, à Lyon, au sud-est de la capitale, sans faire de blessés. Un restaurant libanais qui se trouve à côté d'une mosquée de la ville de Villefranche-sur-Saone, dans le sud-est du pays, a aussi été attaqué.

L'attentat aux locaux de «Charlie Hebdo», à Paris, a fait 12 morts et 11 blessés, dont quatre sont dans un état grave. Les caricaturistes Stéphane «Charb» Charbonnier, qui était aussi le directeur de la publication, Georges Wolinski, Jean Cabut (Cabu) et Bernard Verlhac (Tignous) ont notamment perdu la vie.