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07/01/2015 08:22 EST | Actualisé 09/03/2015 05:12 EDT

Quelque 35 000 Parisiens manifestent leur solidarité avec Charlie Hedbo

PARIS - Certains marchaient en silence, d'autres scandaient des slogans d'espoir, mais tous semblaient si fiers d'être Français.

Pas moins de 35 000 Parisiens se sont rendus sur la Place de la République, mercredi soir, répondant ainsi à l'appel lancé quelques heures plus tôt par de nombreux partis politiques, syndicats et organismes.

La foule s'étendait à perte de vue sur les rues avoisinantes. Rapidement, il est devenu presque impossible de se déplacer. Les réseaux sans-fil étaient surchargés. Plus moyen de communiquer avec l'extérieur. L'heure était au recueillement.

Des bougies et des lampions ont rapidement fait leur apparition pendant que des photos des disparus étaient accrochées sur le monument à la République. Des messages de sympathies — certains rédigés en arabe — n'ont pas tardé à être déposés au pied de la statue.

Nombreux étaient ceux qui avaient imprimé la bannière noire «Je suis Charlie» qui est rapidement devenue virale après le carnage qui a coûté la vie à 12 personnes en fin de matinée dans les locaux du magazine Charlie Hebdo, situés à proximité de la Place de la République.

«Même si ce n'est pas grand-chose de venir ici ce soir, on tenait à montrer que nous ne sommes pas indifférentes, ont raconté Julie et Marion alors que le silence emplissait la Place. Ils ont frappé un symbole de la France, la patrie des droits de l'Homme.»

De temps à autre, quelques slogans venaient déchirer ce silence, un silence qui devenait presque trop lourd à supporter. Les mots «liberté d'expression» revenaient sans cesse. Plusieurs manifestants brandissaient d'ailleurs un stylo, en signe de solidarité avec les journalistes.

«Ce n'est pas seulement contre eux (les caricaturistes et les journalistes de Charlie Hebdo). C'est contre nous aussi, contre notre liberté d'expression», a laissé tomber Crystelle.

«Je suis complètement abasourdie par ce qui vient de se passer et je suis un peu effrayée. J'avais envie d'être là pour témoigner et ne pas rester seule dans mon coin», a poursuivi Sophie.

«Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, c'est des gens avec qui j'ai grandi, a expliqué Jean-Philippe, encore ébranlé. En 2002, quand Jean-Marie Le Pen est arrivé au second tour, j'avais honte de mon pays, mais je n'étais pas triste, c'était un évènement politique. Là, quand on est Français, on a grandi avec ces gens-là. Ça me fait mal.»

Beaucoup de tristesse donc, mais aussi de la crainte, bien palpable chez plusieurs manifestants. Une peur que d'autres attentats ne surviennent dans la capitale française, mais aussi que cette barbarie serve la cause de l'extrême-droite française.

«Il y a déjà un anti-islamisme latent en France depuis quelque temps, rappelle Crystelle. Là, ces attentats vont exacerber encore plus l'islamophobie.»

«Les citoyens ont peur de cet islamisme qui est invisible, mais très présent, a renchéri Élie. Le Front national a marqué beaucoup de points ce soir. C'est d'une limpidité incroyable.»

Mais alors que la foule commençait à se disperser, une jeune femme musulmane a grimpé sur le monument à la République. Pancarte à la main, elle n'a pas tardé à entonner les slogans des dizaines de jeunes qui l'entouraient. Elle portait fièrement son hijab. Et la foule l'a accueillie sous ses applaudissements.

«Je suis encore plus fier d'être Français aujourd'hui», a soufflé, non loin de là, Jean-Philippe.