NOUVELLES
05/01/2015 12:43 EST | Actualisé 07/03/2015 05:12 EST

Harper a muté son ministre Julian Fantino à un autre ministère

OTTAWA - Après 18 mois de controverses, de confrontations et de plaintes d'incompétence, Julian Fantino a été écarté du ministère des Anciens Combattants et rétrogradé à son ancien poste comme ministre associé.

Lors d'une cérémonie discrète, lundi, à Rideau Hall, M. Fantino a été remplacé par Erin O'Toole, un député du sud de l'Ontario qui est un ancien membre de l'Aviation royale du Canada.

Toutefois, M. Fantino — un ancien chef de police reconnu pour son franc-parler et qui représente la circonscription cruciale de Vaughan, au nord de Toronto — reste au cabinet en tant que ministre associé de la Défense nationale.

Après la cérémonie, M. Fantino n'a pas parlé aux journalistes, sauf pour leur offrir ses voeux pour la nouvelle année.

Mais dans une déclaration écrite transmise plus tard, il a défendu son bilan et celui du gouvernement en ce qui concerne le traitement des anciens soldats.

«Chaque jour que j'ai passé aux Anciens combattants, j'ai été guidé par la conviction que le gouvernement doit être aux côtés de ceux qui ont servi leur pays et qui continuent à le faire», a dit M. Fantino.

«Sous le premier ministre Stephen Harper, je peux dire sans hésiter que nous avons pleinement adopté ce principe».

Il a ensuite dressé la liste de certains des accomplissements récents du ministère, annoncés en novembre, incluant l'élargissement des services pour aider les personnes aux prises avec du stress opérationnel.

La nouvelle du remaniement ministériel a été accueillie avec prudence par la communauté des vétérans. La Légion royale canadienne l'a qualifié de «geste politique», alors que d'autres soutenaient qu'il vise à rétablir la crédibilité du gouvernement auprès de ses électeurs conservateurs.

M. Fantino s'est retrouvé dans le pétrin presque dès le moment où il est entré en fonction en juillet 2013.

Son ministère a été attaqué de toutes parts, notamment par des groupes de vétérans, l'ombudsman des anciens combattants, le vérificateur général et les partis d'opposition.

Les efforts de M. Fantino pour défendre les fermetures de bureaux de services, les abolitions de postes, les fonds non utilisés et les modifications aux régimes de pension et aux avantages sociaux ont été reçus avec des demandes répétées pour sa démission ou son renvoi.

Il y a eu des cris de protestation quand il a été su que le ministre n'avait pas dépensé — et qu'il avait donc retourné dans les coffres du gouvernement — plus d'un milliard $ de son budget depuis 2006. La colère n'a fait que grandir quand le ministère a admis avoir dépensé quatre millions $ sur des publicités l'an dernier pour faire la promotion de ses services pour aider les militaires à réintégrer la vie civile.

Des gaffes de relations publiques — incluant des images télévisées d'une confrontation entre M. Fantino et des vétérans en colère et du ministre ignorant les questions de la femme d'un ancien combattant — n'ont fait qu'ajouter à ses problèmes.

La nomination d'un nouveau ministre associé et le remplacement du chef de cabinet par un employé du bureau du premier ministre n'avaient pas réussi à calmer les critiques.

Pour le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, le gouvernement Harper vient d'établir un nouveau record avec un ministre de plus en la personne d'Erin O'Toole.

«Quarante ministres, c'est le plus grand conseil des ministres de l'histoire du Canada, alors pour quelqu'un qui a toujours prêché pour la réduction des dépenses de l'État, M. Harper vient de prouver encore une fois qu'il sait parler de ces choses-là, mais qu'il ne sait pas livrer la marchandise», a-t-il relevé lors d'un point de presse à Ottawa.

Il a aussi averti qu'un «changement de cap est nécessaire pour nos anciens combattants et qu'un simple brassage de cartes ne sera pas suffisant». M. Mulcair dit vouloir voir des gestes concrets, par exemple, la réouverture des neuf bureaux régionaux des anciens combattants qui ont été fermés par le gouvernement conservateur et la mise en oeuvre de la charte des anciens combattants qui a été adoptée unanimement par les partis à Ottawa. Il veut aussi une amélioration du soutien financier accordé après l'âge de 65 ans aux anciens combattants et un accès pour tous à des soins de longue durée.

Mike Blais du groupe militant pour les anciens combattants Canadian Veterans Advocacy doute que le gouvernement ne réussisse à rebâtir les ponts avec ses vétérans simplement en changeant de ministre, sans changement fondamental dans la culture du ministère.

«Changer le messager n'aidera que si le message est changé. Nommer quelqu'un de nouveau avec la même rhétorique boiteuse n'est pas un changement efficace. C'est de la gestion de dégâts», a-t-il dit.

En fin de journée, le chef du Parti libéral a ajouté son grain de sel au déluge de réactions au retrait de M. Fantino, affirmant par le biais d'une déclaration écrite que M. Harper avait failli à son devoir envers les anciens combattants. «(La premier ministre) a trié sur le volet un ministre qui s'est joint à lui dans le rejet de cette obligation. Remettre M. Fantino à la tête d'un autre ministère ne règlera malheureusement pas cette situation honteuse», a-t-il déclaré.