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02/01/2015 08:00 EST | Actualisé 04/03/2015 05:12 EST

La morosité a continué de planer au-dessus de l'économie québécoise en 2014

MONTRÉAL - La morosité a continué de planer au-dessus de l'économie québécoise en 2014, une année caractérisée entre autres par des compressions tous azimuts, un marché de l'emploi déprimé et une croissance économique n'ayant pas répondu aux attentes.

«L'effet libéral» promis en campagne électorale tarde à se matérialiser en ce qui a trait à l'emploi, puisque la création de postes devrait être quasi-nulle pour l'année, alors que dans son budget déposé en juin, le ministre des Finances, Carlos Leitao, en prévoyait l'ajout de 31 300.

De plus, dans sa mise à jour économique automnale, le grand argentier du Québec a entre autres abaissé sa prévision de croissance du produit intérieur brut (PIB) de 1,8 à 1,6 pour cent.

«Il y a pourtant eu des signes évidents de reprise robuste aux États-Unis (croissance du PIB de 2,3 pour cent), ce qui a généré une demande pour nos exportations, observe l'économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis. De plus, la création d'emplois a été assez bonne dans le reste du Canada.»

D'après lui, la croissance de l'économie du Québec des 12 derniers mois devrait plutôt s'établir à 1,5 pour cent. «La plupart des prévisionnistes ont tendance à aller vers ces niveaux-là», dit M. Dupuis.

Pour l'économiste en chef adjoint de la Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie, 2014 aura été une année de «stagnation» en ce qui a trait au marché de l'emploi, qui a été «sous la norme» par rapport au reste du pays.

S'ils demeurent prudents, MM. Dupuis et Lavoie se montrent toutefois plus optimistes pour 2015, puisque le raffermissement des exportations, combiné à la chute des prix du brut et le recul du dollar canadien, devrait stimuler l'activité.

Après une progression de trois pour cent, les exportations québécoises devraient grimper de cinq pour cent au cours de l'année, ce qui, selon M. Dupuis, aidera à générer entre 25 000 et 35 000 emplois.

«Les investissements devraient être de retour, affirme l'économiste en chef de Desjardins. Les entreprises devraient être en meilleure posture pour investir et créer de l'emploi.»

Cette fourchette correspond par ailleurs à celle du ministre des Finances, qui, dans sa mise à jour automnale, prévoit l'ajout de 31 800 postes au cours de 2015, ce qui représente toutefois un recul par rapport à 46 300 emplois dans son budget de juin.

L'objectif de 250 000 nouveaux emplois — une promesse électorale — semble de plus en plus ambitieux, au point où M. Leitao a tempéré cet engagement en le qualifiant de «cible» avant de se faire corriger par le premier ministre Philippe Couillard.

Exportations et croissance en hausse

M. Lavoie table également sur une croissance des exportations, qui devrait cependant osciller autour de quatre pour cent, ce qui représenterait quand même la plus forte augmentation au Québec depuis la crise financière de 2008.

«L'élan est quasi unique aux États-Unis où vont 70 pour cent de nos exportations, dit-il. Ce vent du Sud est tellement favorable. Le Québec en bénéficie avec des exportations qui ont augmenté (en 2014) dans presque tous les sous-secteurs.»

Les deux économistes estiment également que le redressement amorcé par l'Ontario aura des effets positifs sur les exportations québécoises au cours des 12 prochains mois.

«C'est la carte cachée, affirme M. Lavoie. L'Ontario, c'est notre deuxième partenaire commercial.»

L'économiste en chef adjoint de la Banque Laurentienne prévoit une croissance québécoise du PIB de 1,9 pour cent en 2015 — la même cible que le ministre des Finances —, une donnée qui lui semble réaliste.

«La dernière fois que l'économie du Québec a connu une croissance au-delà de deux pour cent, c'était en 2004, souligne M. Lavoie. Le devise (canadienne) était plus faible, les États-Unis allaient très bien et les gouvernements étaient en situation d'équilibre budgétaire.»

Son collègue du Mouvement Desjardins s'est toutefois montré un peu moins enthousiaste sur la cible du ministre Leitao en planchant sur une croissance de 1,7 pour cent en 2015 et de 1,5 pour cent l'année suivante.

«Ça semble un peu élevé (la cible gouvernementale), dit M. Dupuis. Je pense qu'il faudrait une donnée légèrement supérieure à 1,5 pour cent. Près de deux pour cent, c'est un peu optimiste. Il faudra évaluer l'effet des coupes par le gouvernement (Couillard).»

Compressions: facteur déterminant?

Sans se lancer dans l'analyse politique, les deux économistes — qui ne remettent pas en doute l'assainissement des finances publiques — s'entendent pour dire que l'ampleur des compressions décrétées par Québec pourrait fausser plusieurs prévisions.

«On retire quand même près de 4 milliards $ dans l'économie en 2015, rappelle M. Dupuis. Ça pourrait jouer sur la croissance.»

De plus, le fardeau fiscal des contribuables s'alourdira encore un peu plus en 2015-2016, puisque la mise à jour économique du ministre Leitao prévoit que Québec pigera 262 millions $ supplémentaires dans leurs poches.

«La réaction, c'est toujours une boîte à surprises, estime M. Lavoie. Une ponction peut amener les gens à être un peu moins confiants et cela pourrait se traduire par une stratégie d'attente qui pourrait influencer l'activité économique.»

L'économiste en chef adjoint de la Banque Laurentienne estime toutefois que la dégringolade du prix du baril de pétrole sous la barre des 60 $ US procurera un peu de répit aux contribuables, puisqu'elle représente un «allégement» de l'ordre de 1 milliard $.

Selon M. Lavoie, ce recul aidera à «contrebalancer» le nouvel effort demandé aux ménages par le gouvernement Couillard le 2 décembre dernier.

«Les sous dans le petit cochon des Québécois, il n'y en avait presque plus, rappelle-t-il. Les dépenses des ménages augmentent à un rythme plus grand que les revenus.»

Pour sa part, s'il continue de croire que l'économie devrait s'améliorer en 2015, l'économiste en chef du Mouvement Desjardins rappelle qu'il y a encore «beaucoup d'imprécisions» quant aux compressions imposées.

«Il faut évaluer (cet) effet sur le moral des entreprises et des particuliers, rappelle M. Dupuis. Ça va un peu dépendre de l'évolution du climat social. La confiance est assez faible en ce moment. Nous avons traversé une période un peu plus difficile.»