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28/12/2014 12:02 EST | Actualisé 27/02/2015 05:12 EST

La lutte contre l'Ebola en Afrique de l'Ouest éclipse le problème de la malaria

GUÉCKÉDOU, Guinée - La lutte contre le virus Ebola en Afrique de l'Ouest a éclipsé la vaste campagne de prévention et de détection de la malaria — une maladie qui fait des ravages beaucoup plus importants dans la région.

À Guéckédou, en Guinée, près du village qui a assisté à la première éclosion du virus mortel il y a un an, les médecins ont dû arrêter de prélever du sang pour les tests de malaria, puisque le virus Ebola peut être transmis par les fluides corporels.

Selon le docteur Bernard Nahlen, directeur adjoint de l'Initiative présidentielle contre le paludisme aux États-Unis, l'annonce de la diminution de 40 pour cent des cas de malaria n'est pas une bonne nouvelle. Selon lui, cette chute peut s'expliquer par le fait que les habitants fuient les centres de santé, par crainte d'être placés en quarantaine.

Il ajoute qu'il ne serait pas surpris d'une augmentation des décès causés par la malaria, une maladie pourtant traitable et qui peut être prévenue.

Quelque 15 000 Guinéens ont succombé à la malaria l'année dernière, dont 14 000 seraient des enfants âgés de moins de cinq ans, selon l'organisme new-yorkais Nets for Life Africa. En comparaison, environ 1600 personnes sont mortes des suites de l'Ebola en Guinée, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Or, le nombre de victime de la malaria pourrait s'avérer encore plus important. En Guinée, les données officielles sous-estiment le nombre de décès puisque la moitié des 12 millions d'habitants n'ont pas accès aux soins de santé, donc ne sont pas inclus dans ces chiffres.

Selon Nets for Life, la malaria est la première cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans en Guinée. Pour les adultes, il s'agit de la deuxième maladie la plus meurtrière, après le sida.

Les symptômes de l'Ebola et de la malaria sont semblables, et comprennent notamment de la fièvre, des maux de tête et des douleurs musculaires. Or, certains centres de santé renvoient chez eux des patients qui présentent ces symptômes parce qu'ils n'ont pas l'équipement requis pour traiter les cas d'Ebola.

Selon l'OMS, à Guéckédou, 24 pour cent des personnes atteintes du virus Ebola étaient aussi infectées par la malaria. De plus, 33 pour cent de ceux qui n'étaient pas déclarés positifs pour l'Ebola avaient attrapé la malaria.

«La plupart des gens vont dans les centres de traitement pour l'Ebola, alors qu'ils ont la malaria. Cela met une pression importante sur le système de santé, mais aussi sur les patients et leur famille», a expliqué Patrick Robataille, un responsable de Médecins sans frontières à Freetown, en Sierra Leone, où l'organisme a distribué 1,5 million de doses de médicaments pour prévenir et traiter la malaria.

M. Robataille a indiqué que d'autres médicaments antipaludéens seraient envoyés en Sierra Leone et dans les pays voisins.