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27/12/2014 12:15 EST | Actualisé 26/02/2015 05:12 EST

Le secteur minier canadien se prépare pour une autre année difficile en 2015

Southern Stock via Getty Images

MONTRÉAL - Le secteur minier canadien se prépare pour une autre année difficile en 2015, alors que le ralentissement de l'économie chinoise devrait continuer à peser sur le prix de vente de plusieurs métaux.

Le minerai de fer a connu le plus important recul au cours de la dernière année, cédant près de la moitié de sa valeur, pour atteindre son plus faible prix en plus de cinq ans. Certains observateurs s'attendent à ce que sa dégringolade se poursuive — peut-être jusqu'à 60 $ US la tonne —, puisque la production de géants comme Rio Tinto ou BHP Billiton, en Australie et au Brésil, continue de surpasser la demande.

Les prix du charbon, de l'argent, de la potasse, du cuivre et du plomb se sont aussi affaiblis au cours de la dernière année.

Mais les métaux et minerais n'ont pas tous souffert en 2014. Le nickel a été le grand gagnant, avec une hausse de prix de 17 pour cent, attribuable, notamment, à l'entrée en vigueur d'une interdiction sur les exportations en Indonésie. Les prix de l'uranium, de l'aluminium, du zinc et des diamants ont aussi progressé.

Même si le secteur minier s'embourbe depuis quelques années, les prix restent significativement plus élevés qu'ils ne l'étaient il y a une décennie, a noté le président de l'Association minière du Canada, Pierre Gratton. «C'est une industrie cyclique et nous devons résister à cela», a-t-il affirmé lors d'un entretien.

Les sociétés minières se concentrent particulièrement sur les réductions de coûts, a expliqué M. Gratton, et elles profiteront de la baisse du dollar canadien et du plongeon des prix de l'énergie. «Elles ont vu ça un million de fois. Elles vont y résister et se préparer pour la prochaine reprise, et lorsque celle-ci viendra, je crois qu'elle sera généralement considérée comme assez significative.»

La Chine consomme à elle seule près de la moitié de tous les métaux de base du monde. Même si sa croissance a ralenti, son économie — et celle d'autres pays en émergence, comme l'Inde — aura besoin de plus de métal pour fabriquer des biens de consommation et construire des habitations pour répondre aux besoins de leur classe moyenne croissante et à l'exode rural.

L'augmentation des ventes d'automobiles devrait à elle seule propulser la demande pour le fer, l'aluminium et d'autres métaux.

Entre-temps, les sociétés minières se montrent prudentes face aux nouveaux investissements, ont noté des observateurs de l'industrie, du moins jusqu'à ce qu'elles détectent de meilleurs indices d'amélioration des conditions.

«Nous voyons des gens qui s'intéressent davantage à l'avenir et qui sont plus optimistes pour la période de 2016-17», a affirmé Jackie Przybylowski, analyste chez Desjardins Marché des capitaux. «Les gens se positionnent dès maintenant pour tirer profit de ces marchés positifs à plus long terme, et ils se tiennent là en attendant que nous y arrivions.»

BMO Marchés des capitaux prédit que son indice des prix des matières premières pour les métaux et les minerais aura reculé de neuf pour cent cette année, pour toucher son plus faible niveau depuis 2009, mais qu'il grimpera d'environ quatre pour cent en 2015.

La banque s'attend aussi à ce que les prix des métaux précieux soient soumis à une plus forte pression à la baisse en raison de la hausse du dollar américain. Le cours du cuivre devrait diminuer davantage mais les métaux industriels comme l'aluminium et le zinc, qui ont progressé en 2014, devraient «consolider» leurs gains en 2015.

L'or est toujours le métal canadien le plus exporté, même si son prix a glissé par rapport à son sommet de 1921 $ US l'once atteint en 2011, pour s'échanger à environ 1270 $ US aujourd'hui — ce qui représente un recul d'environ 10 pour cent pour 2014. Les analystes s'attendent à ce que son prix reste relativement stable au cours des deux prochaines années.

Le cours du cuivre a aussi reculé, mais les réserves mondiales devraient diminuer dans la foulée d'une augmentation des redevances en Zambie, qui a eu pour effet de convaincre Barrick Gold (TSX:ABX) d'interrompre les activités de sa mine Lumwana, qui produit du cuivre et de l'or. D'autres minières mondiales ont annulé des projets dans ce pays d'Afrique, le deuxième plus grand producteur de cuivre du continent.

Par ailleurs, les perspectives sont scintillantes pour le secteur des diamants, ce qui favorise les nouveaux investissements dans les Territoires du Nord-Ouest et au Québec.

Rio Tinto, qui détient une participation de 60 pour cent dans le projet Diavik, près de Yellowknife, a l'intention d'investir 350 millions $ US au cours des quatre prochaines années pour développer la mine existante, une expansion qui devrait être opérationnelle vers la fin 2018.

Stornoway Diamond (TSX:SWY) a aussi l'intention de développer la première mine de diamants du Québec, un projet évalué à 1 milliard $ dont la production devrait débuter en 2017.

Royal Nickel (TSX:RNX) travaille en outre sur le projet Dumont, dans le nord-ouest du Québec. Cette mine de nickel devrait devenir une des plus grandes installations de métal de base au Canada, selon la société. «Lorsque le cycle minier tournera — et il va tourner —, nous détiendrons un des quelques projets qui peuvent livrer une quantité substantielle de valeur au marché pour les prochaines décennies», affirme son chef de la direction, Mark Selby.

Mais toutes les régions du pays ne vont pas aussi bien. La production de minerai de fer du nord du Québec, dans la fosse du Labrador, connaît d'importantes difficultés. La faiblesse des prix a forcé Cliffs Natural Resources à fermer sa mine du lac Bloom, et plusieurs sociétés d'exploitation minière commencent à ralentir leurs projets de développement.

ArcelorMittal, qui a investi 1,6 milliard $ pour augmenter sa capacité annuelle de production de concentré à 24 millions de tonnes, a expliqué que la faiblesse des prix forçait la mise en place de «changements structurels» dans l'industrie du minerai de fer, dans le but de réduire les coûts, question de contrebalancer tout nouveau recul des prix.

Les coûts de la fosse du Labrador pour le transport vers l'Asie — ainsi que les coûts de la main-d'oeuvre et de l'énergie — sont plus élevés que ceux de l'Australie et du Brésil. «Ce contexte nous a forcés à accélérer notre stratégie et à atteindre notre potentiel réel beaucoup plus rapidement que prévu», a observé le vice-président d'ArcelorMittal Mines Canada, Pierre Lapointe.

Selon lui, une des façons de «soulager la douleur» est de prolonger le gaz naturel liquéfié vers le nord, ce qui réduirait les coûts de deux à cinq pour cent. Le ministère de l'Énergie du Québec et le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, ont indiqué qu'il s'agissait d'une des priorités du gouvernement dans la remise en marche de son Plan Nord, projet de plusieurs milliards de dollars pour le développement des ressources du nord de la province, initialement lancé en 2011 par Jean Charest.

Le ministre Arcand est aussi en faveur d'un appui à la construction d'un chemin de fer multi-usagers et d'une infrastructure portuaire, et travaille avec le gouvernement ontarien pour prolonger le transport d'électricité vers certaines communautés éloignées. «Nous sommes impatients de voir le secteur minier connaître un 'boom'», a-t-il dit au sujet du besoin de développement.

D'autres régions du Canada doivent affronter différentes perspectives.

Les régions de production de charbon en Colombie-Britannique ont souffert de la baisse des prix, mais certaines régions de la province, plus spécialisées dans le cuivre, survivent. C'est aussi le cas de villes ontariennes comme Sudbury et Timmins, productrices de cuivre et de nickel.

L'année a été plus difficile en Saskatchewan, en raison de la faiblesse des prix de la potasse, mais la situation pourrait s'améliorer si les usines nucléaires du Japon se remettaient en marche, ce qui soutiendrait les prix de l'uranium.

La région du «Cercle de feu», dans le nord-ouest de l'Ontario, ne représente pour l'instant qu'un grand potentiel minier, mais celui-ci ne se matérialisera pas tant que l'infrastructure de transport requise pour son développement ne sera pas construite. L'Ontario aimerait que le gouvernement fédéral l'imite en s'engageant à y investir 1 milliard $.

Cette région éloignée, à l'ouest de la baie James, possède un des gisements de chromite les plus riches au monde, découvert en 2007, ainsi que du nickel, du cuivre et du platine — des gisements dont la valeur pourrait atteindre 60 milliards $. Le Cercle de feu ne dispose toutefois pas d'un réseau électrique ou d'un corridor de transport, et l'évaluation des coûts nécessaires à la mise en place d'infrastructures publiques dépasse largement le milliard de dollars.

Cliffs Natural Resources (NYSE:CLF) s'est retirée de ce secteur l'an dernier, et le chef de la direction de l'entreprise américaine a affirmé au Financial Post n'entretenir «aucun espoir» de voir ce gisement se développer au cours des 50 prochaines années.

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