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24/12/2014 02:51 EST | Actualisé 24/12/2014 02:51 EST

«Le cœur a ses raisons» à Prise 2 : souvenirs d'une douce folie

Wikia

Plus de sept ans après la fin du Cœur a ses raisons, à TVA, Criquette Rockwell a son compte Twitter, alimenté (on suppose) par un ou un(e) inconditionnel(le) de la défunte comédie de TVA. Chaque jour, «Criquette» gazouille ses réflexions joyeusement absurdes avec son hilarant accent en «in» (souvenez-vous des «z’infints» au lieu des «enfants»…) Et le personnage nous donne réellement l’impression d’exister dans la communauté virtuelle, tant Le cœur a ses raisons a marqué les esprits.

Il y a fort à parier que la Criquette Rockwell des réseaux sociaux sera très active tous les dimanches soirs de l’hiver, alors que Prise 2 rediffusera la première saison en entier du Cœur a ses raisons, originalement présentée en 2005. À l’époque, il y a déjà 10 ans, cette parodie de feuilleton américain complètement déjantée, signée de la main de l’auteur Marc Brunet (qui en imaginait seul tous les rebondissements parfaitement saugrenus), attirait chaque semaine 1,2 million de téléspectateurs et mettait en vedette quelques-unes des personnalités les plus en vue de l’heure : Marc Labrèche, Anne Dorval, Élise Guilbault, Pascale Bussières, Pierre Brassard, James Hyndman, Sophie Faucher, Albert Millaire, Jean-Michel Anctil, Guylaine Tremblay, Macha Grenon, Michèle Deslauriers, Patrice Coquereau, Annie Dufresne, Anthony Kavanagh, Patrick Huard, Stéphane Rousseau, Lise Dion et d’autres encore y ont tous effectué une ou plusieurs apparitions, pour le plus grand bonheur du public friand de cette douce folie.

D’abord en capsules

Au départ, il n’y avait pas nécessairement lieu de croire que Le cœur a ses raisons deviendrait un tel succès. Le concept avait d’abord été exploité en courtes capsules insérées dans le talk-show de fin de soirée Le grand blond avec un show sournois, qu’animait Marc Labrèche, à TVA. Environ une fois par mois, quand ce dernier accueillait un invité qui n’avait pas envie d’accorder une entrevue traditionnelle, on brodait pour lui un sketch inspiré des feuilletons du type Top modèles et Les feux de l’amour, on créait des personnages complètement loufoques et on leur mettait en bouche des dialogues grandiloquents et décalés. C’est là que sont nés les jumeaux Brett (le valeureux médecin) et Brad (le maléfique fauteur de troubles), et les jumelles Criquette (la reporter culturelle maladroite) et Ashley (l’infirmière au grand cœur et à la poitrine généreuse), ainsi que toute leur garde rapprochée de l’empire Montgomery, de la ville de Saint-Andrews.

Il n’a fallu que peu de temps pour que Le cœur a ses raisons devienne la sensation du moment dans la colonie artistique.

«Tous ceux qui venaient au Grand blond voulaient faire Le cœur a ses raisons», se souvient Marc Brunet.

Au printemps 2003, l’aventure du Grand blond avec un show sournois s’est terminée après trois ans en ondes, mais Marc Brunet savait qu’il tenait un bon filon et que Le cœur a ses raisons, avec ses tragédies, ses complots, ses trahisons, ses péchés, ses scandales et autres exagérations, pouvait continuer de vivre indépendamment, en épisodes de 30 minutes. TVA était du même avis et, à l’hiver 2005, Le cœur a ses raisons devenait une fiction à part entière, couronnée, quelques années plus tard, de cinq trophées Gémeaux.

«On a statué que ça pourrait se faire, à condition que ça soit très «bande dessinée», raconte le créateur. Il fallait que ça soit comme un cartoon car, juste utiliser des répliques de soap, ça se serait usé trop vite. En le présentant comme un dessin animé, on pouvait le servir à toutes les sauces et faire n’importe quoi!»

«N’importe quoi» signifiant, par exemple, lancer la gouvernante dans le sapin de Noël, que les personnages se retrouvent dans le désert on ne sait trop comment ni pourquoi, qu’ils glissent inexorablement du lit à cause des draps de satin, que Crystale (mère de Brett et Brad, incarnée par Sophie Faucher) ne puisse esquisser le moindre mouvement du visage en raison de son abus de Botox, ou que Brenda (troisième protagoniste incarné par Marc Labrèche!) traverse la ville au vol pendant plusieurs minutes, pour finalement aller s’étamper dans un poteau. L’humour du Cœur a ses raisons était sans limites et rarement réaliste. Et remémorons-nous ces longs regards chargés d’émotions et d’intensité qu’échangeaient constamment les habitants du manoir Montgomery…

«Au fil du temps, j’ai découvert de quoi les comédiens étaient capables, signale Marc Brunet. J’ai constaté qu’Anne et Marc étaient des chanteurs extraordinaires. Ils ont fait des numéros musicaux fantastiques ensemble. À un moment donné, dans la ville de Saint-Andrews, il y avait une pénurie de pichets. Inexplicablement! Pour remédier à ça, Criquette organisait un téléthon et chantait une chanson du genre We Are The World, pour sauver les pichets! C’était totalement absurde.»

«Souvent, j’imaginais une scène en particulier et je bâtissais l’épisode autour, ajoute Marc Brunet. Je pensais au gag avant de penser à l’épisode complet. L’intrigue suivait les gags, et non l’inverse.»

Inséparable trio

Après les trois ans du Cœur a ses raisons, Marc Brunet et Marc Labrèche ont collaboré à nouveau à 3600 secondes d’extase, à Radio-Canada, et les deux complices ont retrouvé Anne Dorval sur Les bobos, à Télé-Québec, en 2012.

Auparavant, les deux Marc avaient fraternisé pour la première fois dans les coulisses de La fin du monde est à sept heures. Au curriculum vitae de Marc Brunet figure également Majeurs et vaccinés, sitcom radio-canadienne du milieu des années 1990, ancêtre de Catherine.

Aujourd’hui, Marc Brunet planche sur un nouveau projet avec Anne Dorval, Marc Labrèche étant retenu par la tournée mondiale de la pièce Les aiguilles et l’opium, de Robert Lepage. Une idée pour la télévision? «En théorie, oui», laisse planer l’auteur.

«Je travaille toujours avec la même gang, le même noyau, essentiellement, relève-t-il. Le cœur a ses raisons est certainement le show de ma carrière qui a créé le plus gros engouement, le plus gros buzz

À un point tel, d’ailleurs, que Le cœur a ses raisons a même connu une immense popularité en France, où la série a été diffusée intégralement, sans adaptation ni sous-titres. Les coffrets DVD des trois saisons ont également fait fureur chez nos cousins.

Le cœur a ses raisons, le dimanche, 18h30, sur Prise 2, à compter du 4 janvier. La chaîne sera débrouillée jusqu’au 15 janvier. Les non-abonnés pourront donc profiter gratuitement des deux premiers épisodes.

Voici quelques souvenirs des comédiens du Cœur a ses raisons, recueillis lors d’une rencontre de presse à l’Auberge Saint-Gabriel, à Montréal, le mois dernier.

Anne Dorval – Criquette et Ashley Rockwell

«Je connais Marc Labrèche depuis très longtemps, on s’était souvent croisés, mais on s’est vraiment apprivoisés au Grand blond avec un show sournois, où je tenais une chronique. On s’est ensuite mis à faire les petites capsules du Cœur a ses raisons. Marc Brunet et lui, ç’a été de grandes rencontres, dans ma vie. Tous les trois, on a ensuite fait Les bobos. En jouant Le cœur a ses raisons, Marc Labrèche et moi, on s’est aperçus qu’on se faisait rire l’un et l’autre, qu’on était à la même place. C’est le genre de choses qu’on peut pas prévoir.»

Élise Guilbault – Britany Jenkins (détective privée)

«Britany était une espèce de chic ratée! Dans cette série, il y avait des profils de femmes et d’hommes qui pensent qu’ils ont vraiment réussi, qu’ils détiennent la vérité mais qui, au fond, sont complètement à côté de la track! J’adorais ce que Marc (Brunet) écrivait par rapport aux protagonistes, à leurs liens entre eux, etc. J’aimais beaucoup Britany, j’aimais son élégance. Elle avait sa place dans ce beau monde, cette folie assumée! On avait de tels fous rires, sur le plateau de tournage… C’était dangereux de passer nos journées à rire et d’avoir du mal à finir nos scènes. Il fallait avoir de la rigueur mais, heureusement, c’est une vraie équipe de pros qui travaillait là-dessus!»

Pascale Bussières – Becky Walters (épouse de Brad)

«Becky était une sorte de vamp séductrice. Dans sa tête, elle vivait dans un film de James Bond! Le cœur a ses raisons, c’était du bonbon. Les situations étaient énormes! Ça m’a pris un certain temps, trouver «l’expansion» nécessaire pour jouer ça. C’était tellement gros et déployé, on allait loin, et ça faisait du bien. On ne perdait jamais de vue que c’était une satire des soaps opéra, une caricature énorme. Et c’était ma première comédie…»

Michèle Deslauriers – Madge (la bonne)

«Quand je regarde Downton Abbey, ça me fait un peu penser au Cœur a ses raisons! (rires) Les personnages croyaient vivre dans cette époque victorienne, dans les châteaux et le luxe. C’était une parodie de ça. Les serviteurs, comme Madge, étaient de basse classe, ils n’étaient pas importants. Madge était le souffre-douleur des autres personnages, elle leur servait d’exutoire à leurs frustrations! Dans certains épisodes, on découvrait sa chambre, avec un petit lit de misère et presque pas de vêtements…»

Annie Dufresne – Brooke Gallaway (administratrice de l’Hôpital St-Andrews)

«Je n’ai été là que dans la première saison, mais c’est une grande chance d’avoir joué dans un classique comme Le cœur a ses raisons. Les gens m’en parlent encore aujourd’hui! C’est très agréable de pouvoir revoir tout ça, aujourd’hui!»

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