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23/12/2014 11:16 EST | Actualisé 22/02/2015 05:12 EST

Luka Rocco Magnotta est condamné à la prison à vie pour le meurtre de Jun Lin

MONTRÉAL - Luka Rocco Magnotta a été condamné mardi à une peine de prison à vie sans possibilité de libération avant 25 ans pour le meurtre et le démembrement de l'étudiant chinois Jun Lin en mai 2012.

Plus tôt dans la journée, Magnotta avait été reconnu coupable de meurtre prémédité et des quatre autres chefs d'accusation auxquels il faisait face: outrage à un cadavre, production et distribution de matériel obscène, utilisation de la poste pour envoyer du matériel obscène et harcèlement criminel.

Pour les quatre autres accusations, Magnotta a reçu la peine maximale permise en vertu du Code criminel, allant de deux à 10 ans dans le cas de l'accusation de harcèlement.

La Couronne espérait l'imposition de la peine maximale, tandis que la défense s'en était remise à la discrétion du juge.

Magnotta n'a pas témoigné au cours de son procès et n'avait rien à dire avant l'annonce de la peine.

Les verdicts contre lui sont tombés mardi, au huitième jour de délibérations du jury, au palais de justice de Montréal.

Magnotta était accusé du meurtre prémédité de Jun Lin, mais le juge Guy Cournoyer avait donné aux jurés l'option de le reconnaître coupable de meurtre non prémédité ou d'homicide involontaire.

L'accusé avait admis avoir commis les crimes mais avait plaidé non coupable à tous les chefs. Son avocat avait demandé au jury de reconnaître son client non criminellement responsable. Il affirmait que Magnotta était schizophrène et qu'il ne savait pas ce qu'il faisait lorsqu'il a tué Jun Lin.

Luka Rocco Magnotta est demeuré impassible lorsque l'un des 12 jurés ayant décidé de son sort a prononcé le mot «coupable» après la lecture de chacun des chefs d'accusation.

«Pour un procureur de la Couronne, c'est toujours agréable d'entendre le jury prononcer le mot coupable à la fin d'un procès», a déclaré le procureur de la Couronne, Louis Bouthillier, après l'annonce du verdict.

«C'est une satisfaction qu'on ressent.»

M. Bouthillier a affirmé qu'il n'était pas surpris par la décision du jury.

«On avait confiance que la preuve réussirait à les convaincre, alors on est bien contents du verdict», a-t-il déclaré.

La durée des délibérations — un peu plus de sept jours — n'a par ailleurs pas surpris Me Bouthillier, qui affirme qu'il s'attendait à des délibérations prolongées.

«Il y avait beaucoup de matière à examiner, 11 semaines de témoignages. Manifestement, (les jurés) ont dû travailler avec des questions juridiques fort complexes. J'aimerais saluer le travail des jurés, chacun a fait un travail remarquable», a-t-il dit.

Le juge Guy Cournoyer a également félicité les jurés, applaudissant leur patience, leur travail et le sérieux avec lequel ils se sont consacrés à leur tâche.

Après l'énoncé des verdicts, un avocat a lu une déclaration du père de Jun Lin, Diran Lin, qui a assisté au procès dans une salle privée du palais de justice.

«J'étais venu voir votre système judiciaire pour voir la justice être faite, et je quitte satisfait de constater que vous n'avez pas abandonné mon fils», a lu Daniel Urbas dans une salle remplie d'émotions.

«J'étais venu pour apprendre ce qui est arrivé à mon fils ce soir-là, et je quitte sans avoir une réponse vraie et complète.

«J'étais venu pour voir des remords, pour entendre des excuses, et je quitte sans rien.»

L'avocat de Luka Rocco Magnotta, Luc Leclair, a indiqué que son client était «déçu, mais soulagé» et qu'il acceptait le verdict, mais n'a pas encore déterminé s'il allait porter la cause en appel. Il a rappelé qu'il avait été témoin de la schizophrénie, ajoutant qu'il avait «pu voir de près sa folie» et demandant au gouvernement d'en faire plus pour les personnes atteintes de maladies mentales.

«M. Harper veut des prisons plus grandes, je veux plus d'argent pour la santé mentale», a-t-il déclaré.

Il a également défendu le choix de son client de ne pas témoigner pendant son procès, soulignant qu'il avait le droit au silence.

«Depuis un certain temps il se prépare pour son futur, avec l'aide d'un psychiatre (...) il veut rebâtir sa vie et demande que vous respectiez sa vie privée. Il vous demande de ne plus lui envoyer de courrier car il ne répondra pas, que ce soit du public ou des médias», a-t-il ajouté.

En début d'après-midi, le ministre fédéral de la Justice, Peter MacKay, a réagi au verdict par courriel.

«Nous exprimons notre reconnaissance au juge, aux représentants de la justice et aux jurés, qui ont travaillé diligemment pour en arriver à cette décision aujourd'hui. Il s'agissait d'une affaire horrible et complexe. Nous offrons nos plus sincères sympathies aux parents de la victime, qui ont perdu leur fils. La protection et la sécurité des Canadiens restent une priorité fondamentale pour notre gouvernement et nous sommes déterminés à défendre les droits des victimes», a-t-il déclaré.

Magnotta, âgé de 32 ans, avait reconnu avoir tué Jun Lin mais espérait être jugé non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux. Des experts avaient en effet expliqué aux jurés que l'accusé se trouvait dans un état psychotique le soir du meurtre et qu'il ne pouvait pas distinguer le bien du mal.

La Couronne avançait pour sa part que le crime avait été planifié et que le comportement et les gestes de Magnotta ne correspondaient pas à ceux normalement associés à une personne en état de psychose.

La tâche du jury était donc de déterminer l'état d'esprit de Magnotta afin de juger si ses gestes étaient intentionnels, planifiés et délibérés.

L'affaire Magnotta a fait les manchettes un peu partout sur la planète en 2012, lorsque l'acteur porno méconnu, qui était très actif en ligne, s'est fait un nom après avoir été lié à un horrible crime dont une vidéo avait été publiée en ligne.

Une enquête avait été déclenchée après la découverte d'un torse humain dans un conteneur à ordures derrière un édifice à logements de Montréal, en mai 2012. Ensuite, des membres humains avaient commencé à faire surface un peu partout au Canada — d'abord dans un bureau politique fédéral à Ottawa et, ensuite, dans deux écoles en Colombie-Britannique.

Alors que l'enquête avançait, les autorités avaient appris que Magnotta avait quitté le pays, ce qui avait déclenché une chasse à l'homme internationale. Interpol avait été impliqué dans l'enquête et Magnotta avait été arrêté sans incident le 4 juin, quelques jours après le meurtre de Lin, dans un café Internet de Berlin.

Il était rentré au Canada quelques semaines plus tard, escorté par plusieurs enquêteurs des crimes majeurs de Montréal, à bord d'un avion du gouvernement du Canada.

Son procès devant un jury bilingue s'est tenu à Montréal dans les derniers mois de 2014.

Pour l'accusation de meurtre prémédité, le jury avait quatre options: reconnaître Magnotta coupable de meurtre prémédité, de meurtre non prémédité ou d'homicide involontaire ou le déclarer non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux.

Le juge avait indiqué aux jurés que s'ils reconnaissaient Magnotta non criminellement responsable, ce verdict devait s'appliquer aux cinq chefs d'accusation. Il leur avait également suggéré de se pencher sur cet enjeu d'abord et avant tout.