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20/12/2014 04:28 EST | Actualisé 19/02/2015 05:12 EST

La crise du rouble en Russie menace la survie des équipes de la KHL

MOSCOU - Les dirigeants de la Ligue de hockey continentale (KHL) en Russie voyaient leur circuit comme un rival de la Ligue nationale de hockey, offrant une solution de rechange tentante, bien que moins prestigieuse, à une carrière en Amérique du Nord.

Alors que la ligue envisageait ajouter des formations jusqu'en Grande-Bretagne, l'offre financière a même permis d'attirer les vedettes russes Ilya Kovalchuk et Alexander Radulov, qui ont résilié de lucratifs contrats dans la LNH pour retourner dans leur terre natale.

Puis, est arrivée la chute du rouble cette semaine.

La crise financière menace les projets de joueurs tels Curtis Sanford, un ancien gardien des Canucks de Vancouver et de l'organisation des Canadiens de Montréal, qui est allé en Russie dans le but de ramasser des sous en vue de sa retraite.

«Tout est arrivé soudainement, a confié Sanford à l'Associated Press. Il y a des choses auxquelles vous ne vous attendez pas lorsque vous signez un contrat. En ce moment, il faut rouler avec les hauts et les bas en attendant que la situation se stabilise et s'améliore», ajoute le gardien de 35 ans.

Dans un contexte de diminution des prix du pétrole et de sanctions économiques imposées à la Russie, le rouble a perdu de la valeur vis-à-vis le dollar américain pendant la majeure partie de l'année, avant de tomber en chute libre, lundi et mardi. Après une timide remontée, le rouble a tout de même perdu presque la moitié de sa valeur à comparer à la devise américaine.

Et avec les règles de la KHL qui stipulent que les joueurs ne soient rémunérés qu'en roubles, il s'agit de mauvaises nouvelles pour plusieurs hockeyeurs canadiens, américains et européens qui évoluent au sein des 22 équipes russes. Les troubles économiques qui affligent la Russie ont commencé à s'étendre dans les pays voisins comme le Belarus et le Kazakhstan, ce qui pourrait réduire les revenus des joueurs de la KHL dans ces pays.

Certains joueurs ont commencé à se rebeller. Après avoir révélé qu'il n'avait pas été payé depuis trois mois par les dirigeants du club Iougra Khanty-Mansiïsk, une formation russe, sauf de petits montants pour s'acheter de la nourriture, l'attaquant finlandais Ilari Melart a déclaré à un journal de son pays qu'il n'était pas allé «en Sibérie pour faire la charité».

Un autre Finlandais, le gardien Mikko Koskinen, a été accusé par des médias russes, plus tôt en décembre, d'avoir refusé de jouer pour le Sibir Novosibirsk parce que son salaire avait baissé. Koskinen, qui a nié ces allégations, a été échangé au SKA de Saint-Pétersbourg deux jours plus tard.

Pour la première fois depuis la création de la ligue en 2008, les dirigeants de la KHL ont été forcés de nier que le circuit pourrait s'effondrer.

«La situation financière de la ligue est stable, et nous examinons la situation économique avec calme. La saison sera complétée comme prévu, a déclaré aux journalistes le président de la ligue, Dmitry Tchernyshenko, après une rencontre avec les dirigeants d'équipe jeudi.

Au passage, il a nié les rumeurs selon lesquelles la KHL pourrait imposer des réductions de salaire à tous ses joueurs.

Mais Chernyshenko, qui a dirigé le comité organisateur des Jeux olympiques de Sotchi, a reconnu que certaines formations pourraient être dissoutes si elles n'ont pas l'argent pour fonctionner adéquatement.

«Il existe des critères totalement définis pour faire partie de la ligue, incluant des garanties financières, a-t-il mentionné. Nous allons demander que nous soient fournies des garanties financières, et pas seulement quelques documents en papier.»

Des formations plus modestes de la KHL comme le Iougra, qui dépend de la générosité de bienfaiteurs au sein du gouvernement régional russe et de sociétés d'État, vivent des difficultés financières depuis longtemps. Des retards dans le versement des salaires aux joueurs ont été fréquents au cours des dernières années, mais seraient encore plus nombreux cette saison en raison de restrictions budgétaires gouvernementales et des difficultés que vivent les firmes pétrolières russes à cause de la baisse des prix.

Sans subventions à grande échelle, plusieurs formations pourraient devenir instables financièrement. À comparer aux salaires des joueurs, les revenus provenant des ventes de billets et des droits de télédiffusion sont généralement insuffisants pour assurer la viabilité d'une équipe. Malgré le fait qu'il ait attiré des foules records l'an dernier et participé à la grande finale, le Lev Prague, une formation de la République tchèque, s'est retiré de la ligue en juillet pour des motifs financiers.

Sanford, qui joue pour le Lokomotiv Yaroslavl, dit avoir toujours reçu son salaire à temps. Peu importe ce qu'il adviendra du rouble, Sanford retournera au Canada prochainement. Il envisage prendre sa retraite à la fin de la saison, et admet que la chute de la devise russe le tracasse.

«Mon épouse et moi faisons de notre mieux pour économiser et gérer notre argent. Nous nous débrouillons plutôt bien, mais nous allons devoir faire mieux encore dans un avenir prévisible en espérant que la situation s'arrange.»