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15/12/2014 11:54 EST | Actualisé 14/02/2015 05:12 EST

Rapport sur le gaz de schiste: pas avantageux pour le Québec

MONTRÉAL - L'exploration et l'exploitation du gaz de schiste dans les basses terres du Saint-Laurent, par le biais de la fracturation hydraulique, ne comportent pas assez d'avantages pour le Québec, croit Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

Dans son rapport rendu public lundi, la commission d'enquête de l'organisme tire cette conclusion en raison des coûts et de ce qu'elle appelle les «externalités potentielles» par rapport aux redevances qui seraient perçues par le Québec.

«Avec les prix du gaz naturel actuels et les projections pour les 25 prochaines années, l'exploitation du gaz de schiste dans les basses terres du Saint-Laurent ne serait pas rentable pour l'industrie», écrivent les auteurs du rapport de 546 pages.

«Malgré la réalisation des premiers forages dans le shale d'Utica de 2006 à 2010, l'incertitude demeure quant au potentiel de la ressource en gaz et aux volumes techniquement récupérables. La répartition et la densité de la ressource ne sont pas bien connues, de sorte qu'il n'est pas possible de prévoir comment s'effectuerait le déploiement d'une éventuelle industrie du gaz de schiste», concluent les auteurs.

Le rapport souligne également maintes préoccupations quant à l'acceptabilité sociale du projet, basé sur la fracturation hydraulique, de même que sur la législation qui encadre le tout.

«Le cadre législatif de la Loi sur les mines, notamment en ce qui a trait à la définition des phases d'exploration et d'exploitation, n'est pas adapté aux hydrocarbures», fait-on valoir dans le rapport.

«Si l'industrie devait prendre son essor au Québec, ce ne serait pas avant qu'un encadrement législatif et réglementaire adapté, associant les instances locales et régionales, soit adopté», écrivent encore les auteurs.

Ils rappellent que plusieurs lois font actuellement l'objet d'une révision, comme la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme et la Loi sur la sécurité civile, sans compter la future loi sur les hydrocarbures qui doit être élaborée.

De plus, des points d'interrogation demeurent en matière d'emploi, où, en moyenne, 8000 emplois par année pourraient être associés au déploiement de 3600 puits sur une période de 15 ans.

Toutefois, l'information disponible ne permet pas de déterminer quel serait le nombre d'emplois créés par l'industrie du gaz de schiste plutôt que simplement maintenus et quel serait le nombre d'emplois occupés par de la main-d'oeuvre québécoise, écrit-on dans le rapport.

Les auteurs se montrent aussi préoccupés par les ressources en eau en plus de faire certaines recommandations au ministère de l'Environnement, de la Faune et du Développement durable.

«Avant d'autoriser le prélèvement des volumes d'eau requis par l'industrie du gaz de schiste dans les cours d'eau des basses terres du Saint-Laurent, (le ministère) devrait s'assurer d'acquérir une connaissance suffisante des prélèvements actuels et des besoins des écosystèmes», souligne-t-on.

La commission d'enquête parle aussi de la nécessité de rétablir le lien de confiance entre les citoyens, l'industrie et les instances gouvernementales. Elle le qualifie de prérequis incontournable à l'acceptabilité sociale des activités d'exploitation et d'exploration du gaz de schiste sur le territoire.

C'est en janvier dernier que le gouvernement péquiste de l'époque avait mandaté le Bureau de se pencher sur la filiale du gaz de schiste.

Les conclusions de son rapport ont réjoui la quasi-totalité des groupes écologistes, qui tentent d'empêcher l'exploitation de cette ressource naturelle depuis plusieurs années en raison des risques qui y sont associés.

Selon le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, le gouvernement Couillard doit faire preuve de «cohérence» et «fermer pour de bon la porte» à cette industrie.

«Le gouvernement a clairement statué qu'il faisait une évaluation environnementale stratégique globale et que le rapport du BAPE allait orienter sa vision, a-t-il expliqué au cours d'un entretien téléphonique. Le rapport est on ne peut plus clair.»

Le Regroupement vigilance hydrocarbures Québec a abondé dans le même sens.

«Je suis allé voir en Pennsylvanie (où il y a de l'exploitation), a dit son porte-parole, Jacques Tétreault. Ce que j'avais vu se retrouve dans le rapport. Il y a des dangers pour la santé et les nappes phréatiques.»

Si l'Association pétrolière et gazière du Québec est d'accord sur certaines craintes soulevées par le BAPE, elle estime que l'organisme fait erreur dans le domaine des retombées économiques.

«Les bénéfices et les impacts économiques, c'est le domaine des économistes et des gens d'affaires, a affirmé son président, Michael Binnion. L'expertise (du BAPE), c'est sur les impacts environnementaux.»

Prudent dans ses commentaires, M. Binnion a affirmé que l'Association allait analyser davantage les conclusions du rapport au cours des prochains jours. Il reconnaît cependant qu'il est primordial d'obtenir l'approbation de la population avant d'exploiter le gaz de schiste.