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11/12/2014 01:00 EST | Actualisé 10/02/2015 05:12 EST

L'Union des municipalités du Québec est outrée des propos du ministre Moreau

MONTRÉAL - L'Union des municipalités du Québec (UMQ) se dit complètement outrée et stupéfaite des propos du ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, à l'effet qu'il entend prendre des sanctions contre les municipalités qui hausseront les taxes en blâmant la compression de 300 millions $ imposée au monde municipal par le gouvernement Couillard.

En conférence de presse jeudi, la présidente de l'UMQ, Suzanne Roy, et plusieurs autres maires ont vigoureusement dénoncé la sortie, la veille, de M. Moreau, qualifiant celle-ci de manque de respect et d'atteinte inadmissible à la démocratie municipale.

«Il est incompréhensible qu'on demande à l'ensemble des municipalités du Québec de faire une coupure de 300 millions $ et après qu'on dise à tous les maires et les mairesses: taisez-vous, n'en parlez plus», s'est insurgée Mme Roy.

«Il y a un point sur lequel je suis extrêmement d'accord avec le ministre Moreau: les Québécois ce ne sont pas des crétins. Ils avaient déjà entendu parler des compressions budgétaires avant que Laval et Longueuil déposent leurs budgets», a-t-elle ajouté.

La suggestion du ministre Moreau de sévir si les villes mentionnent qu'une hausse de taxes est imputable à la compression du gouvernement libéral a particulièrement ulcéré Mme Roy.

«Sanctionner quoi, exactement? Trop de transparence?» a-t-elle ironisé, signalant que le pacte fiscal transitoire conclu le mois dernier ne contient «pas une ligne, pas un bout de phrase qui dit que les maires ont perdu le pouvoir de parler et de taxer».

Furieuse, la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, qui a été prise à partie par M. Moreau, n'a pas mâché ses mots à l'endroit du ministre.

«Les citoyens de Longueuil ont le droit de savoir que les taxes augmentent parce que Québec pense qu'on est des guichets automatiques», a-t-elle lancé.

«Je ne céderai ni à l'intimidation ni au chantage et encore moins aux menaces», a répété Mme St-Hilaire à deux reprises.

L'autre maire pointé du doigt la veille par le ministre, Marc Demers, de Laval, a dit croire qu'un rappel à l'ordre du grand patron Philippe Couillard était de mise: «Je crois que le premier ministre doit intervenir afin de rétablir la confiance entre les parties».

Entre-temps, Il a mis au défi le ministre Moreau d'aller au bout de sa logique et d'en assumer les conséquences.

«Ses propos s'apparentent à une mise en tutelle, mais s'il veut le faire, qu'il le fasse d'une façon légale», a-t-il dit.

L'affaire n'a pas tardé à rebondir à Québec, où le chef intérimaire du Parti québécois, Stéphane Bédard, a dit n'être guère surpris de voir le ministre Moreau récolter ce qu'il a semé en pelletant sa lutte au déficit dans la cour des municipalités.

«Quand on transfère une facture, en général ce qui arrive, c'est que ces gens-là vont la refiler. (...) Le gouvernement lui-même a augmenté les taxes des Québécois, c'est sûr qu'il est mal placé après les avoir augmentées de 500 millions $, de faire la leçon à tout le monde», a-t-il dit.

Selon lui, le ministre «manque d'honnêteté» en feignant la surprise devant les hausses de taxes municipales.

«Nous faisons tous partie des crétins qui pensaient que le nouveau pacte fiscal allait entraîner des hausses de taxes généralisées, a illustré M. Bédard, reprenant un qualificatif peu flatteur utilisé par le ministre. Ce qui est dommage, c'est que le ministre Moreau pensait que personne n'allait s'en rendre compte.»

Le leader péquiste a invité au passage les Québécois à ne pas compter sur la promesse du ministre des Affaires municipales de rembourser directement les contribuables pour l'effort fiscal additionnel qui leur est demandé.

«J'invite les Québécois à ne pas dépenser ce chèque avant Noël et attendre de le recevoir», a-t-il dit.

De son côté, le ministre Moreau a repoussé les critiques du revers de la main. Il a de nouveau reproché aux maires de Longueuil et Laval d'invoquer des arguments «qui ne se tiennent pas» pour justifier leurs augmentations de taxes.

«Ce sont deux maires qui augmentent leurs dépenses, qui engrangent les surplus et qui disent: 'je suis obligé d'augmenter les taxes à cause du pacte fiscal'. Ça ne se tient pas sur le plan de l'argumentaire, ça ne se tient pas sur le plan budgétaire», a-t-il dit.

À cela, les maires rétorquent qu'ils ont des surplus parce que la loi leur interdit de faire des déficits.

Ces surplus existent à la fois pour permettre des investissements futurs et pour combler les imprévus. Caroline St-Hilaire a pris en exemple la tempête de neige hâtive de cette semaine, dont le coût de 1,2 million $ sera défrayé grâce au surplus de la Ville de Longueuil.

«Les municipalités n'ont pas de leçon de gestion à recevoir du gouvernement du Québec», a fait valoir le maire de Sherbrooke et vice-président de l'UMQ, Bernard Sévigny.