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10/12/2014 10:11 EST | Actualisé 09/02/2015 05:12 EST

Rénos au bureau de D'Amour: les travaux ont servi à la finition du local, dit le ministre

QUÉBEC - Des travaux d'aménagement du nouveau bureau du ministre délégué aux Transports, Jean D'Amour, qui ont nécessité des dépenses de 234 900 $, ont servi à la finition du local situé dans un édifice appartenant à des intérêts privés.

Lors d'une entrevue, M. D'Amour a expliqué que le bureau qu'il occupait depuis 2009 à Rivière-du-Loup a été jugé inadéquat après sa réélection, en avril dernier, qui lui a permis d'accéder au conseil des ministres.

Selon le ministre, des représentants de la Société québécoise des infrastructures (SQI) ont jugé que son bureau n'était pas conforme aux normes de sécurité et d'accessibilité aux handicapés.

«C'était une recommandation assez claire, a-t-il dit lors d'une entrevue téléphonique. (...) Il me faut un bureau qui est conforme, qui est sécuritaire, qui correspond aux attentes, qui est confidentiel.»

Les risques de manifestations et les dimensions réduites du bureau ont incité M. D'Amour, responsable des régions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, à déménager dans son nouveau local, qui n'était pas encore aménagé.

«Effectivement c'était sur la laine minérale, a-t-il dit. Le lieu est parfait, le stationnement j'en ai en masse, c'est sur un coin de bâtisse, au niveau de la circulation c'est correct.»

Plusieurs travaux ont été nécessaires pour la finition, incluant un traitement au niveau des fenêtres pour empêcher le verre d'éclater en morceaux si un projectile était lancé, a indiqué le ministre.

«On s'est mis à niveau, a-t-il dit. Que ça coûte cher, j'en conviens, mais on ne pouvait pas faire autrement. (...) On a fait les murs, les couvre-planchers, ce n'est pas du plancher de bois franc, c'est du prélart.»

Le local choisi par M. D'Amour est situé dans un immeuble privé appartenant à Luc Beauchesne, avec qui M. D'Amour a précisé qu'il n'entretient aucun lien particulier.

«Je vois venir les questions: ce n'est pas mon beau-frère, ce n'est pas mon ami, ce n'est pas un grand contributeur au Parti libéral, je ne sais même pas s'il est libéral, a-t-il dit. C'est quelqu'un qui avait un bâtiment, il ne l'a pas construit pour moi. C'est un bâtiment qui a été mis en chantier il y a deux ou trois ans.»

Le loyer du local est de 4500 $ par mois, une somme qui inclut un montant d'environ 1000 $ pris en charge pour défrayer un total de 50 000 $ couvrant une partie des travaux, payés par le ministère des Transports, a indiqué le cabinet de M. D'Amour. Le loyer de son local précédent était de 1812 $ par mois. Le déménagement lui a permis de passer d'une superficie de 1200 pieds carrés à 2700 pieds carrés.

M. D'Amour a fait valoir que le coût du pied carré, soit 13 $, est moins élevé que ce qu'il payait dans son local précédent. Le député, qui représente Rivière-du-Loup, ignorait pourquoi une partie des travaux totalisant 50 000 $ a été reportée sur son loyer mensuel pour une période de cinq ans.

«La différence vient amortir une partie des coûts de transformation. (...) Honnêtement c'est administratif, ce n'est pas moi qui l'ai demandé, je ne le sais pas», a-t-il dit.

Selon M. D'Amour, sans son intervention, la facture totale des travaux aurait été de 350 000 $, ce qu'il jugeait excessif. Le ministre a expliqué qu'il a notamment contesté le choix de la marque de peinture destinée à son nouveau bureau, pour demander à la SQI d'opter pour un produit comparable et deux fois moins cher.

«J'ai mis le pied à terre, a-t-il dit. J'ai dit: ce n'est pas vrai qu'on va mettre 350 000 $ sur le bureau de comté. Alors on a tout coupé ce qu'on pouvait couper. C'est de base, on n'a rien mis d'exagéré là-dedans, c'est les coûts, c'est les normes.»

Alors que M. D'Amour a affirmé que ces dépenses incluent «tout ce qui est informatique, tout ce qui est téléphonique», un porte-parole de la SQI, Martin Roy, a plutôt expliqué que seulement les frais des travaux et d'équipements d'accès sont couverts par cette somme.

La ventilation a également été complétée dans ce local dont la finition était au niveau du «base building», a indiqué M. Roy, en ajoutant que les travaux ont servi à faire le bureau du ministre, cinq bureaux fermés, une petite salle informatique, une cuisinette.

«C'est un bâtiment qui est neuf, qui n'était pas aménagé. L'installation de ventilation, de façon générale, sans trop de risque de me tromper, c'est des éléments qui coûtent souvent cher aussi», a-t-il dit.

M. Roy n'a pas été en mesure de dire si d'autres députés ont des bureaux plus grands que celui de M. D'Amour.

«Il y en a des un petit peu plus petits. Y en a-t-il des plus gros? Je ne le sais pas», a-t-il dit.

Le porte-parole a été incapable d'identifier l'origine de l'estimation de 350 000 $ avancée par M. D'Amour.

«Je ne sais pas d'où vient ce chiffre-là en fait», a-t-il dit.

Dans son entrevue, M. D'Amour a pourtant référé les questions à ce sujet à la SQI.

Le député péquiste Alain Therrien a estimé qu'il est inexplicable de dépenser autant d'argent, même pour répondre aux nouveaux besoins d'un député qui devient ministre, à plus forte raison dans un contexte où le gouvernement fait des compressions budgétaires pour rééquilibrer les finances publiques.

«Ce ministre arrive avec des dépenses complètement loufoques dans un contexte d'austérité», a-t-il dit.

M. Therrien a tracé un parallèle avec la prime de 215 000 $ reçue par le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, lorsqu'il était médecin de famille, pour prendre en charge plus de patients qu'il a abandonnés ensuite.

«Il y a deux poids deux mesures. Il y a la famille libérale, qui se débrouille bien malgré l'austérité, et il y a le reste de la population», a-t-il dit.

Le député caquiste François Bonnardel a également souligné la contradiction entre les dépenses d'aménagement de M. D'Amour et les difficultés budgétaires gouvernementales.

«Je pense qu'on rit des gens quand on essaie de nous faire croire que ça prend des bureaux avec une certaine confidentialité, une porte barrée en avant et en arrière, a-t-il dit. Il n'y a pas un bureau de circonscription de député qui n'a pas ces critères spécifiques.»