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10/12/2014 09:16 EST | Actualisé 09/02/2015 05:12 EST

La Commission brésilienne de la vérité présente son rapport

RIO DE JANEIRO - La Commission nationale brésilienne de la vérité a présenté mercredi un rapport accablant sur les meurtres, les enlèvements et les actes de torture dont se sont rendus coupables des agents gouvernementaux pendant la dictature militaire de 1964-1985.

La commission demande maintenant que les responsables soient traduits en justice.

Le document de 2000 pages a été présenté à la présidente Dilma Rousseff, une ancien guérilla marxiste qui a été gravement torturée et emprisonnée pendant une longue période au début des années 1970.

Les enquêteurs ont passé presque trois ans à éplucher des archives et des dossiers, en plus de rencontrer les victimes, leurs proches et les auteurs présumés de ces crimes.

Le document représente la tentative la plus ambitieuse jamais entamée par le Brésil pour faire la paix avec les crimes contre la personne commis sous le régime militaire.

«Sous la dictature militaire, la répression et l'élimination de l'opposition politique ont été élevées au rang d'une politique d'État conçue et mise en place en fonction des décisions du président de la république et de ses ministres», peut-on lire dans le document.

La commission «rejette donc totalement l'explication offerte jusqu'à aujourd'hui, selon laquelle les gestes de violence n'étaient que des actes isolés posés par quelques soldats zélés».

La commission de sept personnes avait été assermentée par Mme Rousseff en 2011. Elle ne jouit toutefois d'aucun pouvoir de poursuite et une loi d'amnistie adoptée en 1979 par le régime militaire empêche la poursuite et la punition des responsables. La commission demande toutefois que cette amnistie soit abolie.

Toutefois, la Cour suprême du Brésil a rejeté en 2010 une demande présentée par le Barreau brésilien pour modifier cette loi afin de permettre la poursuite de ceux qui ont directement commis des actes de torture.

Le rapport fournit les moindres détails des détentions, tortures, exécutions, disparitions forcées et camouflages des corps pratiqués par l'armée, qualifiant le tout de «pratiques systématiques». Il documente 191 meurtres et 210 disparitions commis par les autorités militaires, en plus de 33 cas de personnes disparues dont les restes ont ensuite été retrouvés.

«Ces chiffres ne correspondent certainement pas au total de morts et de disparitions, mais uniquement aux cas qui ont pu être prouvés», dit le rapport, qui évoque aussi «les obstacles rencontrés pendant l'enquête — surtout le manque d'accès à la documentation des forces armées, qui a officiellement été détruite».

Mme Rousseff, qui est connue pour son impassivité, a été submergée par l'émotion pendant le discours qu'elle prononçait lors du lancement du rapport. La foule lui a offert une ovation debout quand elle a fait une pause.

«Le Brésil a le droit à la vérité. La nouvelle génération a droit à la vérité. Et plus que tout, ceux qui ont droit à la vérité sont ceux qui ont perdu des proches, des amis, des compagnons et qui continuent à souffrir, comme s'ils mourraient de nouveau chaque jour, a dit Mme Rousseff en refoulant ses larmes. Nous, qui croyons en la vérité, espérons que ce rapport empêchera les fantômes d'un passé douloureux et triste de se réfugier dans le silence.»