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10/12/2014 07:59 EST | Actualisé 09/02/2015 05:12 EST

CIA:un expert de l'ONU veut que les responsables de la torture soient poursuivis

GENÈVE - Les dirigeants américains qui ont autorisé ou pratiqué des actes de torture dans le cadre du programme de sécurité nationale de l'ancien président George W. Bush doivent être poursuivis, a estimé mercredi un enquêteur spécial des Nations unies.

Ben Emmerson, le Rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste, a ajouté que les responsables américains ou de la CIA qui ont eu recours à des noyades simulées (waterboarding, en anglais) ou à d'autres tortures devraient répondre de leurs actes devant la justice.

Il a déclaré que le rapport du Comité sénatorial du renseignement sur les techniques d'interrogatoire musclées utilisées par la CIA dans des prisons secrètes à l'étranger après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 démontre «l'existence d'une politique claire, orchestrée au plus haut niveau de l'administration Bush, ce qui a mené à des crimes systématiques et à des violations graves de la loi internationale sur les droits de la personne».

Le rapport publié mardi suscite une controverse énorme aux États-Unis et à l'étranger. Le président Obama a déclaré que «les techniques d'interrogatoire ont nui à la réputation des États-Unis à travers le monde et compliquent leurs relations avec leurs alliés».

«Les responsables de ce complot criminel (...) doivent être traînés en justice et être passibles d'une peine proportionnelle à la gravité de leurs crimes, a dit M. Emmerson. Le fait que ces politiques aient été autorisées au plus haut niveau n'excuse rien. En fait, cela renforce plutôt la responsabilité criminelle.»

Une porte-parole de l'Union européenne, Catherine Ray, a rappelé que l'administration Obama travaille depuis 2009 pour s'assurer que la torture n'est plus utilisée. Elle a ensuite ajouté que cet engagement «devrait être encadré par une loi».

M. Bush avait autorisé le programme en 2002, mais n'a été informé des détails par la CIA qu'en 2006. M. Obama a interdit les noyades simulées et d'autres tactiques, mais certains éléments du programme Bush — principalement le centre de détention de Guantanamo Bay, à Cuba — sont toujours en place, tout comme d'importants programmes gouvernementaux de surveillance.

Selon M. Emmerson, la loi internationale interdit d'accorder l'immunité aux dirigeants qui autorisent le recours à la torture, ce qui s'applique non seulement aux bourreaux eux-mêmes mais aussi à ceux qui planifient et autorisent la torture. Conséquemment, a-t-il dit, le gouvernement américain a l'obligation légale de livrer ces responsables à la justice.

Pour sa part, le directeur exécutif de Human Rights Watch, Kenneth Roth, a déclaré qu'«à moins que ce processus important de divulgation de la vérité ne mène à des poursuites contre les responsables, la torture demeurera une 'option' pour les prochains présidents».

En Pologne, après des années de déni, l'ancien président Aleksander Kwasniewski a admis mecredi que la Pologne a toléré la présence d'une prison secrète de la CIA sur son territoire. Il a toutefois précisé que les dirigeants polonais n'ont jamais autorisé le recours à des mauvais traitements ou à la torture.

M. Kwasniewski, qui a dirigé la Pologne entre 1995 et 2005, affirme que cette prison a éventuellement été fermée sous la pression des autorités polonaises. Il prétend aussi avoir demandé au président Bush de mettre fin au programme.