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10/12/2014 01:25 EST | Actualisé 09/02/2015 05:12 EST

Baisse des prix du pétrole: le climat écopera, mais pas les baisses d'impôt

OTTAWA - La dégringolade des prix du pétrole ne devrait pas empêcher le gouvernement de baisser les impôts, mais elle met en péril la réglementation sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l'industrie pétrolière et gazière.

Le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, a signalé mercredi en mêlée de presse qu'il s'attendait toujours à dégager des surplus l'an prochain malgré la volatilité des cours du pétrole.

«On va avoir un surplus l'année prochaine, on a confiance que les projections sont bonnes», a-t-il suggéré à la sortie du caucus du Parti conservateur.

Le gouvernement maintient donc le cap sur ses promesses en ce qui a trait à la réduction du fardeau fiscal des contribuables.

Mais il n'est pas question de taxer les industries oeuvrant dans les secteurs pétrolier et gazier, a soutenu M. Oliver.

«Évidemment, avec la volatilité du prix du pétrole, ce n'est pas le temps d'agir unilatéralement, d'imposer une autre taxe contre l'économie et les Canadiens», a-t-il lâché.

Le gouvernement avait invoqué la veille le même argument pour justifier le non-respect d'une promesse vieille de plusieurs années concernant la réglementation de ce secteur, grand responsable de la hausse continue des émissions de GES du Canada.

«Honnêtement, dans le contexte actuel du secteur pétrolier et gazier, ce serait fou («crazy») d'imposer des pénalités unilatérales à ce secteur. Nous ne ferons certainement pas cela», a tranché le premier ministre Stephen Harper aux Communes, mardi.

Son ministre à l'Infrastructure, Denis Lebel, y est allé d'un rétropédalage en point de presse, mercredi, plaidant que c'était principalement l'absence d'une «mesure continentale» qui empêchait Ottawa d'aller de l'avant avec une réglementation.

«C'est pas le prix du pétrole qui a amené la déclaration du premier ministre», a-t-il offert en marge du bilan de fin de session conservateur.

«Il a effectivement parlé qu'actuellement, avec le prix, si on faisait quelque chose (...) que nos voisins ne faisaient pas, ça pourrait être dommageable pour les entreprises au Canada», a ensuite affirmé M. Lebel, pressé de questions.

Au moins un autre élu conservateur s'est prononcé mercredi contre l'implantation d'une réglementation pour le secteur: le ministre des Ressources naturelles, Greg Rickford.

«Ce ne serait pas une très bonne idée en ce moment», a-t-il lâché à la sortie du caucus de son parti.

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice a accusé M. Harper de ne «pas comprendre» et de «nier» le phénomène des changements climatiques.

Il a soutenu que le premier ministre avait «tout misé» sur le secteur pétrolier et qu'il était «en train de perdre» son pari.

Ce nouveau développement est survenu alors que se tient à Lima, au Pérou, une conférence internationale sur le climat — un événement auquel participe la ministre fédérale de l'Environnement, Leona Aglukkaq.

Son ministère a fait savoir au cours des dernières heures qu'elle avait eu des «discussions» avec divers acteurs, dont le secrétaire mexicain à l'Environnement, Juan José Guerra Abud.

La porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière d'environnement, Megan Leslie, s'est demandée mardi «ce que diable» Mme Aglukkaq pouvait bien avoir à offrir à la communauté internationale après l'annonce de Stephen Harper.

Car l'«inaction» du fédéral force les provinces à prendre le taureau par les cornes et à poser des gestes afin de lutter contre les changements climatiques, a-t-elle soutenu en Chambre, mercredi.

Quatre provinces représentant ensemble 80 pour cent de la population du pays — le Québec, l'Ontario, la Colombie-Britannique et le Manitoba — ont conclu un accord en ce sens mardi.

Elles ont signé le Pacte des États et régions, qui vise à regrouper les engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et à en recenser les progrès.

S'il salue l'initiative des provinces, le député libéral Stéphane Dion estime que le gouvernement fédéral a tort de ne pas prendre les choses en main.

«Pour être crédible à l'échelle internationale, il faut qu'il y ait un leadership qui vienne du gouvernement national du pays. Et ça, ça fait défaut au Canada», a-t-il dit en entrevue téléphonique mercredi en fin de journée.

Selon M. Dion, c'était écrit dans le ciel que Stephen Harper allait revenir sur ses promesses de réglementation.

Et en maintenant un flou artistique depuis 2007, le premier ministre a nui à l'économie canadienne au lieu de la stimuler, a analysé le député de Saint-Laurent—Cartierville.

«Ce qui est embêtant pour l'industrie, c'est l'incertitude. Si on leur dit à l'avance ce qu'on attend d'eux, ils apprécient. Mais s'ils ne savent pas sur quel pied danser, ce n'est pas bon», a dit M. Dion.