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09/12/2014 01:21 EST | Actualisé 08/02/2015 05:12 EST

Une étude sur les retraites pour analyser un crédit pour petites entreprises

OTTAWA - Le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, s'est basé sur une étude portant sur l'augmentation des prestations de retraite pour vanter les mérites du crédit pour l'emploi visant les petites entreprises.

Le gouvernement soutient que ce programme, qui coûtera 550 millions $ au trésor public, générera 25 000 années-personnes d'emplois au cours des prochaines années.

M. Oliver a reconnu il y a quelques semaines que la décision d'implanter cette mesure avait été prise en se fiant sur une étude de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) et non sur une analyse de son ministère.

Mais dans les faits, la FCEI n'a pas effectué d'étude portant spécifiquement sur le crédit pour l'emploi visant les petites entreprises, comme l'a indiqué Linnet Forand, chef de la coordination nationale au sein du regroupement.

La FCEI s'est plutôt inspirée de calculs effectués dans une étude datée de novembre 2010 qui se penchait sur l'incidence économique de l'augmentation de prestations de retraite, a précisé Mme Forand dans un échange de courriels avec le bureau du député néo-démocrate Alain Giguère.

Celui-ci a accusé le ministre des Finances d'être à la solde des intérêts privés.

«Essentiellement, il a abandonné la direction budgétaire de l'État à des groupes de lobbyistes», a-t-il lâché en entrevue téléphonique, mardi après-midi.

Joe Oliver défend bec et ongles le crédit pour l'emploi visant les petites entreprises, une mesure controversée qui est décriée tant par le Nouveau Parti démocratique (NPD) que le Parti libéral.

Le Directeur parlementaire du budget (DPB) a amené de l'eau à leur moulin en publiant un rapport concluant que l'instauration de cette mesure créerait 800 nouveaux emplois en 2015-2016, au coût de 555 000 $ par personne-année.

Une personne-année, ou année-personne, est l'unité de mesure utilisée pour calculer la charge de travail que peut accomplir une personne pendant un an.

Invité à commenter le lien entre une étude sur les régimes de retraite et les projections sur les impacts de l'instauration d'un crédit pour l'emploi visant les petites entreprises, l'attaché de presse du ministre des Finances, Nicholas Bergamini, s'est refusé à tout commentaire.

«C'est une question pour la FCEI», a-t-il répondu à deux reprises.

L'économiste Vincent Geloso s'est montré très sceptique quant à la pertinence des chiffres tirés de l'étude de novembre 2010.

«En fait, le modèle utilisé par la FCEI était approprié à leurs fins alors que la proposition du ministre Oliver nécessite davantage une étude microéconomique précise», a affirmé le doctorant à la London School of Economics.

«Honnêtement, je pense que le ministre Oliver extrapole avec peu et de manière peu fiable. Je pense que le 800 (projeté par le DPB) est trop conservateur, mais c'est nettement plus proche de la réalité que le 25 000 années-emploi», a-t-il spécifié.

Les libéraux ont affirmé à maintes reprises en Chambre que le crédit pour l'emploi visant les petites entreprises ferait perdre des emplois au lieu d'en créer.