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09/12/2014 12:16 EST | Actualisé 08/02/2015 05:12 EST

La CIA a maltraité des détenus et menti, dit un rapport du Sénat américain

WASHINGTON - Dans ce qui représente une condamnation en règle des pratiques de la CIA, des enquêteurs du Sénat américain ont accusé mardi l'agence de renseignement d'avoir infligé à des militants d'Al-Qaïda des mauvais traitements qui dépassent largement les limites légales du pays et d'avoir ensuite offert à la nation des récits trompeurs faisant état de vies sauvées.

Le Comité sénatorial du renseignement a publié mardi une montagne de preuves tirées de documents de la CIA et qui laisse entendre que le traitement réservé aux détenus dans les prisons secrètes il y a dix ans était nettement pire que ce que le gouvernement a décrit au Congrès ou au public. Le rapport ne qualifie pas les mesures utilisées de «torture», mais la présidente du comité, la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, écrit qu'en «vertu de n'importe quel sens courant du terme, les détenus de la CIA ont été torturés»

En plus de la technique bien connue de la torture par l'eau ou de la noyade simulée (waterboarding, en anglais), les détenus ont été privés de sommeil, giflés, projetés contre des murs, enfermés dans de petites boîtes, maintenus en isolement pendant de longues périodes et menacés de mort.

Trois détenus ont été soumis à un noyade simulée. Certains ont été complèment anéantis par la technique, dont un qui aurait commencé à obéir à un geôlier sur un simple claquement de doigts.

Malgré leur efficacité à réduire la volonté des détenus en miettes, ces «techniques d'interrogation avancées» n'ont fourni aucune information vraiment utile, selon la conclusion la plus controversée du rapport. Le document cite des notes, des courriels et des entrevues de la CIA qui contredisent la raison principale évoquée pour justifier la torture — que des vies américaines ont été sauvées et des complots terroristes éventés grâce aux informations extraites des détenus.

Le document de 500 pages dévoilé mardi est un résumé d'un document toujours secret de 6700 pages, le résultat d'une enquête qui a duré cinq ans et coûté 40 millions $ US. Le président Obama avait ordonné la tenue de cette enquête quand il a pris le pouvoir il y a six ans, même si les techniques les plus dures avaient déjà été abandonnées depuis quelques années à ce moment.

Le rapport fait état de problèmes si graves que la CIA ne savait même plus combien de prisonniers elle détenait. Les enquêteurs du Sénat en ont recensés 119, tandis que des notes rendues publiques en 2009 en dénombraient 98. Au moins 39 d'entre eux ont été interrogés brutalement, et non seulement 30 comme le prétendait la CIA.

D'anciens dirigeants de la CIA dénoncent vertement les conclusions du rapport. Le Parti républicain, de son côté, accuse les démocrates de n'avoir volontairement retenu que les éléments qui leur permettaient d'en arriver à la conclusion désirée.

«Nous savons que le programme a mené à la capture de leaders d'Al-Qaïda et les a éliminés du champ de bataille, qu'il a empêché des attaques massives et qu'il a sauvé des milliers de vies américaines», a dit George Tenet, le directeur de la CIA au moment des attentats terroristes du 11 septembre 2001.

L'enquête du Sénat n'a déniché aucune preuve indiquant que les interrogatoires ont éventé des complots imminents. Mme Feinstein nie aussi que les actions de la CIA puissent être justifiables.

«La crainte de nouvelles attaques terroristes ne justifie pas et n'excuse pas les gestes inappropriés posés par des individus ou des organisations au nom de la sécurité nationale», a-t-elle dit.

Le programme d'interrogatoire de la CIA a débuté en 2002, avec l'autorisation du président George W. Bush, en réplique aux attaques du 11 septembre. Après la capture d'Abou Zoubayda, d'un dirigeant d'Al-Qaïda, au Pakistan en mars 2002, la CIA a reçu l'autorisation de la Maison-Blanche et du département de la Justice de l'interroger de manière musclée.

Au fil des ans, Zoubayda a été presque noyé, privé de sommeil, placé en isolation pendant 47 jours consécutifs et soumis à d'autres mauvais traitements. Il aurait éventuellement souffert de problèmes mentaux. Zoubayda a presque été tué par une noyade simulée.

Un autre détenu, Redha al-Najar, un ancien garde du corps d'Oussama ben Laden, a fait l'objet de mauvais traitements similaires, même si rien ne permet de croire qu'il refusait de collaborer avec les interrogateurs. Un mois plus tard, même si Najar était au bord de l'effondrement, les interrogateurs ont réduit ses portions de nourriture, l'ont enchaîné par temps glacial et lui ont donné une couche au lieu d'un seau pour se soulager.

Au moins un détenu serait mort d'hypothermie après avoir été abandonné dans une cellule de ciment dénudée alors qu'il n'était vêtu que d'un seul chandail.

L'homme qui a orchestré les attentats du 11 septembre, Khalid Sheik Mohammed, a été soumis à 183 noyades simulées, notamment pendant dix jours consécutifs. Il aurait systématiquement refusé de confirmer une information qui, en bout de compte, s'est révélée n'être qu'un canular. Il aurait aussi éventuellement admis qu'Al-Qaïda essayait de recruter des musulmans noirs au Montana — mais uniquement parce que c'est ce que les enquêteurs de la CIA voulaient entendre.

Après avoir épluché près de six millions de documents fournis par la CIA, les enquêteurs du Sénat n'ont découvert aucune instance d'informations inédites, ayant permis de sauver des vies, obtenues grâce à des techniques qui, dans certains cas, ont laissé les détenus suicidaires et en proie à des hallucinations.

La CIA prétend que ces techniques ont permis d'identifier Abou Ahmad, un messager qui a éventuellement mené à ben Laden, ce à quoi le rapport réplique que la source de cette information était un militant peu fiable.