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24/10/2014 02:42 EDT | Actualisé 24/12/2014 05:12 EST

Procès Magnotta: des témoins européens entendus sous forme d'entrevues filmées

MONTRÉAL - Ceux qui ont croisé le chemin de Luka Rocco Magnotta en France et en Allemagne, alors qu'il faisait l'objet d'une chasse à l'homme internationale, ont été entendus vendredi à son procès pour meurtre prémédité.

Les témoignages, présentés sous forme d'entrevues filmées, ont été recueillis par la cour lors d'un déplacement en Europe en juin.

Ils fournissent au jury un aperçu des déplacements de Magnotta après son départ du Canada le 26 mai 2012, deux jours après que l'étudiant chinois Jun Lin eut été vu vivant pour la dernière fois.

Magnotta est accusé du meurtre prémédité et du démembrement de Jun Lin. Il a admis les actes pour lesquels il est accusé, mais a plaidé non coupable pour cause d'aliénation mentale.

L'identité de certains témoins fait l'objet d'un ordre de non-publication.

On compte notamment un chauffeur de taxi qui a conduit Magnotta à son arrivée à l'aéroport de Paris, le gérant d'un hôtel de Paris où Magnotta a demeuré et un infirmier qui était assis à côté de lui à bord du vol Montréal-Paris.

Tous les témoins ont déclaré que Magnotta semblait avoir pris beaucoup de poids depuis qu'ils l'ont vu deux ans plus tôt.

L'infirmier pédiatrique qui a pris le même vol d'Air Transat que Magnotta a dit qu'il lui avait semblé bizarre. Son visage était souvent caché derrière de longs cheveux noirs et il semblait souvent anxieux, selon le témoin.

Il n'a pas mangé lors du vol et n'a pas parlé. Vers la fin du vol, Magnotta s'est assis à l'arrière de l'avion et un agent de bord a dit qu'il ne se sentait pas bien.

«Il est difficile à reconnaître», a dit le témoin au sujet de Magnotta. «Il a pris du poids. Il était très mince».

L'infirmier a contacté les autorités après avoir vu le visage de Magnotta à la télévision et avoir réalisé qu'il s'agissait de son voisin de siège lors du vol.

Quant au gérant d'hôtel, il a indiqué que Magnotta s'était inscrit sous le nom de «Kirk Trammell» le 27 mai 2012 et avait payé en argent comptant pour un séjour de neuf jours à Paris, au coût de 50 euros par nuit. Il aurait dû y séjourner jusqu'au 4 juin.

«C'était un client comme un autre», a-t-il dit. «Normal.»

Il a ajouté que Magnotta n'avait jamais réglé formellement sa note et que la police française avait saisi ses affaires abandonnées dans la chambre.

Même s'il avait loué cette chambre à Paris, Magnotta a pris l'autocar pour Berlin le soir du 31 mai 2012.

La cour a aussi entendu le témoignage d'un employé d'une agence de voyage qui a vendu à Magnotta le billet d'autocar. Il l'a acheté en se servant d'un passeport au nom de «Kirk Trammell» et a payé en argent comptant.

Jean-Philippe LeThon a décrit Magnotta comme quelqu'un qui prenait clairement soin de son apparence, avec des sourcils épilés.

«J'étais surpris de constater que c'était la personne à qui j'ai vendu un billet», a-t-il témoigné.

Plus tôt, les jurés se sont fait dire qu'une analyse de l'ordinateur portable de l'accusé n'avait fourni aucune indication montrant que l'appareil aurait servi à mettre en ligne la vidéo du meurtre de Jun Lin.

Frank Massa, un expert judiciaire en informatique du Service de police de la Ville de Montréal, a témoigné au sujet des analyses effectuées sur deux ordinateurs portables appartenant à l'accusé.

L'un d'entre eux a été trouvé dans les ordures derrière l'édifice de Montréal où Magnotta habitait et l'autre à Berlin, après son arrestation.

La plupart des données avaient été effacées avant que la police ne mette la main sur les ordinateurs, qui contenaient des programmes qui effaçaient automatiquement l'information, a précisé M. Massa.

Mais les programmes de la police judiciaire sont en mesure de contourner cela, a ajouté l'agent.

«Nos programmes informatiques sont capables de contourner les mots de passe», a précisé M. Massa. «On peut voir toute la structure — les fichiers, les dossiers, tout.»

Il a déclaré qu'il y avait des photos et des vidéos sur l'ordinateur portable, qui provenaient de la caméra utilisée pour la supposée «vidéo du meurtre».

M. Massa a affirmé que ses recherches sur l'ordinateur retrouvé à Berlin lui avaient permis de découvrir les restes d'un courriel envoyé à l'un des sites Internet qui a mis en ligne l'horrible vidéo.

Selon le policier, il est possible que le courriel ait été envoyé de cet ordinateur, mais il ne peut en être certain.

L'expert en informatique a aussi trouvé une copie de la chanson «True Faith» de New Order qui est jouée au début de la vidéo, qui a été téléchargée le 8 avril et effacée le 1er juin 2012.

Lorsque questionné sur le nom d'usager de l'ordinateur de Berlin — Catherine —, M. Massa a dit qu'il ignorait l'origine du nom.

Luc Leclair, l'avocat de Magnotta, a suggéré que c'était le nom du personnage incarné par Sharon Stone dans le film «Basic Instinct» — la seconde référence à ce film dans les témoignages cette semaine.

Magnotta fait face à cinq chefs d'accusation: meurtre prémédité, outrage à un cadavre, harcèlement criminel du premier ministre Stephen Harper et d'autres députés fédéraux, production de matériel obscène, et utilisation de la poste pour envoyer du matériel obscène.

La Couronne devrait conclure la présentation de sa preuve tôt la semaine prochaine et la défense prendra alors la relève.