DIVERTISSEMENT
22/10/2014 10:35 EDT

« Lumières d'Afrique » de Sophie Langlois: splendeurs et horreurs du continent noir (ENTREVUE)

Courtoisie

Ebola. Le mot à lui seul fait frémir la planète. Malgré les innombrables dangers qui lui sont associés, la journaliste de Radio-Canada, Sophie Langlois, est présentement sur les lieux afin d’aller au-delà des chiffres alarmants. Cette même détermination à pousser plus loin la démarche journalistique et à mettre les humains de l’avant se retrouve au cœur du livre Lumières d’Afrique, dont elle signe les textes en collaboration avec son mari, le photographe Normand Blouin.

Correspondante en Afrique basée au Sénégal entre 2007 et 2009, avant d’être rapatriée à Montréal pour parler du continent noir à distance, la journaliste couvre un territoire où vit un milliard d’habitants. « Je me suis souvent sentie imposteur en disant que je couvrais les 54 pays africains, avec leurs réalités politiques si différentes. Aucun humain n’est capable de faire tout ça. Au début, je disais à la blague que je ne connaissais même pas le nom de tous les présidents dont je devais parler, et encore moins de leurs ministres. Mais à force de visiter près de 25 pays et de vivre à Dakar pendant deux ans, j’ai développé une expertise et une passion pour l’Afrique qui ne se dément pas. »

Bien qu’elle retourne en Afrique uniquement pour traiter des événements catastrophiques depuis 2009, la journaliste essaie chaque fois d’aborder certains sujets de la vie quotidienne, loin des sempiternelles images de guerres et d’enfants aux ventres enflés, qui sont relayées dans les médias.

« Les téléspectateurs oublient rapidement les topos sur les crises, mais ils se souviennent des personnages forts qui mènent des combats épiques dans leurs conditions de vie difficiles. J’étais souvent frustrée comme journaliste de ne pas pouvoir raconter toutes ces histoires positives, alors j’ai eu envie d’écrire le livre. Je voulais montrer la belle Afrique. Quand Normand choisissait les photos, je lui demandais chaque fois si elles donnaient le goût de visiter le continent. »

Malgré la brutalité de certains sujets abordés (viols, torture, dictature, réfugiés, guerres, géopolitique de plusieurs grands pays africains), Lumières d’Afrique peut être perçu comme un coffee table book, tant les photos sont magnifiques. On y retrouve à la fois des clichés de jeunes Africains en plein entraînement de lutte, des sacrifices d’animaux, un dépotoir où travaillent des citoyens avec acharnement et les conséquences d’une inondation après 10 mois de sécheresse.

« Le grand talent de Normand, c’est de faire ressortir l’authenticité et l’émotion des gens. Comme il est d’abord un photographe de presse, ses photos ne sont jamais arrangées. Il croque sur le vif. Et il reste longtemps sur place pour que la personne s’habitue à lui. »

Cette patience et ce rapport au temps résument certains des principaux défis d’adaptation du couple lors de leur séjour au Sénégal. « Boucar Diouf dit dans la préface du livre qu’on se dénaturise peu à peu pour s’intégrer. Inconsciemment, au fur et à mesure, on perd nos réflexes nord-américains et on adopte de nouveaux repères. En tant qu’Occidentaux, nous sommes habitués à des systèmes plus efficaces, car nos pays ont plus de moyens, malgré toutes les critiques que nous faisons sur les services publics. Parfois, je suis obligée d’attendre deux ou trois semaines pour obtenir ce que je veux pour un reportage. Je dois prendre le temps de jaser et demander des nouvelles de la famille, avant de parler de mon sujet. Il faut avoir le temps de perdre du temps. »

À travers son livre, Sophie Langlois fait une ode à la beauté africaine, tout en essayant de sortir les gens de leur indifférence. « C’est important de se rappeler que la plupart des Africains vivent en paix, sans souffrir du matin au soir. Il faut briser les mentalités voulant que l’Afrique soit un trou noir où on investit sans fond. »

Pour elle, Lumières d’Afrique est également une façon de boucler la boucle sur une importante période de sa vie, qui l’a changée à jamais. « Comme personne, je suis plus patiente et tolérante depuis mes années passées là-bas. En tant que journaliste, j’ai appris à me laisser surprendre par le terrain, sans partir avec des histoires toutes faites dans ma tête. Étant donné que les séjours en Afrique coûtent chers, nos patrons nous demandent de prévoir nos sujets, mais je sais chaque fois que je ne reviendrai pas avec ça. Je trouve souvent des idées meilleures que mes plans initiaux. Ça demande une grande confiance de leur part et un lâcher-prise extraordinaire en tant que journaliste et en tant qu’humain. »

Lumières d’Afrique sera en librairies dès le 28 octobre 2014.