POLITIQUE
21/10/2014 12:59 EDT | Actualisé 21/12/2014 05:12 EST

Les patients risquent de faire les frais de la réforme Barrette, selon la FMOQ

Dana Neely via Getty Images

QUÉBEC - Les patients risquent de faire les frais de la réforme des structures dans le réseau de la santé, pense la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Après les spécialistes la veille, les médecins de famille ont à leur tour, mardi, réservé un accueil glacial au projet de loi 10 du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Si elle salue l'abolition des 18 agences de santé qu'elle considère comme «des intermédiaires de trop», la FMOQ redoute l'ampleur des fusions et la taille des nouveaux établissements régionaux projetés.

En commission parlementaire, le président de la FMOQ, Louis Godin, a dit craindre «une perte de contrôle et une incapacité à remplir les obligations dont la population est en droit de s'attendre».

«Comme médecin, je ne travaillerai pas de la même façon si j'ai une population de 30 000 personnes à desservir dans un hôpital communautaire que si je vis dans un environnement avec un hôpital de 300 lits, 200 médecins spécialistes et 200 000 personnes à desservir», a précisé M. Godin, en point de presse.

En vertu du projet de loi 10, le nombre d'établissements publics passerait de 182 à 28, regroupés sur une base régionale sous le vocable de Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS).

Pour la FMOQ, la création de «mégaétablissements» couvrant un immense territoire n'est pas une avenue à privilégier. À son avis, seule une minorité d'établissements dans une région donnée devrait faire l'objet d'une fusion.

Sur le plan local, la population serait «mieux servie», selon les médecins de famille, par une structure plus souple, capable d'offrir des services médicaux de proximité.

«Les territoires des différents CISSS sont immenses et la coordination des services risque de s'avérer impossible compte tenu des distances et des besoins particuliers des diverses communautés», souligne à ce sujet le mémoire de la FMOQ.

Les médecins omnipraticiens estiment que le modèle proposé par le ministre Barrette accroît les «risques de ratés» dont les patients pourraient «faire les frais».

La taille des établissements, l'éloignement des sites, le manque de coordination nuiront «à la bonne prestation des services aux usagers», prédit l'organisme.

Tout comme leurs collègues spécialistes, les omnipraticiens s'inquiètent également des pouvoirs exceptionnels que le projet de loi accorde au ministre de la Santé.

Le ministre Barrette pourra notamment prescrire les règlements qu'il veut, émettre des directives liant automatiquement les établissements, passer outre les règles usuelles, contraindre tout établissement à une réorganisation et remplacer un président-directeur général ou suspendre un conseil d'administration sans formalité.

À cela s'ajoute la nomination par le ministre de tous les membres des conseils d'administration et les hauts dirigeants des établissements.

Le ministre pourra exercer «un contrôle quasi absolu», craint la FMOQ, soulevant du même souffle le risque d'une «politisation» des gestionnaires de la santé.

L'organisme ajoute que le projet de la loi «confine au mépris» lorsqu'il exclut les médecins omnipraticiens des conseils d'administration des CISSS.

«Il est choquant de voir le gouvernement nier la présence et l'apport de milliers de médecins omnipraticiens dans les affaires des établissements. Aucune raison ne justifie une telle mesure (d'exclusion)», fulmine la Fédération.

En matinée, l'Ordre des infirmières du Québec est venu plaider devant les parlementaires pour «une gouverne forte en soins infirmiers» dans chacun des CISSS.

La présidente de l'Ordre, Lucie Tremblay, a réservé ses critiques, disant partager les objectifs du ministre en ce qui concerne l'allègement de la bureaucratie.

«On ne peut pas être contre la vertu, a-t-elle argué. Comme le projet de loi 10 traite des structures, nous faisons une présentation sur l'importance de la présence d'une directrice de soins infirmiers avec une équipe qui pourra l'appuyer dans le déploiement de ces grands changements.»

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