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20/10/2014 10:17 EDT | Actualisé 20/10/2014 10:17 EDT

Christophe de Margerie, patron atypique et défenseur acharné de Total

ASSOCIATED PRESS
French energy giant Total CEO, Christophe de Margerie poses prior to a press conference, in Paris, Wednesday, Feb. 13, 2013. French oil company Total SA says profits edged up in the fourth quarter of 2012 to euros 2.38 billion ($3.2 billion) thanks to high oil prices and improved refining margins. Total said in a statement Wednesday that refining margins benefited from a midyear rebound. Fourth quarter profits were up 4 percent from euros 2.29 billion in 2011. (AP Photo/Jacques Brinon)

Doté d'un humour grinçant, à l'aise avec les médias, Christophe de Margerie, PDG atypique de Total décédé à l'âge de 63 ans dans un accident d'avion à Moscou, n'avait de cesse de défendre l'image d'un groupe aussi puissant que contesté.

Celui que l'on surnommait «Big Moustache» en raison de ses épaisses bacchantes, avait pris les rênes du géant pétrolier français comme directeur général le 14 février 2007.

Il en était auparavant le numéro deux, à la tête de la division Exploration & Production depuis 1999.

Sa désignation en mai 2006 par le PDG Thierry Desmarest pour lui succéder à la direction exécutive --M. Desmarest conservant la présidence du conseil d'administration-- était apparue comme logique, après toute une carrière effectuée chez Total qui culminera avec sa nomination comme PDG en 2010.

M. de Margerie, diplômé de l'Ecole supérieure de Commerce de Paris, faisait pourtant figure d'original dans un groupe marqué par une culture d'ingénieurs.

Né le 6 août 1951, Christophe Jacquin de Margerie avait grandi dans une famille de diplomates et de dirigeants d'entreprises.

Petit-fils de Pierre Taittinger, fondateur de l'empire du luxe et du champagne Taittinger, il ne suit pas la voie familiale.

Entré en 1974 à la direction financière de l'ancienne Compagnie française des pétroles, il a gravi tous les échelons du groupe. Après une ascension lente, il entre au comité directeur en 1992 et devient directeur général de Total Moyen-Orient en 1995.

Une expérience qui lui avait valu une réputation de négociateur hors pair et de fin connaisseur d'une région stratégique s'il en est pour une compagnie pétrolière.

"Une de ses grandes forces est d'avoir su créer et maintenir des liens personnels très forts avec les dirigeants de ces pays. Il a multiplié les rencontres en face à face, les voyages, et développé la présence du groupe dans la région", racontait un cadre lorsqu'il avait accédé aux plus hautes fonctions du groupe.

C'est en 1999, après la fusion de Total avec le groupe belge Petrofina, que Christophe de Margerie accède à la puissante direction Exploration & Production, qu'avait aussi occupée Thierry Desmarest. Il la conserve après l'acquisition d'Elf Aquitaine par Total la même année.

Avec son visage bonhomme et son profil tout en rondeurs, Christophe de Margerie se taille une réputation de dirigeant chaleureux et ouvert au débat. Il "manie l'humour à haute dose, tout en restant toujours ferme et déterminé", confiait un collaborateur.

Ennuis judiciaires

Christophe de Margerie était arrivé à la tête de Total dans un contexte assombri par les ennuis judiciaires, allant de ceux liés au naufrage de l'Erika en 1999 (qui vaudront une condamnation au groupe) à différentes affaires de corruption présumées.

Peu après sa nomination, M. de Margerie passe ainsi plus de 24 heures en garde à vue, menotté, sans ceinture et sans lunettes, dans le cadre d'une affaire de corruption avec l'Iran.

Il fut aussi mis en cause dans l'affaire "pétrole contre nourriture" en Irak, avant de bénéficier en 2013, au bout de huit ans de procédures et d'un mois de procès, d'une relaxe retentissante par le tribunal correctionnel de Paris, avec l'ensemble des prévenus.

Dans un monde des affaires très lisse, il détonne par son franc-parler. Il marque ainsi l'opinion et déclenche une polémique nationale en avril 2011 en pronostiquant que le prix de l'essence dépasserait un jour deux euros le litre.

Enfin, M. de Margerie avait répondu sans relâche aux critiques tous azimuts adressées à son groupe, concernant aussi bien son implantation en Birmanie que l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, sans oublier ses profits colossaux ou encore l'exploitation du gaz de schiste dont il déplorait l'interdiction en France.

"La plupart des gens, quand on leur parle de Total, ils ne savent pas ce que c'est, mais ils savent que c'est pas bien", résumait-il en mai 2009.

Sous son égide, Total avait accéléré ces dernières années ses investissements dans l'exploration, pour remplir des objectifs ambitieux de croissance de sa production de pétrole, tout en menant d'importantes cessions d'activités.

La Russie est un pays important dans la stratégie du groupe, qui ambitionne d'en faire sa principale zone de production d'hydrocarbures à l'horizon 2020.

Parallèlement, le groupe n'avait pas hésité à restructurer ses activités en France, avec la fermeture de sa raffinerie de Dunkerque en 2010, puis la réorganisation de son site pétrochimique de Carling en Moselle annoncée l'an dernier.

Marié, M. de Margerie était père de trois enfants.

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