POLITIQUE
16/10/2014 10:54 EDT | Actualisé 16/12/2014 05:12 EST

Les départs de cadres du MTQ vers le privé: «un vrai scandale» dit le syndicat

Agence QMI

MONTRÉAL - Une loi pour protéger les dénonciateurs est nécessaire et urgente, parce que les systèmes de plainte à l'interne servent trop souvent à trouver, puis à s'en prendre à celui qui a osé dénoncer une situation problématique dans un service public.

«Les systèmes de plaintes à l'interne, ça sert juste à débusquer ceux qui veulent faire du trouble et à les écraser avec la machine pour donner l'exemple à tout le monde», s'est exclamé jeudi devant la Commission Charbonneau le président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec, Richard Perron.

Comme d'autres syndicats avant lui, et de nombreux organismes qui ont témoigné devant la commission d'enquête, le Syndicat des professionnels a plaidé pour que les dénonciateurs d'irrégularités soient mieux protégés contre les mesures de représailles.

Il a fait état de nombreux cas de dénonciateurs qui ont ainsi subi des représailles de tous ordres après avoir dénoncé une situation qu'ils trouvaient louche: blocage dans leur carrière, harcèlement psychologique, pertes économiques, voire une poursuite judiciaire. Certains ont fait une tentative de suicide, a-t-il relaté.

Après sa présentation, M. Perron a rencontré la presse aux côtés d'un de ces dénonciateurs, qui s'est retrouvé face à des accusations.

Le jeune Antoine Dumont-Martin consultait son propre dossier sur le site Web des Offices jeunesse internationaux du Québec. Il s'est rendu compte qu'à cause d'une faille informatique, il pouvait avoir accès aux renseignements personnels d'autres utilisateurs du site. «En quelques clics, je me suis ramassé à avoir accès à plusieurs dizaines de milliers de dossiers auxquels personne n'aurait dû avoir accès», a-t-il relaté.

Il a donc avisé l'organisme une fois, puis une deuxième fois un mois plus tard. Loin d'être remercié d'avoir permis d'identifier une faille informatique, il s'est plutôt retrouvé face à des accusations de piratage informatique.

Il était aussi stagiaire au Syndicat des professionnels, qui l'a appuyé et a demandé le retrait de la plainte contre lui. Au bout du compte, les accusations ont été abandonnées, mais M. Dumont-Martin avoue qu'il a connu toute une gamme d'émotions. «Je suis venu ici pour livrer un plaidoyer en faveur d'une loi sur la protection des dénonciateurs», a-t-il confié.

De même, M. Perron a insisté sur le fait que le fardeau de la preuve devrait être inversé si un dénonciateur se plaint de mesures de représailles. Il appartiendrait donc à l'employeur de prouver que ce n'est pas par mesure de représailles, par exemple, qu'un employé dénonciateur a été muté.

Quatre organisations syndicales qui ont témoigné devant la commission d'enquête, jeudi, ont par ailleurs dénoncé la perte d'expertise au gouvernement du Québec, provoquée par les départs d'employés pas toujours remplacés.

Le recours à la sous-traitance au gouvernement est rendu si loin qu'«on est en train d'embaucher des sous-traitants pour surveiller d'autres sous-traitants. Ça n'a aucun bon sens!» s'est exclamée Lucie Martineau, présidente générale du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec.

Le Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente plusieurs milliers d'employés municipaux, a de son côté plaidé en faveur de la reconstitution d'équipes capables de faire certains travaux de construction dans les municipalités du Québec.

«La disparition presque totale des cols bleus qui travaillaient dans les trottoirs à Montréal a favorisé la mise en place d'un cartel. Redonner aux cols bleus cette responsabilité-là, ça permettrait de renverser la vapeur», a plaidé Denis Bolduc, secrétaire général du SCFP-Québec.

Passages MTQ-privé dénoncés

De son côté, le syndicat des ingénieurs du gouvernement du Québec a qualifié de véritable «scandale» les départs de cadres du ministère des Transports qui ont pris leur retraite pour aller travailler pour des firmes privées de génie.

Michel Gagnon, président de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec, a invité la commission d'enquête à trouver un moyen de stopper ces départs de chefs de services, de directeurs territoriaux du ministère des Transports vers les firmes de génie-conseil. Ces firmes veulent justement profiter de leur connaissance du ministère et de ses plans.

M. Gagnon affirme que ces départs de cadres du MTQ ont pour effet de démotiver les ingénieurs. «Ils ont tellement été dépréciés par cette organisation qu'est le ministère des Transports. C'est une organisation qui a sciemment désorganisé son organisation. Quand on voit des sous-ministres à la queue-leu-leu partir pour le secteur privé, faire en sorte de développer une politique de faire-faire, que moi j'appelle du laissez-faire... c'est un bar ouvert, c'est n'importe quoi!» s'est-il exclamé.

Vendredi, la commission entendra notamment le Comité de défense des contribuables, la Fédération professionnelle des journalistes et le Conseil du patronat.