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16/10/2014 10:07 EDT | Actualisé 16/12/2014 05:12 EST

L'Ebola pourrait provoquer une crise alimentaire, prévient l'ONU

LONDRES - Les autorités espagnoles se sont empressées jeudi de placer en quarantaine un appareil d'Air France qui s'était posé à Madrid, après qu'un passager à bord se soit plaint d'une fièvre et de frissons.

Le passager, qui s'était rendu à Lagos, au Nigeria, a été évacué par ambulance vers un hôpital de Madrid. Les 163 autres passagers ont éventuellement pu descendre normalement.

L'incident est traité comme un cas possible de virus d'Ebola.

Un représentant du ministère espagnol de la Santé avait précédemment indiqué que l'aide-infirmière infectée par l'Ebola semblait prendre du mieux, mais une personne entrée en contact avec elle avant son hospitalisation, le 6 octobre, a été hospitalisée en raison d'une fièvre. Cette personne sera testée pour l'Ebola.

Les autorités espagnoles ont simplement révélé que le nouveau patient n'est pas un travailleur de la santé et que sa fièvre dépassait le seuil de 37,7 degrés Celsius établi pour les tests de dépistage d'Ebola.

Un missionnaire était également en route vers l'hôpital, après avoir été pris d'une fièvre à son retour en Espagne depuis le Libéria. Il sera lui aussi soumis à des tests de dépistage de l'Ebola.

De son côté, l'ONU s'inquiète d'une crise alimentaire énorme si l'épidémie d'Ebola continue à prendre de l'ampleur. L'ONU dit n'avoir toujours pas rejoint quelque 750 000 personnes qui ont besoin de nourriture en Afrique de l'Ouest, au moment où les prix explosent et que les fermes sont abandonnées.

Le Programme alimentaire mondial dit devoir rejoindre 1,3 million de personnes seulement au Libéria, en Guinée et en Sierra Leone. À ce jour, l'agence onusienne a aidé 534 000 personnes et prévoit en atteindre entre 600 000 et 700 000 ce mois-ci.

Le PAM fournit des aliments aux centres de traitement d'Ebola, aux survivants qui ont reçu leur congé et aux communautés qui ont été placées en quarantaine ou infectées, y compris les familles des malades.

Au moins 75 pour cent des habitants des deux secteurs les plus durement touchés en Sierra Leone ont rapporté au PAM devoir acheter des aliments moins dispendieux, avoir réduit leurs portions ou avoir diminué leur nombre de repas par jour. Des hausses de prix atteignant 150 pour cent sont rapportées à Monrovia, la capitale du Libéria. Des pénuries sont aussi notées au Sénégal et ailleurs en Afrique de l'Ouest, puisque les échanges commerciaux régionaux ont été perturbés.

En Sierra Leone, 40 pour cent des fermes ont été abandonnées dans les régions les plus affectées. Certains fermiers manquent de main d'oeuvre ou ont choisi de fuir vers des secteurs moins infectés.

Le Système d'alerte rapide aux risques de famine a prévenu il y a quelques jours que des pénuries alimentaires modérées ou sévères sont à prévoir dans les trois pays les plus durement touchés, si le nombre d'infections atteint 200 000 ou 250 000 à la mi-janvier.

Par ailleurs, l'Ebola s'est maintenant propagé au dernier district qui n'avait toujours pas été infecté en Sierra Leone. Deux cas ont été repérés mercredi dans le district de Koinadugu, dans le nord du pays, ce qui témoigne d'un échec des efforts du gouvernement pour freiner la propagation du virus.

La Sierra Leone est la plus durement touchée par l'épidémie. L'Organisation mondiale de la Santé y recense 425 nouvelles infections depuis la semaine dernière. L'agence prédit que le bilan global atteindra 4500 morts et 9000 infections cette semaine. On compte 427 infections et 236 décès parmi les travailleurs de la santé. Une porte-parole a prévenu que le nombre de cas double toutes les quatre semaines.

Le premier ministre australien a de nouveau refusé, jeudi, d'envoyer des travailleurs de la santé combattre l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest, affirmant que son pays se prépare à affronter une éventuelle épidémie dans la région Asie-Pacifique. Une pétition signée par 113 professionnels de la santé demandait mercredi à Tony Abbott de déployer une équipe médicale et des soldats. Le premier ministre a répondu, jeudi, que son gouvernement a déjà contribué 16 millions $ US à la lutte contre l'Ebola et qu'il se prépare pour une éclosion de la maladie en Australie et à proximité.

Les autorités danoises examinaient un travailleur de la santé de Médecins sans frontières qui pourrait avoir été infecté par l'Ebola en Afrique de l'Ouest, et la Suède a annoncé une nouvelle contribution de 19 millions $ US pour combattre la maladie.

Enfin, les employés de quatre aéroports américains commenceront à prendre la température des passagers qui arrivent d'Afrique de l'Ouest. Les tests seront dorénavant menés aux aéroports Dulles de Washington, O'Hare de Chicago, Liberty de Newark et Hartsfield-Jackson d'Atlanta. Ils avaient débuté à l'aéroport new-yorkais John F. Kennedy samedi. Environ 150 personnes arrivent chaque jour aux États-Unis en provenance du Libéria, de la Sierra Leone et de la Guinée, et 95 pour cent d'entre elles passent par un de ces cinq aéroports.

Des tests similaires seront mis en place à l'aéroport parisien Charles-de-Gaulle dès samedi. Les membres de l'Union européenne ont promis de renforcer les mesures de dépistage en vigueur dans les aéroports des trois pays africains les plus durement touchés, mais aussi dans leurs propres aéroports. L'OMS et l'UE veulent notamment savoir si le dépistage en place au Libéria, en Sierra Leone et en Guinée est suffisant pour empêcher des patients infectés de prendre l'avion.