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14/10/2014 04:07 EDT | Actualisé 14/10/2014 04:17 EDT

« Le dernier empereur Bantou » de Pierre Kwenders: ambassadeur fédérateur (ENTREVUE)

Jean-François Cyr

Musique électronique, hip-hop, ambiances chorales, dub, afrobeat, rumba congolaise, roots revigoré, Pierre Kwenders n’a pas révolutionné les genres, mais il a trouvé une signature unique en réunissant tous ces courants avec beaucoup de flair. Par l’entremise de son premier long jeu, Le dernier empereur bantou, le Montréalais d’origine africaine propose un nouveau vent de fraicheur. Rencontre.

Ce beau et grand gaillard de 28 ans est débarqué en sol canadien à l’âge de 16 ans, pour y vivre avec sa mère. Lorsqu’il arrive ici, dans la métropole québécoise, rien ne le prédispose à la chanson, sinon qu’il s’exécute à l’occasion sous la douche.

Puis, arrive le jour où il décide de s’embarquer dans une chorale d’église (la pièce Sorry en est influencée) de la communauté congolaise, de connivence avec sa maman. Par ce geste, il espère aussi « s’intégrer à la société d’accueil ». « La chorale, ça m’a réveillé, lance Kwenders. J’ai gagné beaucoup de confiance en moi. »

Sans trop le savoir à cette époque, le chant choral catholique est dès lors porteur de sens pour le jeune homme dans le début de la vingtaine. En ce qui nous concerne ici, ce n’est pas tant la voie religieuse qui importe, mais plutôt la voix d’un artiste en devenir. Il acquiert des trucs et développe son organe. Et, il y prend goût.

La musique avec les potes

Pierre Kwenders fera plus tard des rencontres importantes comme celle d’Alexandre Bilodeau, alias Nom de plume, ancien maître des beats dans le groupe Radio Radio. Depuis, ils sont devenus potes et partagent beaucoup à propos de la musique, y compris les pièces que Bilodeau a produites pour les EP African Dream et Whisky & Tea, parus en avril et octobre 2013.

D’ailleurs, la chanson Mardi Gras, sur laquelle chante également Jacques Alphonse Doucet (alias Jacobus de Radio Radio) connaît un beau succès d’estime. Cette pièce, que l’on retrouve à nouveau sur le tout récent album, est une vraie petite bombe de rythmes dansant et cajun (violon, couleurs acadiennes, électro minimaliste, voix dynamiques).

Cinq morceaux issus des deux EP se retrouvent sur le long jeu de 11 pièces. « Je trouvais qu’ils n’avaient pas été utilisés au maximum de leur potentiel. J’ai envie de leur donner un nouveau souffle. Ils ont été remixés », explique le chanteur.

Fort de ses expériences de partage avec Alaclair Ensemble, Karim Ouellet, Radio Radio et bien d’autres artistes, Pierre Kwenders a appris un maximum de trucs en musique. Or, après un temps, il en a eu « un peu marre de sortir des trucs toujours en collaboration », sous des noms de collectifs. « Je voulais quelque chose qui me représentait davantage, souligne-t-il. Je me suis dit "ça passe ou ça casse avec ce nouvel album" », raconte celui qui a été nommé Révélation Radio-Canada 2014-2015 dans la catégorie Musique du monde.

Pierre et le monde

Musique du monde? Sans trop d’hésitation, Pierre Kwenders affirme qu’il a du mal à assumer cette étiquette « World Music » qui n’est rien de plus qu’un grand vase vide où l’on y fourre tous les genres difficiles à catégoriser. Selon lui, Kwenders fait de la musique électro et hip-hop qui s’inspire à la fois de la modernité (African Dream) et des traditions (Ani Kuni).

Réalisé avec l’aide de fabricants de rythmes et d’arrangements chevronnés comme Samito, Ghislain Poirier, Alexandre Bilodeau, J.u.D, puis accompagné à la voix par Zao, Coltan Kalongo, Jacques A. Doucet, Baloji, Simonal Bié, Poncho French, Husser et Sir Share-it (deux gars du groupe rap The Posterz), Pierre Kenders a continué d’évoluer en bande, mais pour un projet plus personnel.

« J’ai travaillé sur toutes les tounes. Mais je ne suis pas un musicien ni un producteur. J’écris, je supervise et je chante. Je fais confiance à la personne qui réalise la chanson (plusieurs collaborations sont à la base des morceaux de l’album). Je veux seulement que le rendu soit fidèle à mon travail. »

Le dernier empereur Bantou est un impressionnant amalgame d’ambiances et de genres musicaux ramassés aux quatre coins du globe. À la première écoute, le son est différent, ou disons éclectique. À vrai dire, c’est comme si Pierre Kwenders mettait le doigt sur un style trop peu exploré et produit au Canada. Enfin de l’originalité, s’exclameront certains mélomanes fatigués des mêmes tubes formatés ou des artistes qui utilisent les mêmes sentiers. « J’aime expérimenter, dit Kwenders. Je n’arrive jamais en studio avec des idées très arrêtées. On fouille, on joue avec les machines, les ordinateurs et on ajoute des guitares, des percussions (assurées par Julien Sagot, ancien membre de Karkwa). »

S’il pouvait entendre cet électro-rap chanté en anglais, français, lingala et en tshiluba (deux des quatre langues officielles congolaises), un ancien empereur bantou (qui a anciennement été à la tête d’un puissant royaume au cœur de l’Afrique qui se situait sur les territoires actuels du Congo, Angola, Cameroun, Mozambique, Burundi, Kenya, pour ne nommer que ceux-ci) se retournerait probablement dans ta tombe, avec l’envie de bouger encore plus. Parce que la musique de Kwenders prend au corps.

Bantou? L’image générale proposée par Pierre Kenders en concert et pour l’album évoque une sorte de caricature du tyran ou du despote des temps modernes : « J’ai voulu mélangé les symboles liés à Mobutu (dictateur qui a longuement régné sur la République démocratique du Congo, aussi appelé Zaïre pendant le dernier tiers du XXe siècle). « J’ai repris le chef ou chapeau coutumier du pays puis ajouté la veste qui fait un peu anglais ou encore autrichien, pour le côté très impérial de l’Occident. Je suis moi-même Bantou… mais installé en Amérique. »

Pierre Kwenders offrira un concert-lancement au Centre PHI, à Montréal, le 14 octobre, à 19 h.

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Le dernier empereur bantou

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