NOUVELLES
25/08/2014 11:23 EDT | Actualisé 25/10/2014 05:12 EDT

Nigeria: nouvelle attaque de Boko Haram après l'évocation du "califat islamique"

Au lendemain de son évocation du "califat islamique", le groupe radical nigérian Boko Haram a lancé lundi une nouvelle attaque contre les forces de sécurité dans le nord-est du pays, dont il semble contrôler des zones entières.

Selon les témoignages d'habitants, plusieurs groupes de combattants islamistes lourdement armés ont attaqué de manière coordonnée à l'aube une base militaire et un poste de police à Gamboru Ngala, une ville de l'Etat de Borno, épicentre de l'insurrection de Boko Haram.

D'intenses combats ont opposé les forces de sécurité et les insurgés, et plusieurs milliers d'habitants ont pris la fuite pour se réfugier au Cameroun voisin.

"Les combats font rage", indiquait lundi matin un habitant interrogé par téléphone, Kabiru Muktar.

A midi (11h00 GMT), les combats étaient toujours en cours, indiquait un habitant de Fotokol, la ville situé de l'autre côté de la frontière, au Cameroun.

"Nous entendons toujours des coups de feu. Depuis le matin, les tirs sont intenses", a-t-il dit.

"De fortes détonations ont éclaté à exactement 05h30 (04h30 GMT) au poste de police principal de la ville et dans la base militaire à l'extérieur de la ville", a précisé Hamisu Lawan, un habitant de Gamboru Ngala qui s'est enfui à Fotokol.

Ces informations ont été confirmées par une source proche des services de sécurité camerounais, qui a qualifié l'attaque de "très sérieuse". Des "renforts" de l'armée camerounaise sont attendus à Fotokol, a indiqué cette source.

Gamboru Ngala avait déjà été la cible en mai d'un assaut particulièrement violent. Les combattants de Boko Haram avaient quasi entièrement rasé la ville et tué plus de 300 civils.

Ils ont aussi massacré des centaines de personnes lors de la prise récente de Gwoza, également dans l'Etat de Borno.

Dans une nouvelle vidéo, le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, a frappé les esprits en déclarant dimanche que la ville de Gwoza était placée sous le règne du "califat islamique".

- Habitants en fuite ou terrés -

A Gamboru Ngala, craignant un carnage, "beaucoup d'entre nous se sont enfuis vers le Cameroun", a témoigné Hamisu Lawan. Les assaillants "sont concentrés sur le poste de police et la base militaire mais nous craignons qu'après ils se retournent contre nous", a expliqué Kabiru Muktar.

Les habitants ont apparemment pu fuir au Cameroun bien que ce pays ait annoncé le 18 août la fermeture de ses 1.600 kilomètres de frontière avec le Nigeria en raison de l'épidémie d'Ebola qui touche ce pays.

D'autres habitants restaient terrés chez eux, terrorisés.

Depuis avril, Boko Haram s'est emparé de nombreuses localités et contrôle des zones entières du nord-est du pays d'où l'armée a disparu, selon les témoignages d'habitants, de responsables de la sécurité et d'experts.

Le groupe contrôle notamment la route principale qui va de Maiduguri, la capitale de l'Etat, à Gamboru Ngala, puis au Cameroun.

Shekau n'a pas expliqué dans la vidéo diffusée dimanche ce qu'il entendait exactement par "califat islamique": il n'a pas dit s'il faisait référence au califat proclamé par l'Etat islamique d'Abou Bakr Al-Baghdadi, qui contrôle de larges pans de territoires en Irak et en Syrie, ou bien s'il voulait établir un nouveau califat au Nigeria.

Au XIXe siècle, dans une région couvrant le nord de l'actuel Nigeria, avait existé le puissant califat de Sokoto, indépendant de l'Empire ottoman.

Dans une précédente vidéo diffusée le 13 juillet, Abubakar Shekau avait apporté son soutien à Abou Bakr Al-Baghdadi, mais sans mentionner aucune allégeance. Il n'en a pas reparlé dans la dernière vidéo.

L'insurrection de Boko Haram, qui frappe principalement le nord-est du Nigeria, dure depuis cinq ans et a fait au moins 10.000 morts. Les attaques du groupe se sont intensifiées cette année, malgré l'instauration de l'état d'urgence et l'envoi de renforts militaires.

Utilisant des méthodes particulièrement violentes, le groupe s'est fait connaître du monde entier en avril en enlevant plus de 200 lycéennes - dont on est toujours sans nouvelles - à Chibok (Etat de Borno), un rapt qui a suscité une indignation internationale.

L'armée nigériane a rejeté dimanche la déclaration de Boko Haram sur le califat, la qualifiant de "vide de sens". Selon elle, "la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Etat nigérian" restent "intactes".

abu/de/tmo