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25/08/2014 10:10 EDT | Actualisé 25/10/2014 05:12 EDT

Mozambique: Renamo et gouvernement enterrent la hache de guerre

En signant dimanche soir un accord de cessez-le-feu avec le gouvernement mozambicain, la rébellion de la Renamo a préféré composer plutôt que de s'aventurer dans un conflit incertain, à sept semaines des élections du 15 octobre.

Si le journal Noticias titrait lundi "La paix reconquise", les analystes notent cependant que les questions qui fâchent n'ont pas toutes été réglées.

A l'origine guérilla antimarxiste ayant affronté le gouvernement du Frelimo au cours d'une longue guerre civile qui a fait un million de morts de 1977 à 1992, la Renamo s'est ensuite reconvertie en un respectable parti d'opposition.

Mais les relations n'ont eu de cesse de se détériorer entre les deux camps, la Renamo accusant le Frelimo de monopoliser le pouvoir et de s'accaparer le produit des richesses du pays.

Le chef de la Renamo Afonso Dhlakama, tombé à 17% aux élections de 2009 après avoir frôlé les 48% en 1999, a fini par prendre le maquis en octobre 2012.

Des affrontements sporadiques ont depuis opposé ses hommes aux forces de l'ordre dans le centre du pays, tandis que des véhicules ont été attaqués sur la grande route nord-sud dans la région. Ces échauffourées auraient fait plus d'une centaine de morts.

Entre menaces d'une guerre totale et contre-offensive de l'armée, les deux camps sont finalement parvenus à s'entendre le 12 août, et un accord mettant fin aux hostilités a été scellé dimanche.

L'historien et politologue mozambicain Egidio Vaz se montre toutefois prudent à propos de cet accord.

"Ce n'est que le début. Cela va prendre du temps pour que la Renamo devienne totalement civile et cesse d'être une organisation politique armée", a-t-il dit à l'AFP. Au moins un an, selon lui.

- Manque de confiance -

Outre une amnistie, l'accord signé dimanche prévoit notamment l'intégration des hommes de la Renamo dans les forces de sécurité nationales, un processus qui doit être supervisé par une "force internationale" qui reste à définir. La Renamo pourra d'ici là garder ses armes, dont la quantité n'est pas connue.

Mais tout n'est pas réglé. Afonso Dhlakama n'est pas sorti de sa cachette pour signer l'accord dimanche, et ce n'est qu'à une date ultérieure qu'il rencontrera le président Armando Guebuza pour parapher le texte.

Ce qui fait douter l'économiste Antonio Francisco de la viabilité du cessez-le-feu: "Je n'y crois pas. Le fait que Dhlakama n'ait pas accepté de venir montre qu'ils ne se font pas confiance (...) Le problème est que les causes (du conflit) sont toujours là."

Les négociations doivent en effet se poursuivre pour définir le statut des hommes de la Renamo dans les forces de l'ordre et régler les "questions économiques": le partage des richesses, et le fait que des membres de l'opposition se soient vu refuser bien des postes ces vingt dernières années.

"Ce qui va se passer, c'est qu'ils (le gouvernement) devront négocier des positions de dirigeants pour la Renamo, par exemple de président du conseil d'une société de premier plan", explique Egidio Vaz.

"Dhlakama et ceux qui sont dans la brousse avec lui sont probablement fatigués", et ils préfèrent négocier des avantages plutôt que de s'épuiser dans un combat qu'ils ont bien peu de chances de gagner, avance Antonio Francisco.

Le fait que la Renamo puisse garder ses armes pour le moment inquiète les deux analystes: quelle sera sa réaction en cas de lourde défaite aux élections?

"Ils pourront regagner la brousse si les élections ne sont pas considérées comme libres et équitables", estime Egidio Vaz.

La date des élections présidentielle et législatives a été maintenue au 15 octobre, Afonso Dhlakama étant encore une fois candidat. Son principal adversaire, et grandissime favori, sera le candidat du Frelimo, le ministre de la Défense Filipe Jacinto Nyussi.

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