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25/08/2014 07:10 EDT | Actualisé 25/10/2014 05:12 EDT

L'heure de vérité sonne pour la présidentielle afghane

La crise politique afghane est entrée dans une phase périlleuse lundi avec le début de l'élimination des votes frauduleux de la présidentielle, une dernière étape susceptible de raviver les tensions à une semaine de la date butoir pour l'investiture du successeur de Hamid Karzaï.

La commission électorale indépendante (IEC) avait entamé le 17 juillet un audit des 8,1 millions de voix du second tour de la présidentielle afghane du 14 juin afin de départager les rivaux Abdullah Abdullah et Ashraf Ghani.

Or l'IEC a entamé lundi l'inspection détaillée des voix suspectes afin de rejeter les éventuels votes frauduleux, une opération délicate qui déterminera le résultat de la présidentielle, a déclaré son vice-président Abdul Rehman Hotaki lors d'une conférence de presse à Kaboul.

Le président sortant afghan Hamid Karzaï, qui ne pouvait briguer un troisième mandat selon la Constitution, a fixé au 2 septembre l'investiture de son successeur.

Si cette date butoir est respectée, cela permettra au nouveau président d'être investi à temps pour le sommet de l'Otan qui se tiendra au Pays de Galles les 4 et 5 septembre.

Ce sommet doit définir les contours de l'aide internationale à l'Afghanistan après le retrait des troupes de l'Otan à la fin de l'année.

Mais le processus qui a démarré lundi, en présence d'observateurs nationaux et internationaux, pourrait créer de nouveaux désaccords entre les deux rivaux et retarder encore l'investiture du nouveau président.

Au lendemain du deuxième tour du 14 juin, Abdullah Abdullah, arrivé en tête du premier tour du 5 avril, avait aussitôt dénoncé des fraudes massives. La tension était ensuite montée rapidement entre les partisans des deux candidats.

-Gouvernement d'union nationale-

Ce regain de tension entre les Tadjiks, favorables à M. Abdullah, et les Pachtounes, qui soutiennent en grande partie M. Ghani, ravivait le spectre de la guerre civile afghane dans les années 1990.

Et les observateurs craignaient que les insurgés talibans ne profitent de ce flottement pour gagner du terrain.

Afin d'écarter les risques d'instabilité politique, les deux candidats ont signé début août, sous l'égide du secrétaire d'État américain John Kerry, un accord pour un gouvernement d'union nationale peu importe le vainqueur de la présidentielle.

MM. Ghani et Abdullah se sont aussi engagés à accepter les résultats du scrutin après l'audit des votes du second tour.

La vaste opération d'audit a été décidée afin d'assurer un maximum de légitimité au nouveau président dans ce pays en guerre depuis plus de 30 ans et au prise avec une insurrection active des talibans.

La crise politique intervient de surcroît au moment où les troupes de l'Otan s'apprêtent à quitter le pays d'ici à la fin de l'année.

"Cet audit a été fait pour établir la transparence, la confiance et la légitimité du processus électoral", a résumé M. Hotaki lundi.

Toutefois, l'audit, interrompu plusieurs fois pour des désaccords entre les deux camps sur des détails de procédure, a progressé plus lentement que prévu.

Et il reste encore un problème de taille à résoudre: le détail précis de la mise en oeuvre d'un gouvernement d'union nationale.

Dans un communiqué publié dimanche, le président américain Barack Obama a appelé les deux candidats à la présidentielle afghane à finaliser dès que possible les négociations sur un gouvernement d'union nationale.

Dans le meilleur des cas, le candidat gagnant devra ainsi inclure des membres de l'équipe adverse dans son gouvernement. Un poste de "responsable exécutif" au côté du président est ainsi prévu mais aucun détail concernant les modalités n'a encore été précisé.

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